Dans Libé. mon analyses

Arrêtons de financer l’Autorité palestinienne

Par Charles Enderlin , Journaliste à Jérusalem 12 janvier 2017 à 18:46 (mis à jour à 18:56)
Des manifestants palestiniens aux prises avec l’armée israélienne près de la colonie de Qadomem, en Cisjordanie, le 30 décembre. Photo Mohamad Torokman. Reuters

En coupant les budgets des Territoires palestiniens, l’Union européenne placerait le gouvernement de Benyamin Nétanyahou devant les responsabilités qui reviennent à toute puissance occupante.

Après l’échec du sommet de Camp David en juillet 2000, des négociations de Taba en janvier 2001, de la rencontre de Charm el-Cheikh en février 2005, George W. Bush, le président américain, décidait qu’il était temps d’en finir avec le conflit israélo-palestinien. Le 27 novembre 2007, à Annapolis, il réunissait Ehud Olmert, le Premier ministre israélien, et Mahmoud Abbas, le président palestinien, pour frapper dans le marbre le principe de la solution à deux Etats. Les deux hommes s’engageaient à conclure les négociations en une année.

Trois semaines plus tard, à Paris, Nicolas Sarkozy ouvrait la conférence internationale des donateurs pour l’Etat palestinien en rappelant qu’il s’agissait de créer aux côtés d’Israël : «Un Etat souverain sur son territoire et ses ressources, contrôlant ses frontières, disposant d’une continuité entre Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Un Etat de droit, disposant d’institutions fortes et indépendantes, qui assurera la sécurité de ses citoyens, fera respecter la loi et l’ordre […]. Au bout du compte, un Etat politiquement et économiquement viable.» Salam Fayyad, le Premier ministre palestinien, demandait 4,5 milliards d’euros aux donateurs qui, déjà, depuis la signature des accords d’Oslo, avaient déboursé plus de 7 milliards d’euros. Il a reçu des promesses pour la bagatelle de 6,5 milliards d’euros de la part des 70 délégations d’Etats réunies à Paris. L’Union européenne a de nouveau mis la main au portefeuille. Aux 563,28 millions d’euros déjà transférés en 2007, sont venus s’y ajouter 494,91 millions en 2008. Selon des sources diplomatiques, il faut adjoindre les sommes offertes par les divers pays de l’UE, qui, en la doublant, portent l’aide aux Palestiniens à près de 1 milliard d’euros (en 2015, encore, l’UE a remis 342,42 millions d’euros à l’Autorité autonome). Les pourparlers ont débuté et, à nouveau, ce fut l’échec. La droite israélienne en accuse les Palestiniens qui auraient refusé les «concessions sans précédent, offertes par Olmert». Faux, rétorque l’entourage d’Abbas : «Nous n’avons jamais reçu une proposition sérieuse par écrit pour l’étudier. Tout était verbal et n’engageait que ceux qui écoutaient.» En réalité, sous le coup d’une enquête judiciaire pour corruption, impopulaire, Ehud Olmert n’avait plus la possibilité de conclure un accord en bonne et due forme. Condamné, il a fini derrière les barreaux. Benyamin Nétanyahou lui a succédé à la présidence du Conseil en 2009 et, depuis, Israéliens et Palestiniens n’ont plus repris les discussions de fond sur les éléments de la solution à deux Etats.

Barack Obama, arrivé à la Maison Blanche la même année, n’a même pas réussi à relancer des pourparlers autres que sur la reprise des négociations. John Kerry, avant de quitter le département d’Etat, relève que durant ces huit années 100 000 colons supplémentaires se sont installés en Cisjordanie. Il en rejette la responsabilité sur Nétanyahou et son gouvernement, «le plus à droite de l’histoire d’Israël», dit-il, en constatant le quasi total contrôle israélien sur la zone C, 60 % du territoire, habité par près de 400 000 colons et où le développement palestinien est interdit. Une situation critiquée par de nombreux diplomates européens en poste dans la région. Tout en gardant l’anonymat, ils déclarent à qui veut les entendre : «De fait, nous finançons le maintien de l’occupation israélienne.»

Dans ces conditions, n’est-il pas grand temps de faire le bilan ? Les milliards investis par la communauté internationale, s’ils ont permis le développement d’institutions palestiniennes, n’ont pas fait avancer d’un millimètre la solution à deux Etats. Alors, pourquoi, au nom des bailleurs de fonds européens, François Hollande et Angela Merkel ne prendraient-ils pas l’initiative de fixer une date limite au-delà de laquelle Israël – puissance occupante selon les conventions de Genève – devrait assumer le financement du budget palestinien ? Cela libérerait le contribuable européen de ce fardeau, et placerait le gouvernement de Nétanyahou devant ses responsabilités à un moment où s’ouvre une nouvelle page de l’histoire du Proche-Orient. L’enjeu, c’est l’avenir de la région, d’Israël et de la nation palestinienne. Car les premières décisions de la nouvelle administration Trump ne poussent pas à l’optimisme. Le président élu a nommé David Friedman au poste de nouvel ambassadeur américain en Israël. A la tête de l’Association des amis de la colonie Beit El, c’est un fervent partisan de l’annexion des Territoires palestiniens. Il entend œuvrer pour le transfert à Jérusalem de l’ambassade des Etats-Unis installée aujourd’hui à Tel-Aviv. Ce serait le dernier clou dans le cercueil du processus de paix entamé en 1993 avec la signature des accords d’Oslo. Il ne resterait plus qu’à en publier l’acte de décès formel.

Dernier ouvrage paru : Au nom du Temple – Israël et l’irrésistible ascension du messianisme juif (1967-2013), Seuil, 2013.

Charles Enderlin Journaliste à Jérusalem

Le désespoir

Ce vendredi, Nahoum Barnea, l’éditorialiste de Yedioth Aharonot, décrit ainsi la situation en Cisjordanie : « <em>Mardi dernier, au matin Tsahal a mis en place un barrage dans le village Bani Naïm, au sud est d’Hébron. La décision n’a pas été prise sur la base de renseignements mais à la suite de l’analyse des derniers événements. Deux jeunes du village en sont sortis il y a quelques jours pour commettre des attentats. Ils ne sont pas revenus. L’un d’entre eux a été tué, la seconde est sérieusement blessée. Logiquement un troisième devait venir. Et, effectivement. Il est arrivé. Lorsque les soldats, au barrage lui ont crié de stopper, il a sorti un couteau en l’agitant. Les militaires ont ouvert le feu pour le blesser. Il est mort.
Ils ne meurent pas pour devenir martyrs de la Palestine, de l’Islam, ou pour tuer des juifs. Ce sont les martyrs du désespoir.Ils veulent mourir et les soldats sont l’instrument de leur suicide, au contraire de la précédente vague de terrorisme où les militaires étaient leur cible. Braha Ramadan Awahissi, une gamine de douze ans s’est présentée mercredi dernier à un barrage. Portant un sac qui ne contenait ni arme ni couteau, elle n’a pas obéi aux soldats qui lui criaient de s’arrêter. Ils ont ouvert le feu. Aux enquêteurs, elle a expliqué    « Mon père gagne un salaire de misère à la municipalité de Kalkilya. Ma mère est au chômage. Je voulais mourir » Elle s’en tire avec une blessure au genou.</em> »
Barnea poursuit : « [<em>…] Après cinquante ans d’occupation, chaque jeune palestinien a un problème personnel. La mort d’un proche ou son emprisonnement. L’humiliation aux barrages. La pression imposée par le Shin Beth, par Tsahal ou par les services de sécurité palestiniens. Les familles désunies etc. Etc. Les problèmes sont les mêmes mais la solution est différente pour ces adolescents. C’est, être martyr. </em>»
<strong>La fiction de la paix </strong>
La Cisjordanie attend le prochain embrasement. Ce serait l’Intifada du désespoir. Les diplomates européens et américains en poste en Cisjordanie savent parfaitement que la probabilité d’un accord israélo-palestinien sur la solution à deux États – la Palestine indépendante avec Jérusalem-Est pour capitale, aux côtés d’Israël- est quasi nul. La question n’est pas de savoir si l’Autorité autonome va s’effondrer, mais quand et comment. Pour des raisons économiques. Un budget au déficit croissant avec des donateurs de moins en moins enclins à mettre la main au portefeuille pour ce qui est le  financement du statu quo de l’occupation israélienne. Sociales : un nouveau « printemps » de la jeunesse palestinienne contre ses dirigeants.
<strong>Temporiser</strong>
Mais, l’entériner, et publier l’acte de décès du processus de paix aurait des conséquences immédiates pour la région. La remise en cause des traités de paix entre Israël, la Jordanie et l’Égypte, ainsi que les accords avec l’Union européenne. Sans compter la situation sur le terrain, car Israël devrait alors réoccuper les villes autonomes.Ce serait mettre de l’huile sur le feu de Daesh. Dans ces conditions, la communauté internationale, préfère temporiser. Barack Obama exprime son inquiétude face à la poursuite de la colonisation israélienne, et promet de poursuivre ses efforts vers la reprise de négociations. La diplomatie française n’abandonne pas son initiative de conférence internationale. Mieux vaut maintenir vaille que vaille la fiction d’une paix possible. Mais, pour combien de temps?.

Liberté de la presse?

Analyse publiée sur mon blog de géopolis Francetvinfo

Mal géré, dépassé par la concurrence des médias privés, le service public, l’Office de radio-télévision israélien, l’ORTI, est en état de déliquescence, les audiences en berne, à l’exception de sa seconde chaine de radio qui ne survit pas trop mal. Il faut réformer. Le ministre de la communication en 2014, Gilaad Erdan, du Likoud, s’y est mis. Première étape : dissolution de l’ORTI dont les employés partiront en retraite anticipée ou seront licenciés en recevant les indemnités qui leur reviennent de droit. En parallèle, une nouvelle société publique de diffusion est mise sur pied. Elle devra recréer huit stations de radio, trois chaines de TV, en hébreu, pour le grand public, pour la jeunesse et en arabe. Les budgets ont été votés. La nouvelle société a installé ses bureaux provisoires à Modiin, entre Tel Aviv et Jérusalem et a commencé à embaucher. Des centaines d’employés ont quitté l’ORTI, qui continue de diffuser en attendant sa fermeture en octobre.
Mein Kampf
Tout paraissait normal jusqu’à la crise qui a éclaté une dizaine de jours. Quelqu’un est allé dire au ministre de la communication, Benjamin Netanyahu qui cumule les portefeuilles : « Attention, nous n’aurons aucun contrôle sur cette nouvelle société. Eldad Koblenz est un journaliste indépendant. Il va nous faire le journal de la seconde chaine ! Ou pire celui de la chaine 10, voire Galei Tsahal, la radio de l’armée. Pourquoi ne pas y placer un des nôtres, un journaliste d’Israël Hayom (le quotidien gratuit pro Netanyahu) ou quelqu’un de la chaine 20 (nationaliste religieuse) » Le Likoud, et tout particulièrement le premier ministre et son entourage, détestent, la chaine 10, qu’ils ont essayé de fermer en raison de ses critiques anti gouvernementales, la chaine 2, est plus proche du consensus national mais comporte des journalistes trop indépendants au gout de la droite. Galei Tsahal, bien que remise au pas, et que Miri Regev, la ministre de la culture, voudrait à contrôler, a parfois de rares bouffées d’indépendance. Au grand dam de la droite elle a récemment consacré un programme au grand poète palestinien Mahmoud Darwish. Le ministre de la défense, Avigdor Liebermann, qui, selon la loi, n’est pas censé intervenir dans le contenu des émissions, a convoqué le patron de la radio pour lui dire : « Vous avez diffusé l’équivalent de Mein Kampf ! »
Pas de Likoud pas d’oriental
Tout cela donne le dialogue suivant en conseil des ministres, dimanche dernier, à Jérusalem. A l’ordre du jour, la fermeture de l’ORTI et le nouveau service public dont on ne sait toujours pas qui va le diriger et quand il commencera à diffuser, s’il n’est pas tout bonnement dissous.
Miri Regev, s’est adressée à ses collègues : « A quoi sert cette société si nous ne la contrôlons pas ? Le ministre [NDLR : des Communications donc…Netanyahu !] devrait la contrôler. Quoi, nous allons mettre de l’argent dedans et ensuite ils diffuseront ce qu’ils veulent?» Naftali Bennet, ministre de l’éducation, chef du « Foyer juif », le parti des colons : « si vous ne voulez pas de cette société. Dites « Nous en avons perdu le contrôle ! On arrête ! Mais reporter l’ouverture d’un an et demi, cela en éloignera des journalistes de droite comme de gauche. C’est créer l’incertitude pour une période qui mettra la société totalement sous le contrôle des politiques »
Ofir Akounis, ministre des sciences, de la technologie et de l’espace:« Mais,[dans cette société] il n’y a pas de militants du Likoud, ou des gens venus de la périphérie, des orientaux!»
Gilaad Erdan, actuel ministre de la sécurité intérieure, s’adresse à Regev « Est ce que tu contrôle chaque pièce jouée par Habima, le théâtre national ou tout autre théâtre qui reçoit des fonds du gouvernement ? »
Regev: « le projet de prolonger de deux ans Koblenz au poste de patron de la société est de l’opportunisme sournois »
Erdan : « Comment ça ? De quoi tu parles, Tu crois que cette loi est faite pour Miri Regev »
Fascisme?
Le ton a paraît-il monté lorsqu’Akounis, le ministre de l’espace, est revenu sur orbite et a énuméré les noms d’une demi douzaine de journalistes sionistes religieux. Là, Ayelet Shaked ministre de la justice et une des responsables du Foyer juif s’énerve. Elle tape du poing sur la table et lance à ses collègues du Likoud : « Arrêtez ces mensonges ! Apprenez à gouverner et cessez de râler ! Bande de pleurnichards ! Vous avez votre journal ! »
Netanyahu intervient : « Il faut aussi de la compétitivité entre les chaines commerciales » Il ajoute peu après:« Pourtant, l’ORTI et la deuxième chaine de radio étaient équilibrés» En fait, Netanyahu a changé d’avis et préférerait annuler tout simplement la dissolution de l’ancien service publique. David Bitton, député Likoud et chef de la coalition gouvernementale a même déposé une proposition de loi en ce sens. Mais, il y a un gros problème budgétaire. Tout cela couterait très cher. Pas moins d’un demi milliard de Shekels. Donc, on retarde toute l’opération, jusqu’au début de l’année prochaine et on verra ensuite.
L’échange de politesse entre le Likoud – le cabinet de Netanyahu – et le Foyer juif se poursuit. En conclusion, il faut citer Gila Gamliel, député Likoud et ministre de l’égalité sociale, évoquant les déclarations de sa collègue Miri Regev, elle a lancé: « Cela frôle le fascisme ! ». Fin de citation. Madame Gamliel – on l’a compris- n’aime pas Regev et considère que le gouvernement n’a pas à s’occuper du contenu des émissions du service public.

Le melting pot et les tribus

Benjamin Netanyahu est plutôt satisfait. En concluant un accord avec le parti russophone d’Avigdor Lieberman, il fait d’une pierre deux coups. Il renforce sa coalition gouvernementale qui passe de 61 à 66 députés sur les 120 que compte la Knesset. Mais, surtout il se donne les moyens de renforcer son contrôle de l’élite militaire du pays avec qui il a souvent eu des relations tendues. Et cela dés son premier mandat de chef du gouvernement israélien en 1996. A l’époque, le général Oren Shachor, responsable de l’administration des territoires palestiniens disait : « Netanyahu et ses proches qualifient les officiers de Tsahal « d’employés au service de la gauche » et donc les traitent comme des suspects. Dans le passé tous les Premier ministres, et soutenaient l’armée puisque c’est sur elle qu’est fondé le pays. Ce n’est pas l’attitude du gouvernement Netanyahu [1]» Après quatre mois à la tête du cabinet du Premier ministre, le général de réserve David Agmon en était parti en claquant la porte, au début de 1997, en déclarant : « Bibi prend ses décisions au petit bonheur. Il n’écoute pas les experts. Une partie de son temps est consacré à la communication et à la manipulation de la presse. Il ne rédige aucun procès-verbal après ses rencontres avec des dirigeants étrangers ou avec les responsables palestinien[2]»

Netanyahu a gardé un très mauvais souvenir de la campagne électorale qui a vu, le 17 mai 1999, sa défaite face à Ehoud Barak, le soldat le plus décoré du pays, entouré d’une impressionnante brochette d’anciens généraux, de chefs de la police et de patrons de services de renseignement. Les militaires ne s’étaient pas mobilisés uniquement contre l’homme Netanyahu, mais contre sa philosophie politique, contre l’idée que le « melting pot » à l’israélienne avait échoué, faisant place à une société divisée en tribus dont il fallait assouvir les exigences pour se maintenir au pouvoir[3].

La fin du rêve sioniste selon Meir Dagan ?

Après l’échec du processus d’Oslo avec les Palestiniens, l’éruption de la seconde Intifada et la deuxième guerre au Liban, élu à nouveau chef du gouvernement en mars 2009, il a formé une coalition avec le parti russophone d’Avigdor Lieberman, les formations orthodoxes et les travaillistes d’Ehoud Barak, son ancien adversaire, qui fut aussi son commandant durant son service militaire au commando d’état major. Les deux hommes ont préparé une opération contre ce qu’ils considéraient comme la principal menace existentielle à laquelle Israël faisait face : le nucléaire iranien. Mais, à deux reprises, en 2010 et en 2011, lorsqu’ils ont donné l’ordre à l’armée de l’air de commencer le compte à rebours, le chef d’état major, le général Ashkenazi, s’était prononcé contre. Le patron de Mossad, Meir Dagan menaçait de démissionner. Ils ont exigé vote en règle du cabinet de sécurité. Là, Moshé Yaalon, général de réserve et ministre des Affaires stratégiques avait rejoint les militaires ainsi que Youval Steinitz qui avait le portefeuille des finances[4]. Les avions n’ont pas décollé en direction de Téhéran.

Des graines..

Dagan, ex-général lui aussi, nommé à la tête du Mossad par Ariel Sharon est devenu, après avoir quitté ses fonctions, un opposant intraitable à Netanyahu. En mars 2015, en pleine campagne électorale il a pris la parole au cours d’un meeting de la gauche à Tel Aviv en déclarant : « J’ai peur tout particulièrement de la crise que traverse notre leadership, la plus grave que nous ayons jamais connue… Benjamin Netanyahu a été Premier ministre pendant six années d’affilée, durant lesquelles il n’a pas produit un seul changement réel pour créer un avenir meilleur. […] Avec Naftali Bennet, il nous conduit à l’état binational, ce sera une catastrophe, cette politique mène à l’apartheid, à la fin du rêve sioniste[5] ».

La voix, de Meir Dagan, s’est tue. Après un long combat contre le cancer, ce légendaire combattant d’Israël est décédé en mars dernier.

Sa vision est aussi celle des responsables militaires du pays telle que le général Yaïr Golan, le chef d’état major adjoint qui, lors de la commémoration de la Shoah, a déclaré: « Une chose m’effraie. C’est de relever les processus nauséabonds qui se sont déroulés en Europe en général et plus particulièrement en Allemagne, il y a 70, 80 et 90 ans. Et de voir des signes de cela parmi nous en cette année 2016. La Shoah doit inciter à une réflexion fondamentale sur la façon dont on traite ici et maintenant l’étranger, l’orphelin et la veuve. […] Il n’y a rien de plus simple que de haïr l’étranger, rien de plus simple que de susciter les peurs et d’intimider… » En d‘autres termes, c’était comparer l’Israël d’aujourd’hui à l’effondrement de la démocratie dans la république de Weimar durant les années 30. Ehoud Barak, qui a quitté la politique, a déclaré dans une interview à une chaine de télévision israélienne : « Le gouvernement est infecté par des graines du fascisme et cela ne peut pas cohabiter avec le sionisme.[6] »

Une nouvelle page de l’histoire d’Israël vient de s’ouvrir. Reste à savoir si elle verra la victoire des tribus de l’état nation du peuple juif, tel que Netanyahu entend redéfinir la nature même du pays ?

 

[1] Yoram Peri. Generals in the Cabinet Room. US Institute for Peace. Washington. 2006. P.79-80

[2] Voir mon livre : Le rêve brisé. Fayard. 2002. P.116.

[3] Idem.P.117

[4] http://www.timesofisrael.com/barak-netanyahu-wanted-to-strike-iran-in-2010-and-2011-but-colleagues-blocked-him/

[5] http://www.haaretz.com/israel-news/elections/.premium-1.645757 http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4631634,00.html

[6] News.nana10.co.il

 

Entre Herzog et Lieberman Bibi a choisi!

Si on en croit des informations diffusées par le quotidien Haaretz, la combine montée par Tony Blair et John Kerry a fait long feu. L’ex représentant du Quartet au Proche-Orient et le secrétaire d’état américain avaient demandé au président égyptien Abdel Fatah Sissi de lancer un appel « aux partis politiques israéliens » pour qu’ils acceptent une initiative de paix régionale. Tout cela pour encourager Benjamin Netanyahu à faire entrer le parti travailliste dirigé par Yitzhak Herzog dans sa coalition gouvernementale. Le premier ministre israélien avait accepté de discuter d’un tel accord de gouvernement. Mais, voilà il n’était pas prêt à entériner des accords écrits sur un changement de sa politique de colonisation, seulement à offrir offrir des promesses verbales…
Comprenant qu’il n’obtiendra rien de plus, Herzog a plié bagage, humilié.

Donc Lieberman!

Netanyahu qui n’a qu’une seule voix de majorité au parlement voulait absolument coopter quelques voix de plus, et s’est donc tourné vers Avigdor Lieberman le patron de « Israël Beytenou », le parti russophone qui compte six députés. Ses conditions étaient connues : le portefeuille de la défense et une loi définissant la peine de mort pour les « terroristes». Netanyahu a dit banco ! Et les négociations en vue de d’un nouvel accord de coalition ont débuté.

Le premier ministre réussirait ainsi à se débarrasser du général Moshé Yaalon, le ministre en titre,dont il n’apprécie pas les dernières prises de position en faveur des généraux de l’état major. Par exemple son soutien au chef d’état major adjoint, le général Yaïr Golan qui avait déclaré lors de la journée commémorative de la Shoa : « Une chose m’effraie. C’est de relever les processus nauséabonds qui se sont déroulés en Europe en général et plus particulièrement en Allemagne, il y a 70, 80 et 90 ans. Et de voir des signes de cela parmi nous en cette année 2016. La Shoah doit inciter à une réflexion fondamentale sur la façon dont on traite ici et maintenant l’étranger, l’orphelin et la veuve.  Il n’y a rien de plus simple que de haïr l’étranger, rien de plus simple que de susciter les peurs et d’intimider… » Dans l’affaire du soldat, traduit en cour martiale pour avoir, à Hébron,  achevé un assaillant palestinien, qui avait blessé un militaire à coup de couteau, Netanyahu avait, de fait, pris position contre les chefs militaires.

Mettre les généraux au pas.
Lieberman, à la Défense, c’est aussi l’occasion pour le chef du Likoud, de mettre au pas cette élite qu’il n’aime pas  : les chefs de l’armée. Il a eu maille à partir avec eux, chaque fois qu’il a dirigé le gouvernement depuis 1996. Ce sont les généraux et les chefs des services de sécurité, le Mossad et le Shin Beth, qui lui ont dit non lorsqu’il a voulu lancer une opération contre le nucléaire iranien. http://www.haaretz.com/israel-news/.premium-1.720327
L’arrivée de Lieberman à la défense, c’est aussi un message à l’administration Obama ainsi qu’à la diplomatie française : « Laissez moi tranquille avec vos initiatives de paix! »
Lieberman a fait son service militaire dans l’artillerie en qualité de magasinier.

Et si Tony Blair arrêtait de se mêler des affaires de la région? Ce serait plutôt bien, elles se terminent toujours très mal..

Tout cela est encore en discussion,et il peut  y avoir des surprises. Plusieurs personnalités du Likoud, notamment Beni Begin, le fils de l’ancien premier ministre,  considèrent cette nomination, comme bizarre et dangereuse pour la sécurité du pays. Et Yaalon n’a pas dit son dernier mot.

A Paris ..

je participerai aux Rendez-vous de l’histoire de l’IMA pour:

–          La table ronde « Jérusalem : lieux saints, lieux de pouvoirs », organisée par Vincent Lemire. Elle est programmée samedi 21 mai 2016, de 10h à 11h30

–          La projection, suivie d’un débat, de mon documentaire Au nom du temple. Cette belle rencontre est prévue le samedi 21 mai, de 19h30 à 21h

–          La grande table ronde « Le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits », qui est programmée le dimanche 22 mai, de 16h à 17h30.

Les français juifs et l’extrême-droite

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Ainsi, c’est fait ! Selon Libération, une « Union des patriotes français juifs » est en train de voir le jour. Selon Michel Thooris, son président, il s’agit d’améliorer l’image du Front national auprès des électeurs juifs. Ce monsieur est aussi membre du comité central du FN

http://www.liberation.fr/france/2016/04/25/une-association-pour-promouvoir-le-fn-aupres-des-electeurs-juifs_1448528

L’initiative est intéressante et il est, bien entendu, trop tôt pour savoir ce que cette association va devenir. Cela posé, et sans faire de comparaison – les situations sont entièrement différentes- rappelons quelques éléments historiques. Ce n’est pas la première fois que des personnalités et des organisations juives se tournent vers l’extrême droite. Prenons, par exemple, L’Union patriotique des français israélites, fondée en 1934 par Edmond Bloch. Cet avocat, né en 1884 dans l’Aisne, ancien combattant, était violemment hostile aux socialistes, aux communistes et… aux immigrés juifs. Il faisait la corrélation entre la montée de l’antisémitisme en France et l’immigration juive et n’hésitait pas à prendre la parole à des meetings aux côtés d’auteurs antisémites comme Charles Maurras, Léon Daudet, Jacques Doriot et Xavier Vallat.

En 1937, le rabbin Jacob Kaplan a refusé l’invitation de Bloch de participer à une réunion organisée par Jean Goy, le président de l’Union des nationale des combattants qui était aussi un dirigeant du comité France-Allemagne et fervent partisan d’une entente avec Hitler. L’Union patriotique des français israélites refusait l’adhésion des juifs immigrés même s’il s’agissait d’anciens combattants décorés. Son principal adversaire au sein de la population juive est la Ligue internationale contre l’antisémitisme, présidée par Bernard Lecache, son fondateur qui lutte contre le fascisme. La plupart de ses militants sont des Juifs, souvent immigrés.

L’historien Ralph Schor rappelle que des juifs ont rejoint des mouvement d’extrême droite comme l’Action française et la Ligue fasciste des francistes. Des personnalités israélites ont participé à la souscription destinée à offrir son épée à Charles Maurras lors de son élection à l’Académie française.

La plupart de ces éléments, minoritaires au sein du judaïsme français était anti-sionistes et violemment opposés au Front populaire dirigé par Léon Blum, lui même pro-sioniste.

Arrêté pendant l’occupation, Bloch a été libéré grâce à l’intervention de son ami Xavier Vallat, patron du Commissariat aux questions juives sous Pétain.

Bien entendu, tout cela n’a rien à voir avec l’Union des patriotes juifs qui vient de voir le jour.

Les sources de cet article : Ralph Schor L’Antisémitisme en France dans l’entre-deux-guerres. Éditions Complexe. P. 211 et 287. David Shapira. Jacob Kaplan. Albin Michel. P. 82-83. Les Juifs de France. Ed. Liana Levi. P.148-149