Le passage de mon livre cité par Claude Angeli dans le Canard enchainé

ON LE SAIT : LA DEPORTATION MENE A LA MORT

Le Consistoire central monte également en première ligne. Jacques Helbronner a dépêché maître Robert Kiefe, son secrétaire personnel, à Vichy pour rencontrer Jean Jardin, le directeur de cabinet de Laval. Il lui remet un dossier complet sur les déportations et la manière dont elles se déroulent, évoque leur destination finale – l’extermination. Son interlocuteur se dit « atterré », affirme que ni lui ni Laval n’ont connaissance de ces faits. Jardin reconnaît que, « pour éviter des mesures allemandes contre les Israélites français en zone non occupée, le gouvernement a consenti à livrer les étrangers ». Kiefe lui répond : « Dans quelques semaines, les Allemands exigeront de nouvelles mesures contre les Juifs français. Vous ne pouvez d’aucune manière leur faire confiance. »
Le 23 août 1942 , la section permanente du Consistoire se réunit pour examiner un texte rédigé par Kiefe, et destiné à alerter les responsables politiques et religieux. En l’absence d’Helbronner, porté manquant depuis le début du mois « en raison de son état de santé », la séance est présidée par Adolphe Caen, assisté d’Isaïe Schwartz, le grand rabbin de France. Le grand rabbin Jacob Kaplan est également présent. Tous approuvent le contenu du texte, et ensemble ils décident de le diffuser aux membres du Consistoire, aux présidents des communautés et aux rabbins, mais aussi au Maréchal, au nonce apostolique, au pasteur Boegner, au président de la Croix-Rouge, aux évêques et archevêques, aux ministres, aux préfets et à certains journalistes…
Une délégation du Consistoire remet la missive au secrétariat de Laval.
On lit :
« Le Consistoire central des Israélites de France, conscient du devoir de solidarité religieuse qui lui incombe, exprime au chef du gouvernement l’indignation que lui inspire la décision prise par le gouvernement français de livrer au gouvernement allemand des milliers d’étrangers de diverses nationalités mais tous de religion israélite, résidant en zone non occupée et qui s’étaient réfugiés en France avant la guerre pour fuir les persécutions dont ils étaient victimes. […]
Le Consistoire central ne peut avoir aucun doute sur le sort final qui attend les déportés après qu’ils auront subit un affreux martyre. Le chancelier du Reich n’a-t-il pas déclaré dans son message du 24 février 1942 : “Ma prophétie suivant laquelle au cours de cette guerre ce ne sera pas l’humanité aryenne qui sera anéanti, mais les Juifs qui seront exterminés, s’accomplira quoi que nous apporte la bataille, et qu’elle qu’en soit la durée. Tel sera son résultat final.” Ce programme d’extermination a été méthodiquement appliqué en Allemagne et dans les pays occupés par elle, puisqu’il a été établi par des informations précises que plusieurs centaines de milliers d’Israélites ont été massacrés en Europe orientale, ou y sont morts, après d’atroces souffrances à la suite des mauvais traitements subis. Enfin, le fait que les personnes livrées par le gouvernement français ont été rassemblées sans aucune discrimination à leur aptitude physique et que parmi elles figurent des malades, des vieillards, des femmes enceintes, des enfants, confirme que ce n’est pas en vue d’utiliser les déportés comme main-d’œuvre, mais dans l’intention bien arrêtée de les exterminer impitoyablement et méthodiquement.
[…] Les malheureux déportés ont été traités de la façon la plus inhumaine, dès leur embarquement en zone non occupée ; ils ont été entassés dans des wagons à bestiaux, hommes, femmes, enfants, vieillards, malades, tous mêlés sans vivres, sans que les précautions d’hygiène les plus élémentaires aient été respectées […]. Le Consistoire demande, pour le cas où il ne serait pas possible d’obtenir la révocation de l’ensemble de ces mesures […], d’en exclure tous les anciens combattants et volontaires étrangers, les enfants de moins de 16 ans isolés, et en tout cas les jeunes filles pour qui ces déportations risquent d’avoir les conséquences les plus révoltantes. Demande également de décider que les parents d’enfants de moins de 3 ans ne soient pas déportés, ainsi que toutes les femmes enceintes .
»
Le Consistoire n’obtiendra pas de réponse à sa lettre. Mais il est clair que les responsables politiques à Vichy et les chefs militaires français ne pouvaient pas ne pas avoir connaissance des massacres commis dans les abattoirs humains à l’est de l’Europe. Il serait absurde d’imaginer qu’ils n’usaient pas des services d’écoute des radios étrangères, qu’ils ne disposaient pas de services d’informations civil ou militaire, présentant régulièrement aux dirigeants – à Pétain, Laval, Darlan et à d’autres – des rapports sur ce qui était publié en Angleterre, en Suisse, diffusés par les médias, la BBC ou Radio Moscou.
Le Consistoire, lui, s’était fondé sur des informations publiées à Londres le 25 juin 1942. The Telegraph avait révélé l’étendue des massacres commis par les Allemands en Pologne. Le 1er juillet, de 21 h 30 à 22 heures, dans l’émission de la BBC intitulée Les Français parlent aux Français, Jean Marin et Jean-Louis Crémieux-Brilhac avaient diffusé ces informations :
« Dans une note officielle, le gouvernement polonais a fait connaître que : “700 000 hommes, femmes et enfants ont été mis à mort, par des hommes qui avaient froidement décidés ces exécutions massives.” Pourquoi ? La note polonaise raconte comment se font les massacres des populations condamnées, les détails sont terribles, n’en citons qu’un : Les Allemands utilisent des chambres à gaz qu’on appelle même en Allemagne les chambres d’Hitler, montées sur roues. Les condamnés d’un village, d’une ville sont séparés par groupes de 80 à 90 et chaque groupe, à son tour, est enfourné dans la chambre roulante. […]. Voilà une image de l’Ordre nouveau qu’on voudrait imposer à l’Europe. Voilà aujourd’hui, la France en est au même point et nous voyons qu’en zone occupée, le Parti populaire français de Doriot imite le national-socialisme de la première heure et enjoint aux patrons d’hôtels et de cafés d’interdire l’accès de leurs établissements aux Juifs, porteurs ou non de l’étoile jaune. N’oubliez pas que c’est peu à peu qu’on essaie d’habituer un peuple à considérer une partie de la population comme sacrifiée d’avance, les étapes sont ensuite vite franchies. »

Les Juifs de France entre République et sionisme. La Critique de Libé

Les juifs, le sionisme, la République
Par Laurent Joffrin — 11 février 2020 à 17:36
Illustration Libération
Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem durant plus de trente ans, retrace l’histoire des juifs de France, du franco-judaïsme dominant sous la IIIe République au virage franco-sioniste d’aujourd’hui.

Les juifs, le sionisme, la République

Charles Enderlin est un juif de gauche – il en reste. Après le mouvement de 1968, séduit par les idéaux du sionisme socialiste, il émigre en Israël pour travailler dans un kibboutz. Il prend la nationalité israélienne, puis devient journaliste, pour tenir pendant plus de trente ans la correspondance de France 2 en Israël. A la différence de tant d’anciens de 68, il a gardé les idées de sa jeunesse. Auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire de la région, il est revenu en France sur le tard, pour constater que les Français juifs, de toute évidence, sont nombreux à avoir suivi un itinéraire politique différent du sien, en tout cas ceux qui se sentent représentés par les institutions officielles de «la communauté», le Crif ou le Consistoire. Pour retracer cette évolution et la comprendre, il livre une histoire érudite et engagée des juifs de France (selon son expression), «entre République et sionisme».

Cette évolution, Enderlin la résume en deux formules : les Français juifs sont passés, au fil des événements tragiques qui ont rythmé leur histoire, du «franco-judaïsme» au «franco-sionisme». Enderlin rappelle d’abord le lien intime qui a réuni tant de juifs français à la République, en qui ils voyaient à la fois un idéal et une protection. Son admiration peu dissimulée va d’abord à ces personnalités françaises éminentes que furent Crémieux, Naquet, Netter, et bien d’autres, qui ont contribué au premier rang, avec Gambetta, Clemenceau, Ferry, à l’établissement du régime républicain. En 1870, Crémieux est de ceux qui proclament la République à la chute de Napoléon III et il est le promoteur d’un décret historique, celui qui confère la nationalité française aux juifs d’Algérie. Puis arrive l’épreuve dramatique de l’affaire Dreyfus, qui défie l’attachement immémorial des juifs français au vieux pays. Theodor Herzl, dit-on, en tira l’idée que les juifs, attaqués même dans ce pays qui les avait émancipés à la Révolution et où ils semblaient exempts, sous la République, des antiques discriminations, ne seraient jamais en sécurité s’ils ne disposaient d’un Etat qui leur soit propre. Même si Herzl, journaliste autrichien, était surtout épouvanté par la résurgence des pogroms dans l’Est de l’Europe, c’est ainsi que naît le mouvement sioniste.

Après une féroce bataille où les Drumont, Guérin et consorts se déchaînent contre les juifs, la République l’emporte in fine, sous l’impulsion des Picquart, Zola, Clemenceau, Jaurès ou Bernard Lazare. Ainsi, malgré les attaques, la communauté juive reste profondément attachée à son pays, patriote à l’égale des autres Français, comme en témoigne son comportement pendant la Grande Guerre, où Enderlin rappelle que les pertes humaines subies par les Français juifs sont égales en proportion à celles qu’endura le reste de la population française.

Cela ne prévient en rien la terrible montée de l’antisémitisme dans les années 30, qui culmine avec les crimes de Vichy, les mesures de relégation et de confiscation, l’imposition de l’étoile jaune, puis l’enfermement, la déportation et l’assassinat dans les camps nazis de plus de 75 000 juifs étrangers et français. Pourtant, après la guerre, l’identification juive à la République reste intacte, doublée d’un lien particulier avec la gauche, et les départs vers Israël restent en nombre très limité.

Vient le temps des ruptures. L’arrivée massive des juifs d’Algérie, chassés avec les autres «pieds-noirs» par l’indépendance modifie la démographie de la communauté. La guerre des Six Jours engendre un second choc. Les Français juifs ont tremblé pour Israël, puis communié à la victoire éclair du jeune Etat sur les armées arabes coalisées. Raymond Aron lui-même, froid commentateur, sent renaître son identité particulière dans la République et réagit avec virulence à l’admonestation du général de Gaulle qui parle du peuple juif «sûr de lui et dominateur». La guerre du Kippour, plus incertaine et meurtrière, redouble la solidarité avec Israël, tandis que la «politique arabe» de la France heurte une partie de la communauté. Les attentats palestiniens visant des civils juifs dans le monde attisent l’inquiétude.

Après l’échec des tentatives de compromis avec Arafat et l’OLP, l’assassinat de Rabin, les attentats-suicides en Israël, les espoirs de la gauche sont ébranlés, pendant que les instances communautaires se rallient de plus en plus à la politique de la droite israélienne. Le tournant une fois pris, cette identification non seulement à Israël, mais aussi à la politique de gouvernements de plus en plus à droite, s’accentue au fil des années, si bien qu’au grand dam d’Enderlin, ni le Crif ni le Consistoire n’émettent plus de réserves devant la politique annexionniste du Likoud et de ses alliés religieux. «Jews turn right», disent les Anglo-Saxons. Nous y sommes, même si les organisations communautaires ne reflètent pas forcément les sentiments de l’ensemble de la communauté. Entre judaïsme identitaire et principes universalistes ou républicains, Enderlin a fait son choix, fidèle au rêve sioniste d’origine, en France comme en Israël, ce qui lui vaut les foudres de la droite israélienne.

En revanche, il manque sans doute une explication à cette fresque minutieuse. Pourquoi la gauche juive a-t-elle échoué ? Pourquoi, en Israël et en France, est-ce la droite qui domine désormais ? Evolution endogène, montée des nationalismes partout dans le monde, repli religieux ? Certes. Mais comment ne pas voir aussi, au cours des dernières décennies, l’action meurtrière des mouvements islamistes dans le monde, le Hamas compris, proclamant leur haine des juifs, leur volonté de détruire l’Etat d’Israël, leur détermination à attaquer par le terrorisme à la fois Israël et les juifs d’Europe. Partisane d’un accord avec les Etats arabes et les Palestiniens, la gauche fut régulièrement entravée, contredite, désavouée aux yeux d’une partie de l’opinion, par l’extrême violence des factions islamistes acharnées à ruiner toute possibilité d’accord, renforçant par là même les partis les plus hostiles à toute paix de compromis, à tout Etat palestinien. Les extrêmes se renforcent mutuellement. C’est un autre ressort de l’histoire.
Laurent Joffrin

Charles Enderlin

Les Juifs de France. Entre République et sionisme Seuil, 448 pp., 22,50 €.

Extrait de Les Juifs de France entre République et sionisme

Les américains, les Juifs algériens. Roosevelt et Noguès. Peyrouton l’antisémite arrive à Alger avec la bénédiction américaine.
Le 14 janvier 1943 s’ouvre à Anfa, près de Casablanca, la conférence interalliée. Roosevelt et Churchill y discutent de la suite à donner à la guerre. Giraud et de Gaulle ont également été conviés, ne serait-ce que pour se serrer la main devant les caméras. Le chef de la France libre retournera à Londres peu après. Le 17, Roosevelt reçoit le général Charles Noguès, le résident général au Maroc, toujours en poste . Le compte rendu de la discussion est rédigé par l’attaché militaire naval du président américain, le capitaine McCrea :
« Murphy déclare qu’en Afrique du Nord, les Juifs sont déçus, car la “guerre de libération ” n’a pas immédiatement conduit à leur liberté complète. Le président a dit qu’à son avis l’ensemble du problème juif devait être examiné très soigneusement, et que les progrès doivent être sérieusement planifiés. En d’autres termes, le nombre de Juifs exerçant certaines professions libérales (droit, médecine, etc.) doit être absolument limité au pourcentage [de la population juive] par rapport à l’ensemble de la population nord-africaine. Un tel plan devrait permettre aux Juifs d’exercer ces professions sans les surcharger. […] le général Noguès était d’accord en général, en ajoutant que ce serait triste si les Français devaient gagner la guerre uniquement pour permettre aux Juifs le contrôle des professions et du monde des affaires en Afrique du Nord. Le président a rappelé les plaintes des Allemands à l’encontre des Juifs allemands qui ne représentaient qu’une petite partie de la population, mais plus de la moitié des avocats, des enseignants, des universitaires, etc. » On ne sait pas d’où le président des États-Unis tient ces fausses statistiques.
Sur les conseils de Murphy, Giraud fait venir à Alger Marcel Peyrouton, antisémite notoire, l’un des auteurs du premier Statut des Juifs d’octobre 1940 et responsable de l’abrogation du décret Crémieux. Nommé gouverneur de l’Algérie, il convoque, le 28 janvier 1943, une délégation de notables juifs conduits par le rabbin Eisenbeth pour leur annoncer :
« Les Juifs et les parlementaires ont été déclarés responsable de la défaite. Une défaite qui a provoqué une explosion générale d’antisémitisme dans toutes les couches sociales du pays. Certaines lois antisémites ont été prises en France sous l’impulsion du sentiment qu’avaient fait naître les Juifs étrangers fraîchement naturalisés depuis l’avènement du ministère Blum. Une des conditions essentielles de l’armistice a été l’introduction en France de la législation raciste. L’abrogation des lois raciales en Algérie se heurterait au mécontentement de musulmans. L’Algérie est encore la France et ne peut pas se considérer comme séparée d’elle pour légiférer en cette matière. »
Et Peyrouton d’annoncer : « La question des droits politiques […] recevra une solution après la guerre. Les biens des Juifs seront restitués en totalité, par paliers. Le numerus clausus sera élargi. Dans les écoles, il sera totalement aboli à l’avenir. Les petits fonctionnaires seront repris graduellement. »
Les Alliés ont lancé l’offensive contre les forces allemandes et italiennes qui se sont déployées en Tunisie après l’opération Torch. Le général Juin commande les 75 000 hommes de l’armée d’Afrique et de la première division de la France libre du général Larminat. Ils combattent aux côtés des 95 000 Américains d’Eisenhower, le commandant suprême, et des 130 000 Britanniques de Montgomery dans le dispositif duquel est intégrée la petite force de Leclerc .

Le plan Trump – Kushner

Ses contradictions et les raisons pour lesquelles le monde musulman ne peut que le combattre .

Première constatation : Dès la page 3, Jared Kushner, l’auteur de ce texte, évoque la mémoire d’Yitzhak Rabin et affirme qu’il « a donné sa vie pour la cause de la paix ». Il oublie de rappeler qu’en fait, le Premier ministre a été assassiné par un juif nationaliste religieux pour empêcher tout accord avec les palestiniens.

Le plan semble se référer au dernier discours de Rabin en 1995 à la Knesset où il défendait l’accord intérimaire d’Oslo 2, dans lequel il définissait sa vision: « Jérusalem resterait sous la souveraineté israélienne, les secteurs de Cisjordanie et de la vallée du Jourdain où vivent d’importantes populations juives seraient incorporées à Israël. Le reste avec Gaza feraient partie de l’autonomie palestinienne, « moins qu’un état ». La direction palestinienne, relève Kushner, n’a pas rejeté cette vision de Rabin présentée comme le statut final des territoires occupés.
En fait, il savait parfaitement que pour l’OLP, le processus d’Oslo ne pouvait que mener à la création d’une Palestine indépendante. Le 11 décembre 1993, il envoyait à Tunis, son conseiller diplomatique, le colonel de réserve Jacques Neriah, ancien des renseignements militaires, rencontrer Yasser Arafat pour une discussion franche. De retour à Jérusalem, il faisait son rapport à Rabin : « le chef de l’OLP ne se contentera en aucun cas d’une autonomie, même élargie dans le statut final mais uniquement d’un état indépendant aux côtés d’Israël. » Le Premier ministre a réagi en déclarant à Neriah : « On continue le processus ! On verra ! »
Pour le professeur Matti Steinberg, ancien analyste principal du Shin Beth, il n’y a pas de doute : Rabin savait parfaitement, en s’engageant dans le processus d’Oslo, que pour l’OLP cela devait mener nécessairement à l’autodétermination palestinienne.

C’est page 7, que l’on découvre le mobile idéologique du plan concocté par Kushner : « L’État d’Israël a le désir légitime d’être l’État nation du peuple juif et que ce statut soit reconnu de par le monde. » Rappelons que le 19 juillet 2019, Benjamin Netanyahu a fait adopter par la Knesset la loi fondamentale définissant : « Israël comme l’État nation du peuple juif, qui y exerce son droit naturel, culturel, religieux et historique à l’autodétermination. La réalisation de ce droit à l’autodétermination nationale dans l’État d’Israël est réservée au seul peuple juif ». En d’autres termes, les citoyens non-juifs n’ont pas ce droit et, cette loi, accorde la priorité à l’hébreu et au développement des localités juives. C’est faire évoluer Israël vers une forme d’ethnocratie. <a href= »https://www.monde-diplomatique.fr/2018/09/ENDERLIN/59027″></a>

En guise de justification, le plan Trump propose de faire de la Palestine, l’État-nation du peuple palestinien « avec, dans chaque cas, des droits civiques égaux pour tous les citoyens de chaque état » Ce qui, pour Israël, contredit les principes discriminatoires définis par la loi votée par la Knesset.
Mais, là, il faut relever que Kushner se prononce en faveur de la création d’un État palestinien. Comment pourrait-on y parvenir ? La réponse se trouve page 10. Il faudrait que « l’Autorité palestinienne ou toute autre organisation acceptable par Israël, ait le contrôle total de Gaza, que les organisations terroristes soient désarmées, et Gaza entièrement démilitarisée ». Vaste programme ! L’Autorité palestinienne n’a certainement pas les moyens militaires pour reconquérir Gaza, désarmer le Hamas et les autres organisations djihadistes. On ne voit pas qui d’autre -à part l’armée israélienne- pourrait se lancer dans une telle opération qui ferait de nombreuses victimes de part et d’autre. Cela ne se réalisera pas de sitôt. À moins que …

Mais, de quel territoire s’agit-il ? Page 8, Kushner affirme, évoquant les conquêtes israéliennes lors de la guerre de six jours, que : « rarement dans l’Histoire, des pays se sont retirés de territoires conquis au cours d’une guerre défensive ». Et ajoute : « Il faut reconnaitre qu’Israël s’est d’ores et déjà retiré d’au moins 88% des territoires occupés en 1967 ». Il s’agit du Sinaï qu’Israël a évacué dans le cadre de la paix avec l’Égypte et n’a rien à voir avec l’affaire palestinienne. Alors, écrit-il : « Le transfert d’une partie importante du territoire de l’État d’Israël doit être considéré comme une concession significative », car, souligne-t-il : « c’est un territoire sur lequel Israël fait valoir des droits légaux et historiques ». Il n’évoque pas les droits historiques et légaux palestiniens.

Jérusalem, écrit-il, doit être reconnue comme la capitale souveraine et indivisible d’Israël. La barrière (le mur) de séparation doit être maintenue pour séparer les capitales des deux pays. « La capitale souveraine de l’État de Palestine pourrait se trouver dans un secteur de Jérusalem Est, au nord ou à l’est de la barrière de sécurité, à Kafr Aqab, la partie orientale de Shouafat et à A bou Dis. Elle pourrait être appelée Al Quds ou tout autre nom décidé par l’État de Palestine. ». Les accords d’Oslo envisageaient un parlement palestinien à Abou Dis, où un immeuble a été construit qui, depuis, est séparé de Jérusalem par le mur de séparation.

Il faut rappeler que lors des négociations de Camp David en juillet 2000, si Yasser Arafat était prêt à accepter la souveraineté israélienne sur les quartiers à majorité juive à Jérusalem Est, il n’avait aucune intention de renoncer aux secteurs à majorité arabe, musulmane ou chrétienne. Surtout sur le Haram el Charif, le troisième lieu saint de l’Islam (qui est aussi le Mont du temple du judaïsme). Là, le plan Trump annonce une chose et son contraire. Affirme d’abord que « Le statuquo doit y être maintenu sans interruption » Donc, seul le culte musulman doit y être autorisé. Mais Kushner ajoute : « Les personnes de toutes croyances devraient être autorisées à y prier d’une manière pleinement respectueuse de leur religion, prenant en compte des horaires de chaque prière religieuse et des fêtes, de même que d’autres facteurs religieux »
En d’autres termes, les juifs devraient pouvoir y faire leurs prières…

Selon Mati Steinberg ce serait une catastrophe, « un embrasement, pas seulement dans les territoires palestiniens mais dans l’ensemble de la région. Une telle mesure renforcerait le soutien populaire à Al Qaida, à Daesh, au sein du monde musulman et ferait le jeu de l’Iran et de ses alliés shiites. Le conflit israélo- arabe se transformerait en une guerre de religion. Ce serait également la fin du traité de paix israélo-jordanien qui interdit toute atteinte au statut du Haram el Charif / Mont du Temple ». Le colonel Jacques Neriah, rejoint entièrement cette analyse.
Il ne faut donc pas être surpris du rejet de ce pseudo plan de paix par le monde arabo-musulman. La diplomatie française le comprend-elle ?