Israël-Palestine se résigner et attendre l’embrasement

En début de soirée, le premier octobre, sur la route entre les colonies Eilon Moreh et Itamar, à l’est de Naplouse, Eitam et Naama Henkin ont été abattus par des palestiniens armés de Kalachnikov. Ils revenaient d’une réunion d’anciens étudiants de la yeshiva Merkaz Ha Rav et se dirigeaient vers leur domicile dans la colonie Neria, près de Ramallah. Leurs quatre enfants âgés de 9 ans à 6 mois ont été épargnés. Selon les experts militaires israéliens, ce serait un message des meurtriers : nous n’attaquons que les colons, pas leur progéniture en bas Age. Il n’empêche, assassiner des parents, colons ou non, devant leurs enfants est un crime. C’est l’instant décrit ainsi par Albert Camus (L’Express 28.10 1955) : « Quand l’opprimé prend les armes au nom de la justice, il fait un pas sur la terre de l’injustice ». La transformation du révolté en bourreau.

Souveraineté de facto

La descente en enfer paraît inexorable. D’une semaine, d’un mois, d’une année à l’autre le niveau de violence et de répression va en augmentant. Les Palestiniens, leurs dirigeants, l’homme de la rue, savent que la probabilité d’accéder à l’indépendance de leur état est quasi nulle. Ils suivent et publient toutes les déclarations des responsables israéliens. Par exemple, Madame Tzipi Hotovely, la vice ministre des Affaires étrangères, proclamant : « Un retrait de Judée – Samarie ne fait pas partie de la liste des options que nous offrons aux Palestiniens. Le monde doit réaliser que la Judée Samarie restera sous la souveraineté de facto d’Israël. Ceci n’est pas une monnaie d’échange et ne dépend pas de la bonne volonté des Palestiniens. C’est la terre de nos ancêtres. Nous n’avons pas l’intention de l’évacuer, certainement pas pour y laisser l’État islamique, Al Qaeda, ou une autre organisation extrémiste qui, certainement, gagnerait le contrôle de ce territoire. » Et de constater qu’avec l’actualité internationale absorbée par l’affaire iranienne, l’État islamique, les vagues de réfugiés arrivant en Europe, et la crise grecque : « Les Palestiniens ont un problème. Dans le passé, la communauté internationale réagissait follement à chaque manipulation palestinienne. Aujourd’hui le monde est bien moins attentif à la  ‘’souffrance palestinienne’’. Les gens doivent comprendre que cela ne résoudra pas le problème » http://www.timesofisrael.com/eu-labeling-of-west-bank-goods-is-a-red-line-israels-top-diplomat-warns/

Pas d’état palestinien

Madame Hotovely a été nommée à ce poste par le chef du gouvernement qui conserve la haute main sur les Affaires étrangères. En l’occurrence, Benjamin Netanyahu. Il a déclaré durant la campagne électorale, en mai dernier : « Moi, élu, il n’y aura pas d’état palestinien ». Mahmoud Abbas se doutait bien que l’objectif du premier ministre sortant n’était pas d’œuvrer pour une Palestine indépendante. La coalition gouvernementale, qui a vu le jour après le scrutin, l’a confirmé. Le processus d’Oslo, dont le président de l’Autorité autonome fut un des principaux architectes est un échec. « Mort peut être mais pas enterré ! » m’a répondu en Twitter Aharon Miller, ancien conseiller de Bill Clinton. Le cimetière d’Oslo attend !

Al Aqsa et le mont du Temple

En quittant son QG à Ramallah, pour se diriger vers le poste frontière du pont Allenby – après avoir dument demandé aux autorités israéliennes l’autorisation de franchir les checkpoints – Abbas constate, en regardant autour de lui, que les colonies s’élargissent de semaine en semaine. 400 000 israéliens habitent aujourd’hui la zone C qui s’étend sur 60% de cette peau de panthère qu’est devenue la Cisjordanie. Plus que jamais, un accord paraît impossible en raison du point de fixation qu’est, à Jérusalem Est, Al Aqsa, le troisième lieu saint de l’Islam, qui est aussi le mont du Temple pour le Judaïsme. De plus en plus nombreux, des Juifs religieux le visitent cinq jours par semaine sous la protection de la police. Certes, ils n’ont pas le droit d’y prier à voix haute, mais pour les palestiniens, et le monde musulman, ces groupes de jeunes coiffés de kippas, accompagnés de leurs rabbins, sont annonciateurs de la volonté d’Israël de changer le statut de ce lieu saint islamique. Benjamin Netanyahu dément et affirme que ce n’est absolument pas le cas. Il l’a répété au roi Abdallah de Jordanie, mais en accusant le Waqf, l’administration musulmane – qui dépend d’Amman- d’autoriser des jeunes lanceurs de pierres palestiniens à y affronter la police.

Chaussures

Le premier octobre au cours d’une réunion des pays donateurs à l’Autorité palestinienne aux Nations Unis à New York, Mme Hotovely a, dans son discours, expliqué aux délégations présentes que traditionnellement, les Juifs, qui se rendent sur le mont du Temple durant la fête de Souccot, sont bénis. Elle a accusé Mahmoud Abbas d’inciter à la violence en déclarant que les Israéliens se rendant à Al Aqsa profanent ce lieu saint avec leurs chaussures. Nasser Judeh, le ministre jordanien des Affaires étrangères qui prenait ensuite la parole, a mis de côté son discours pour lui répondre : « Lorsque des militaires israéliens pénètrent dans la mosquée Al Aqsa avec des chaussures, ils portent atteinte à la sensibilité d’un milliard et demi de musulmans de par le monde » Évoquant les permis de travail en Israël accordés au Palestiniens selon Hotovely, il a ajouté : « A l’entendre on pourrait croire que la situation en Cisjordanie n’a jamais été meilleure. Il semble que pour elle, il est inutile de négocier une solution à deux états. Israël peut se contenter de faire quelques gestes économiques ! »

La résignation

La marge de manœuvre de Mahmoud Abbas est donc extrêmement limitée. Il a fini par réaliser que sa stratégie tournée vers les États Unis est un échec. Les relations tendues entre Barack Obama et Benjamin Netanyahu ne se sont pas traduites par un rapprochement entre le dirigeant palestinien et le président américain qui n’a aucun soutien au congrès, pour, le cas échéant, faire pression sur Israël. Inutile de revenir sur l’échec de la mission du secrétaire d’état John Kerry en 2014. Tactiquement, Abbas considère qu’il n’a plus que deux voies possibles. Proclamer l’échec du processus de paix, dissoudre l’Autorité autonome, rendre les clés de la sécurité et de l’administration des zones A et B de Cisjordanie à Israël. Ou bien – peut être simultanément- obtenir de l’Onu une déclaration définissant la Palestine comme un état sous occupation. Évidemment cela plongerait la région dans une crise encore plus grave.

A Washington, comme dans les capitales européennes, on s’est résigné à laisser la situation dégénérer en attendant une crise si grave qu’Israël sera bien obligé de demander l’intervention de la communauté internationale. La résignation c’est donc attendre l’événement catastrophique capable d’embraser la région.

(papier écrit au moment où se déroulait un nouvel attentat au couteau dans la vieille ville de Jérusalem. Deux israéliens tués. Trois blessés dont deux graves et un enfant de deux ans légèrement touché. Le palestinien auteur de l’attaque, tué par un policier. Il était âgé de 19 ans. ) C.Q.F.D.

Une réflexion sur « Israël-Palestine se résigner et attendre l’embrasement »

  1. Terrible que d’attendre l’inexorable. Ne pas pouvoir se parler, comprendre la situation de l’autre, imaginer une solution, tout est fait pour que les gens finissent par s’entretuer. Terrible…

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s