Zemmour Finkielkraut Les identitaires. Extrait de mon « Les Juifs de France entre République et Sionisme »

Cent quarante-neuf ans après le décret de naturalisation qui conféra la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie par Adolphe Crémieux, cent quatorze ans après le vote de la loi portant séparation des Églises et de l’État, quatre-vingt-trois ans après l’élection du socialiste Léon Blum à la tête du Front populaire, un député franco-israélien siège aujourd’hui au palais Bourbon. Meyer Habib se présente lui-même comme « sioniste, partisan de l’intégrité d’Eretz Israël et fidèle aux valeurs de la Torah ». Il défend la politique annexionniste du Likoud dont il a été un des représentants en France.

Ce type de revendications s’accompagne d’une réinterprétation, par certains essayistes, de l’histoire du judaïsme français. C’est ainsi que soixante-quinze ans après la promulgation par Philippe Pétain du premier statut des Juifs leur interdisant l’accès à la fonction publique, notamment à l’éducation nationale et à l’armée, soixante-quatorze ans après la promulgation par le m.me Philippe Pétain du second statut des Juifs leur interdisant cette fois l’accès aux professions libérales, Éric Zemmour, dans Le Suicide français, fait l’apologie du régime de Vichy en affirmant que la politique de Pétain aurait permis de sauver des Juifs de France par le sacrifice de Juifs Étrangers – en l’occurrence, des immigrés et des réfugiés juifs venus d’Europe de l’Est et d’Allemagne.

Zemmour reprend, ce faisant, la thèse selon laquelle, durant la Seconde Guerre mondiale, de Gaulle était le glaive et Pétain le bouclier. Affirmation contredite par de nombreux historiens de la Shoah.

Cela n’a pas empêché Alain Finkielkraut de saluer la publication de ce livre, non sans exprimer il est vrai, une petite réserve : « Dans le louable souci de dénoncer le climat actuel de repentance satisfaite et de réhabiliter le concept de préférence nationale, il en vient à créditer le régime de Vichy d’avoir sauvé des Juifs français en ne consentant à livrer aux nazis que les Juifs étrangers ou apatrides. D’abord c’est faux : des Juifs français aussi sont morts à Auschwitz. […] . Et de citer Jacqueline Mesnil-Amar, une Juive française qui avait écrit, dit-il, ces lignes admirables : “Après treize ans d’hitlérisme, après quatre ans d’occupation nazie en France, après les camps, les wagons et les fours, il n’est plus un seul Juif, croyant ou incroyant, perdu ou retrouvé, qui ne se souvienne qu’il est juif.” […] . Finkielkraut affirme dans la foulée : « Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, il n’y a quasiment plus d’Israélites en France : le franco-judaïsme a volé en éclat. Les Juifs sont redevenus juifs. Ils ne croient plus en la vocation du pays où ils vivent. Cela ne les empêche pas de l’aimer […] » Façon comme une autre d’enterrer deux siècles de vie israélite en France. Les Juifs formeraient donc, à nouveau, une nation au sein d’un État dont ils récuseraient le projet d’assimilation, et dont les valeurs leur seraient devenues étrangères.

Un an avant la parution du Suicide français, Alain Finkielkraut avait lui-m.me publié « L’Identité malheureuse, » un livre dans lequel il prenait la défense de « la France de Maurice Barrès et d’Amélie Poulain, la France qui regrette le bon vieux temps où les Français de souche ne croisaient que leurs pareils, la France sépia qui pleure son homogénéité perdue […] ». On ne saurait identifier plus clairement les Français de souche aux partisans de l’antisémite Maurice Barrès. Quoi qu’il en soit, ces autochtones se sentiraient devenir étrangers sur leur propre sol sous l’effet de l’immigration musulmane1. On comprend dès lors

les raisons pour lesquelles il entérine la thèse développée par Éric Zemmour : . […] au lieu de faire face au double défi de la mondialisation économique et de l’immigration de peuplement,

la France se quitte, elle se dépouille de son être, c’est-à-dire de son histoire, elle rompt spectaculairement avec elle-même […] « La vision qu’a Éric Zemmour de l’histoire du judaïsmes français est significative. Le 1er juin 2016, dans la grande synagogue de la rue de la Victoire à Paris, devant plus de 1 000 fidèles, au cours d’un débat avec Gilles Bernheim, l’ancien grand rabbin de France, il a déclaré : « À la fin des années 1930 on estime que les Juifs ont pris trop de pouvoir, qu’ils ont pris trop de puissance, qu’ils dominent excessivement l’économie, les médias, la culture française comme d’ailleurs en Allemagne et en Europe. Et d’ailleurs, c’est en partie vrai ! […] Il y avait des Français qui trouvaient que les Juifs se comportaient avec une arrogance de colonisateurs. Et arrive encore l’immigration des Juifs d’Europe de l’Est et de l’Allemagne. La France est le pays qui a reçu le plus de réfugiés. Les médecins français se plaignaient que les médecins juifs leur volaient leur clientèle. Il y avait des concurrences terribles. Il y avait des trafics. […] Tout cela n’a pas été inventé par les antisémites. Et les Juifs français étaient les premiers à se plaindre des problèmes que causaient les Juifs ashkénazes ». Au cœur de la prestigieuse synagogue, une voix juive d’extr.me droite justifiait ainsi l’antisémitisme, condamnait l’accueil des réfugiés fuyant le nazisme. Lui-même séfarade, français en vertu du décret Crémieux, il accusait les Ashkénazes d’avoir causé des problèmes. Des mots qui font clairement référence à ceux de la droite antirépublicaine des années 1930.

Proche des idées du Front national, Zemmour dispose d’un accès sans précédent aux médias. Chroniqueur permanent dans l’émission matinale de RTL, la radio la plus écoutée de France, hôte, avec Éric Naulleau, d’une émission hebdomadaire de télévision, ses livres se vendent par centaines de milliers d’exemplaires. Selon l’historien Laurent Joly : « Depuis Barrès et Maurras, aucun autre intellectuel, journaliste ou écrivain, n’avait eu ce statut de passeur des idées d’extrême droite auprès d’un très large électorat »

Alain Finkielkraut est l’autre grande voix juive identitaire et conservatrice de la France. Lui aussi dispose de moyens médiatiques importants pour diffuser ses idées. Depuis 1987, le philosophe anime chaque samedi sur France Culture une émission très écoutée par le public cultivé. Il exerce une sorte de magistère sur les droites françaises, dont les organes de presse l’encensent : Valeurs actuelles, Le Figaro. Il est le collaborateur régulier de Causeur d’Élizabeth Lévy. Le Front national ne le critique jamais, tandis qu’une partie de la gauche républicaine le respecte et le soutient. La majorité des institutions juives le regardent comme une sorte de rabbin laïc.

À l’instar du CRIF et du Consistoire, Alain Finkielkraut, tout en se déclarant partisan de la solution à deux États, défend inconditionnellement Israël, dont les ennemis sont, selon lui, antijuifs : « L’antisémitisme est revenu et ce n’est plus l’antisémitisme résiduel du nationalisme français. C’est un antisémitisme fier de lui-même à qui on ne peut pas faire honte puisqu’il s’exprime dans la langue de l’antiracisme. Il s’agit d’un antisémitisme antiraciste car, précisément, pour ces antisémites-là, les Juifs sont passés de l’autre côté de la barricade avec Israël et l’occupation de la Palestine. Tout ça étant pensé dans des termes racistes : Israël est un État raciste, donc s’opposer à Israël et à tous ceux qui se sentent un lien avec ce pays, c’est combattre des racistes. […] La haine d’Israël est très répandue dans le monde arabe, mais se trouve à tout sauf à avoir à combattre l’antiracisme comme nous devions combattre les idéologies totalitaires du XXème siècle. […] On vous taxe d’islamophobe en mettant en parallèle la judéophobie des années 1930. Le sous-texte de cette accusation, c’est que les musulmans sont les Juifs d’aujourd’hui. Et que nous, nous sommes les nazis »

La critique d’Israël est interdite au nom de la lutte contre l’antisémitisme. Surtout, un Juif ne doit jamais offrir d’arguments aux ennemis de la communauté juive. Déjà en janvier 1968, lors du Colloque des intellectuels juifs de langue française, André Neher avait proclamé : « Beaucoup d’intellectuels juifs de la diaspora revendiquent le droit de critique à l’égard d’Israël, sans se rendre compte du mécanisme mortellement dangereux dans lequel ils acceptent d’entrer. […] Être contre Israël par quelque nuance que ce soit, c’est sur ce point précis être vraiment et fatalement contre Israël, c’est apporter à la mise en accusation d’Israël une contribution dont les répercussions sur l’ensemble sont dangereusement imprévisibles. Ces critiques sont donc nocives en logique pure »

Wladimir Rabi, un sioniste de la premi.re heure, ancien résistant, magistrat, subira l’ostracisme de la communauté juive en raison de sa condamnation de la politique israélienne

: « Je me sépare de l’intégrisme juif, qu’il soit spirituel ou séculier. Je n’accepte pas que la raison d’État puisse nous amener à justifier le fait des villages rasés et des maisons détruites, ni les sanctions collectives, ni l’inévitable dégradation que constitue finalement l’occupation d’un territoire sur lequel vit une population qui n’accepte pas le pouvoir d’une armée, fût-elle la plus bienveillante qui soit ». Rabi ne sera pas le seul à subir l’ancestrale sanction du «  herem » , l’exclusion de la communauté.

Sur Zemmour, les Juifs, la droite et Israël, mon itw au Point en 2020

Israël est devenu pour la France un Vatican juif »

INTERVIEW. L’essayiste Charles Enderlin s’interroge sur le « sionisme religieux » de nombreux Juifs de France qui les pousse à soutenir sans condition Israël.

Manifestation pro-israelienne dans les rues de Paris en janvier 2009.

Propos recueillis par Catherine Golliau

Publié le 02/02/2020 à 15h45 – Modifié le 03/02/2020 à 07h36

Dans Les Juifs de France entre République et sionisme (Seuil), l’ancien correspondant à Jérusalem de France 2 raconte comment une partie du judaïsme français est passée du soutien passionné de la République de Jules Ferry à celui de l’Israël de Netanyahou. Polémique.

Le Point : Votre livre semble montrer que les Juifs de France sont aujourd’hui écartelés entre la République et le soutien à Israël. Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

Charles Enderlin : Je suis un Franco-Israélien qui vit en Israël. Je m’y suis installé à la fin 1968 pour être israélien, démocrate et juif culturellement. Or, je constate que de plus en plus de gens, en Israël comme en France, se disent d’abord juifs. À Jérusalem, un immigré venu de France m’a ainsi dit récemment : «  Je suis juif, le passeport n’est rien puisqu’il y a des Arabes qui sont israéliens.  » Être juif prévaut pour beaucoup aujourd’hui à toute autre appartenance. C’est ainsi que, en France, certains sont prêts à tout accepter de la politique israélienne au nom de leur identité juive, même si cela signifie renoncer aux valeurs qui fondent la République française. Car s’identifier à Israël veut dire aussi accepter que ce pays occupe un autre peuple et discrimine ses propres citoyens arabes. J’ai donc voulu comprendre comment et pourquoi la communauté juive française est passée d’Isaac Jacob Crémieux, républicain, qui se battait à la fin du XIXe siècle pour l’assimilation des juifs au sein de la société française, à Meyer Habib, député franco-israélien qui se proclame « sioniste, partisan de l’intégrité d’Eretz Israël, et fidèle aux valeurs de la Torah ». Comme si on avait oublié que Crémieux est non seulement à l’origine du décret du 24 octobre 1870 qui impose la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie, mais aussi de l’abolition de la peine de mort pour raison politique, et que, un siècle plus tard, c’est un autre garde des Sceaux juif, Robert Badinter, qui abolit la peine de mort. Qui sait aujourd’hui que la loi de 1884 autorisant le divorce, c’est Alfred Naquet ? Que le Front populaire et ses lois sociales, c’est Léon Blum ? Qui se souvient du rôle de Mendès France dans la politique d’après-guerre ? Ces juifs-là ont ardemment défendu non seulement la République, mais aussi ses valeurs les plus nobles, les plus progressistes, dont la laïcité.

Zemmour accuse les juifs ashkénazes réfugiés en France dans les années 1930 d’avoir été responsables de la montée de l’antisémitisme.

Vous attaquez bille en tête Éric Zemmour dès votre préface, mais, par le passé, d’autres juifs ont rejoint la droite extrême. Après tout, ce n’est pas parce que l’on est juif que l’on doit être de gauche…

C’est vrai. Et certains ont même soutenu les antisémites ! Quand Charles Maurras est reçu à l’Académie française en 1938, on a pu écrire que la liste des souscripteurs pour financer son épée comportait pas mal de notabilités juives. Toujours dans les années 1930, de nombreuses personnalités juives étaient membre de la Ligue des Croix-de-Feu. Le cas de René Mayer est exemplaire : grand avocat, membre du consistoire, l’institution fondée par Napoléon Ier pour administrer le culte israélite en France, protégé par Vichy, il a rejoint le Comité français de libération nationale à Alger en 1943 ; garde des Sceaux en 1949, il va autoriser la mise en liberté provisoire de Xavier Vallat, le commissaire général aux Affaires juives sous Vichy, antisémite et condamné à la Libération à dix ans de prison. Aujourd’hui, Éric Zemmour accuse les juifs ashkénazes réfugiés en France dans les années 1930 d’avoir été responsables de la montée de l’antisémitisme. Il se rapproche du Front national.

Quelle est votre définition du sionisme ?

La même que celle de Theodor Herzl : donner aux juifs une terre où ils seront en sécurité, un État libéral et démocratique, qui rejette le messianisme. Cela signifie un État qui reconnaît les droits des Palestiniens. Même Vladimir Jabotinsky, le fondateur du sionisme nationaliste, envisageait un État juif avec l’égalité des droits. La droite nationaliste religieuse a fait passer l’idée que le sionisme est fondé sur un droit d’ordre divin. Résultat, quand on parle de sionisme en France, on parle de la politique du gouvernement israélien annexionniste. Et c’est au nom de ce sionisme-là qu’on accuse souvent d’antisémitisme ceux qui osent critiquer Israël.

Le grand virage a été provoqué par la guerre des Six Jours en 1967.

Peut-on situer dans le temps l’évolution du judaïsme français vers le sionisme ?

La Shoah et l’aide apportée par le gouvernement de Vichy à la déportation des juifs a joué évidemment un rôle majeur dans le développement de la méfiance vis-à-vis de la France, mais jusque dans les années 1950, les israélites se définissaient dans leur immense majorité comme « Français de religion juive », voire, pour certains, « de confession mosaïque ». L’arrivée des Juifs d’Afrique du Nord a commencé à changer la donne. En 1962, 100 000 Français juifs d’Algérie ont débarqué en France la rage au cœur contre de Gaulle. Même si le consistoire a fait beaucoup pour ne pas renouveler les erreurs des années 1930 où les institutions israélites françaises ne voulaient pas d’une vague de réfugiés juifs de l’Est, l’intégration n’a pas toujours été facile. Beaucoup aussi se sont sentis coupables envers Israël : seuls 20 000 Juifs d’Algérie sont alors partis s’installer là-bas alors que les autres ont préféré la métropole pour conserver leurs droits de citoyens français. Mais le grand virage a été provoqué par la guerre des Six Jours en 1967. Les juifs ont eu peur qu’Israël ne disparaisse de la carte. Même Raymond Aron, qui se disait insensible à la création de l’État d’Israël, reconnaît alors qu’il a ressenti des bouffées de judaïsme. Mais cette peur était-elle justifiée ? Non, on le sait maintenant, les autorités israéliennes attendaient le feu vert américain pour attaquer. Quand ils l’ont eu, ils sont passés à l’offensive.

Mais le fait que de Gaulle traite alors Israël de « peuple dominateur » a profondément blessé les Juifs de France…

De Gaulle, fin stratège, savait que l’armée israélienne était mieux organisée et équipée (grâce au matériel français) que les armées arabes. Mais de Gaulle avait intimé à Israël de « ne pas tirer le premier ». Les Israéliens ne l’ont pas écouté. Le fait important, toutefois, c’est que, après la guerre des Six Jours, Israël s’est trouvé en situation d’occupant, n’était plus le petit pays sur la défensive, mais un État conquérant. Là, on constate une évolution dans l’attitude de la diaspora française. Contre un Emmanuel Levinas qui affirme qu’« Israël ne peut ni ne doit être un persécuteur », André Neher plonge dans le messianisme et affirme qu’Israël est du côté de la justice. Mieux, en 1968, il soutient qu’un juif ne doit pas critiquer Israël, car c’est donner des arguments aux antisionistes et aux antisémites. Cette parole a été si bien entendue qu’un sioniste de la première heure comme Wladimir Rabinovitch [Rabi, NDLR] a été ostracisé pour avoir osé critiquer les destructions de maisons palestiniennes et les arrestations arbitraires. En 1977, fait significatif, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a modifié sa charte. Initialement, cette organisation était pluraliste, mais, là, elle s’est clairement orientée vers le soutien à Israël. En fait, les grandes institutions juives manifestent pour la plupart, face à la politique israélienne, un silence de plus en plus assourdissant, qu’il s’agisse de la répression antipalestinienne ou de la loi de juillet 2018, voté par la Knesset, qui fait d’Israël l’État nation du peuple juif, discriminant les citoyens non juifs.

Depuis François Hollande, j’ai même l’impression qu’Israël est devenu pour la République française une sorte de Vatican juif.

En France, les juifs ont souvent été accusés d’une double allégeance, comme si la République n’avait pas confiance en eux. Georges Pompidou les a soupçonnés ouvertement, Raymond Barre, après l’attentat de la rue Copernic en 1980, a fait la distinction entre les victimes juives de la synagogue et les passants, ces « Français innocents ». Il y a de quoi se sentir ostracisé, non ?

Certes, mais la République a évolué elle aussi, et dans le sens de la reconnaissance du sionisme ! Dans le cas de Pompidou, c’est vrai, ses relations avec les Juifs de France se sont détériorées dès 1969 quand la France s’est rapprochée de la Libye de Kadhafi. Après l’épisode des vedettes lance-missiles qui étaient sous embargo à Cherbourg depuis la guerre des Six Jours et qui ont été récupérées illégalement par les Israéliens, il a fait dire par le biais du gaulliste René Massigli que l’on ne pouvait pas conditionner ses obligations de citoyen français au fait que la politique française épouse ou non les thèses de Tel-Aviv. « À s’engager dans cette voie, on risque de se trouver placé devant un choix : ou citoyen français, ou citoyen israélien. Puisse cette folie ne pas être commise.  » Aujourd’hui, je n’imagine pas un président de la République française dire cela. Depuis François Hollande, j’ai même l’impression qu’Israël est devenu pour la République française une sorte de Vatican juif. Prenez la commémoration de la rafle du Vél’ d’Hiv : c’était un événement franco-français, or, Emmanuel Macron a invité Netanyahou, et reprend à son compte la formule « antisionisme égale antisémitisme ».

Le développement de l’antisémitisme en France n’explique-t-il pas que les juifs se tournent vers Israël ?

La résurgence de l’antisémitisme, les attentats antijuifs, ont provoqué d’abord une hausse importante de l’immigration vers Israël, mais, le nombre de départs est en baisse. En 2019, à peine 2 000 Français juifs ont émigré en Israël. Au-delà de la grande crainte des juifs face à l’antisémitisme, il faut dire que jamais les Juifs de France n’ont été aussi protégés par la législation ; jamais, ils n’ont bénéficié d’une telle empathie du pouvoir et du soutien des administrations françaises.

Il existe un judaïsme réformé, libéral, qui est rejeté, ostracisé par l’orthodoxie, même en France.

Ces partisans de la politique israélienne que vous dénoncez ne sont-ils pas une infime minorité ?

Selon une source au Crif, seuls 130 000 juifs seraient liés de près ou de loin à une institution ou une association juive en France sur une population estimée entre 400 000 et 600 000. Mais leur voix est de plus en plus forte et la République française y est de plus en plus sensible. C’est peut-être là le problème.

Vous concluez votre livre en disant que la solution en diaspora pourrait être le développement du judaïsme libéral, beaucoup plus ouvert que le judaïsme orthodoxe. Pourquoi ?

Les communautés de la diaspora font face à un double problème : leur lien avec Israël qui développe avec l’appui des États-Unis une politique d’annexion de la vallée du Jourdain et des colonies de Cisjordanie ainsi que de Jérusalem-Est où les Palestiniens seront traités comme des non-citoyens. Sont-ils prêts à soutenir une politique qui ressemble à l’apartheid ? Deuxième problème : la profonde transformation d’une partie du judaïsme qui tend depuis 1967 à se recentrer autour du Temple de Jérusalem, le lieu saint. Or, il existe un judaïsme réformé, libéral, moderne en plein développement notamment dans les pays anglo-saxons, mais qui est rejeté, ostracisé par l’orthodoxie, même en France. De leur choix va dépendre l’avenir de la communauté juive.

Charles Enderlin, Les Juifs de France entre République et sionisme, éditions du Seuil, 2020, 22,50 euros

Israël-Hamas et la dissuasion mutuelle

Ma tribune refusée par Libé pour des « raisons éditoriales » et publiée sur Médiapart.

( https://blogs.mediapart.fr/charles-enderlin/blog/130621/israel-palestine-un-nouveau-chapitre-souvre)

J’ai l’impression d’être dans le film « Retour vers le futur », et de revivre tous les combats perdus par les Palestiniens et leurs alliés de la gauche israélienne anti-annexionniste Prenons la colonisation dans le quartier de Cheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, qui est revenue dans l’actualité.

J’y avais filmé l’arrivée des premiers colons en février 2001. Dix ans plus tôt, j’étais là lors de leur installation à Silwan, sous les remparts de la Vieille ville, près de la porte des immondices. Autre exemple : au sud-est de la Vieille ville, à Ras al Amoud, près du cimetière du Mont des Oliviers et de la Maison d’Abraham tenue par le Secours catholique, un milliardaire américain avait acquis, en 2003, les titres de propriété d’un terrain. Les maisons qui s’y trouvaient ont été détruites et la construction d’une colonie a débuté. Le mouvement la Paix maintenant et des militants palestiniens avaient manifesté leur opposition sur place, affrontant la police. En vain. C’est aujourd’hui Maale Ha Zeitim (la colline des olives), en plein secteur musulman, une colonie habitée par une centaine de familles juives.

Ce qui a changé, c’est l’attitude du Hamas qui n’a jamais montré beaucoup d’empressement à prendre la défense des Palestiniens de Jérusalem. Quelle mouche l’a donc piqué, le 10 mai dernier, en décidant de lancer des roquettes vers la ville sainte, tout en se proclamant le défenseur de Cheikh Jarrah, d’Al Aqsa, et des musulmans de Palestine. L’organisation islamiste entend-elle remettre en question la stratégie israélienne mise en place par Ariel Sharon, qui l’a bien servi, et lui permet de contrôler Gaza ? Pour la comprendre, il faut revenir sur un peu d’histoire récente. 

Général, commandant de la région militaire sud, en 1971, Sharon est de ceux qui ont porté l’Islam radical sur les fonts baptismaux. Son attention avait été attirée par l’association religieuse d’aide social créée par le Cheikh Ahmed Yassine, membre de la Confrérie des Frères musulmans. Il avait même eu l’exquise attention d’offrir les maillots et les ballons de l’équipe de foot du Cheikh. Les services de renseignement considéraient qu’il représentait l’antidote au terrorisme de l’OLP de Yasser Arafat, et les militaires vont le laisser imposer son fondamentalisme sur l’ensemble de ce territoire brûlant au passage le seul cinéma de Gaza et tous les cafés qui servaient un peu d’alcool. En 1988, Yassine a tombé le masque et proclamé la charte du Hamas stipulant : « la terre de Palestine est une terre islamique pour toutes les générations de musulmans jusqu’au jour de la résurrection. ». Les islamistes palestiniens sont en miroir avec les messianistes juifs pour qui la terre d’Israël n’appartient qu’au seul peuple juif.

Mais, pour Sharon l’ennemi prioritaire a toujours été l’OLP, la seule organisation palestinienne susceptible d’obtenir des concessions territoriales d’Israël dans le cadre d’une paix qu’il juge dangereuse. Premier ministre, en mars 2002, il ira jusqu’à détruire les institutions de l’Autorité palestinienne et assiégera le QG de Yasser Arafat après l’attentat contre l’hôtel Park à Netanya, le soir de la Pâque juive, qui avait fait trente morts et cent quarante blessés. Pourtant, l’auteur de l’attaque n’était pas issu de l’OLP ou du Fatah, mais bien du Hamas, dont l’objectif était, ce jour-là d’empêcher la conclusion d’un cessez-le-feu et de torpiller l’initiative de paix saoudienne votée à Beyrouth par la Ligue arabe, et – entre parenthèse- rejetée également par Sharon.

En 2004, il a décidé d’évacuer toutes les colonies israéliennes de Gaza, leurs habitants devant être transférés en Israël. Le 8 octobre 2004, Dov Weissglass, son avocat et conseiller en a expliqué les raisons : « Arik (Sharon) ne considère pas Gaza comme une région d’intérêt nationale au contraire de la Judée-Samarie (nom biblique de la Cisjordanie). Le retrait signifie le gel du processus politique. Et, lorsque vous gelez ce processus, vous empêchez la création d’un État palestinien et toute discussion sur les réfugiés, sur les frontières et sur Jérusalem ». Le retrait de Gaza s’est effectué sans anicroche en septembre 2005, unilatéralement, sans la moindre coordination avec l’Autorité autonome qui n’a pas été autorisée à déployer un bataillon de police supplémentaire. Pourtant, les renseignements militaires israéliens avaient averti : sans de tels renforts, le Fatah et la police de Mahmoud Abbas ne pourront pas faire face au Hamas s’il décide de prendre le contrôle de ce territoire par la force. En juin 2007, l’organisation islamiste est passée à l’action. Les fonctionnaires de l’Autorité autonome sont expulsés ou assignés à domicile. Les casernes de la police, les bases de la sécurité préventive, sont prises d’assaut. Il y a plus de 110 morts et 550 blessés, la plupart des militants et des combattants du Fatah. L’armée israélienne a laissé faire, elle n’est pas intervenue.  

Deux ans plus tard, revenu au pouvoir, Benjamin Netanyahu a scrupuleusement continué d’appliquer la stratégie de Sharon d’affaiblissement de l’Autorité autonome et de l’OLP. Aucun accord politique n’est conclu avec Mahmoud Abbas, impuissant face au développement de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Donald Trump a apporté sa contribution en transférant l’Ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem et en poussant plusieurs états arabes à normaliser leurs relations avec Israël, indépendamment de toute avancée vers une solution au problème palestinien. Face aux islamistes, Netanyahu a maintenu le blocus partiel de Gaza, mais en autorisant le financement du Hamas par le Qatar. Régulièrement, un jet privé atterrit à l’aéroport Ben Gourion près de Tel Aviv. L’émissaire Qatari en descend avec des valises de billets. La police israélienne l’escorte jusqu’au barrage d’Erez où la somme est remise au Hamas. En dix ans, cela représente deux milliards de dollars. On ne connait pas le montant des sommes envoyées par l’Iran ce qui, au fil des ans, a permis aux organisations islamistes de développer leurs capacités militaires. Leurs missiles, représentent une menace pour Tel Aviv, l’aéroport Ben Gourion, et le centre du pays. Israël n’a donc plus que deux options pour les affronter : des accords de cessez-le feu épisodiques ou la réoccupation militaire de Gaza par Tsahal, ce qui impliquerait – sans garantie de succès – une terrible effusion de sang.

Mais l’environnement géopolitique a changé. Benjamin Netanyahu a quitté le pouvoir. Un nouveau gouvernement se met en place à Jérusalem ; Donald Trump n’est plus là, remplacé par Joe Biden favorable à une solution à deux États, ce qui remet en selle l’Autorité autonome de Mahmoud Abbas. Fort du régime de dissuasion qu’il a mis en place face à Israël, le Hamas est passé à une nouvelle étape de sa stratégie et présente désormais son combat comme celui de l’ensemble des Palestiniens, de la Méditerranée au Jourdain. Un nouveau chapitre du conflit israélo-palestinien vient de s’ouvrir.  

les trois principes de l’idéologie Netanyahu

Première partie : L’Arabe est l’ennemi héréditaire

À Jérusalem, durant le mois de novembre 2020, les opposants à Benjamin Netanyahu se rassemblaient le samedi en début de soirée devant le N°4 de la rue Haportzim. Avant de se diriger ensuite place de Paris où se déroulait la principale manifestation. Les organisateurs du mouvement avaient découvert que Benjamin Netanyahu se rendait de temps à autre dans cette maison où il a passé une partie de son enfance. Ses parents l’avaient acquise en 1952, et, son père, Benzion, décédé en 2012, à l’âge de 102 ans, y a passé les dernières années de sa vie. Quelques proches du premier ministre ont révélé qu’à plusieurs reprises ces dernières années il venait seul, y passer de longues heures. Pour s’imprégner de l’idéologie familiale dont il n’était pas l’héritier désigné ?

Ce rôle devait aller à Yonathan, le frère ainé. Lieutenant-colonel, il a été tué par un soldat ougandais le 5 juillet 1976 en participant au raid de libération des otages de l’avion d’Air France détourné sur l’aéroport d’Entebbe par des pirates de l’air palestiniens et allemands. Benzion était persuadé que Yonathan, combattant décoré, allait devenir chef d’état-major, puis, un jour, finirait par diriger le pays. Et, durant la Shiva, le deuil juif, Benzion a lancé : « Les Arabes ne savent pas quelle perte ils ont infligé aux Juifs ! Il était le meilleur général qui pouvait guider le peuple juif, et à présent, il n’est plus ! ».

Benjamin, le second de la fratrie, a renoncé à sa carrière d’homme d’affaires américain. Il est rentré en Israël pour reprendre le flambeau de l’idéologie familiale, fondée sur les trois composantes :  l’Arabe est l’ennemi héréditaire du peuple juif. Le socialisme n’a pas sa place dans le sionisme. Le peuple juif doit être dirigé par un homme fort.

Ce 14 mars 2021, Benjamin Netanyahu a définitivement tombé le masque. Il participait à la « Jérusalem Conférence » organisée par l’hebdomadaire religieux B’Sheva. En réponse à une question, le Premier ministre et chef du Likoud a déclaré : « Si vous avez une difficulté à voter Likoud, je n’ai pas de problème si vous mettez dans l’urne un bulletin du parti « Sionisme religieux ». De fait, c’est lui qui a poussé à la formation de cette liste électorale religieuse, messianique ultra-droitière, raciste, xénophobe et homophobe qui est constituée de trois partis. :

L’Union nationale de Bezalel Smotrich.  Ce député est connu pour ses déclarations racistes envers les Arabes israéliens. Pour lui, le meurtre d’une famille palestinienne par des colons juifs n’était pas du terrorisme. Homophobe, il a organisé une manifestation contre la « Gay pride » à Jérusalem qu’il a qualifié de « défilé de bestiaux ». Selon le journaliste Barak Ravid, c’est le plus modéré de la liste.

Noam. Ce parti a été créé par de l’école talmudique Har Hamor, fondé par le rabbin Zvi Tau. Il avait claqué la porte de l’alma mater du sionisme religieux, la Yeshiva Merkaz Ha Rav car des matières profanes commençaient à y être enseignées. Prêchant un virage du sionisme religieux vers l’intégrisme ultra-orthodoxe, Har Hamor prône un traitement médical et psychiatrique pour le LGBT. On doit à Zvi Tau cette prise de position sur le statut des femmes : « La tendance mondiale d’accorder aux femmes une éducation égale à celle [des hommes] et leur lutte pour l’égalité ne peut apporter que des bénéfices à court terme. Cela portera fondamentalement atteinte à la qualité de la vie dans les nations et les sociétés commerciales car le véritable caractère de la femme ne pourra plus s’exprimer et cela manquera au monde. […] Les enfants nés dans des couples où la femme se consacre à sa carrière seront faibles et mous. [1]»

La Puissance juive (Otzma yehoudit », Menée par Itamar Ben Gvir, l’héritier spirituel du rabbin raciste Meir Kahana. Condamné en 2007 pour « incitation au racisme et soutien à une organisation terroriste ». En l’occurrence, le parti Kach, interdit en février 1994, après le massacre de 29 musulmans en prière dans le Caveau des Patriarches à Hébron, par le kahaniste Baroukh Goldstein. Ben Gvir, admire ce terroriste juif dont il garde fièrement le portrait.

Au nom du Likoud, Netanyahu a conclu un accord de partage des voix électorales avec le « Sionisme religieux ». En scellant cette alliance avec l’extrême droite la plus raciste et anti démocratique de la scène politique israélienne, il va à l’encontre des valeurs de la droite personnifiée par Menahem Begin, défenseur des lois qui, en 1966, a œuvré pour lever le régime militaire imposé aux citoyens arabes d’Israël[2].

Correspondant parlementaire, j’étais à la Knesset, le 16 octobre 1985, et la scène était extraordinaire. Meir Kahana, président du mouvement Kach, présentait une motion de censure contre le gouvernement d’union nationale dirigé par Shimon Pérès. Au moment où il est monté à la tribune, montrant leur refus de tout ce qu’il représente, tous les députés du Likoud d’Yitzhak Shamir aux travaillistes, sont sortis de la salle plénière. Tous, à l’exception de deux membres de Shass, le parti orthodoxe séfarade. Avec Kahana, élu l’année précédente avec 26000 voix – 1% des votants- le fascisme juif, est entré au parlement israélien. Né aux États-Unis, il prêchait une théologie messianique, selon laquelle l’histoire juive, depuis la destruction du Second Temple, est faite d’une série d’holocaustes. Prônant la suprématie juive, il militait pour l’expulsion des Arabes de la Terre d’Israël et la reconstruction du Temple.

En 2021, Benjamin Netanyahu a rompu avec la tradition démocratique du Likoud de Menahem Begin et Yitzhak Shamir

Kahana et Ben Gvir, sont idéologiquement proches de Benzion Netanyahu, le père du Premier ministre, historien, pour qui l’antisémitisme est indissociable de l’histoire du peuple juif. Selon lui, l’antijudaïsme a vu le jour en Égypte, dans la haute antiquité. Depuis, à chaque génération, un peuple, un roi, un dictateur un pays … cherche à détruire la nation juive[3].

 Parmi ces ennemis, les Arabes ont la place prépondérante. Le 2 avril 2009, quarante-huit heures après le retour de Benjamin Netanyahu à la tête du gouvernement israélien. Le patriarche lui a donné sa feuille de route : Il ne doit pas y avoir d’état palestinien « La tendance au conflit est l’essence même de l’Arabe. Il est l’ennemi par essence. Son être profond ne lui permettra jamais d’accepter un compromis ou un accord. […] Il vit dans la guerre perpétuelle. […] La solution à deux États n’a aucune pertinence. Il n’y a pas ici deux peuples. Il y a le peuple juif d’un côté, une population arabe, de l’autre. Il n’y a pas de peuple palestinien. Ils ne se considèrent comme un peuple que pour combattre les Juifs. […] Les Juifs et les Arabes sont comme deux boucs qui s’affrontent sur un pont étroit. L’un l’entre eux finira dans la rivière, en danger mortel. Le plus fort obligera l’autre à sauter. Et je crois que la force juive vaincra. [4]».

C’est en 1928 que Benzion, étudiant, a adhéré à « l’Alliance des sionistes révisionnistes » fondée par Wladimir-Jabotinsky, sur le modèle des mouvements nationalistes européens. Il s’agissait de reconstruire une existence nationale juive qui ne soit pas contaminée par des idées universalistes. Les Juifs étaient considérés comme une nation de commerçants et d’homme d’affaire. Les théories économiques socialistes, qualifiés d’antisionistes au même titre que le communisme étaient rejetées.

Jabotinsky venait de publier son livre-programme : « Le mur d’acier ». Les Arabes y étaient ainsi décris : « Culturellement, ils ont 500 ans de retard sur nous, spirituellement ils n’ont pas notre endurance et notre force de volonté, mais cela résume toutes les différences internes. […] C’est pourquoi cette colonisation ne peut se poursuivre et se développer que sous la protection d’une force indépendante de la population locale – un mur d’acier que la population indigène ne puisse percer.[5] »

À l’université hébraïque de Jérusalem, Benzion, était l’élève de Yossef Klausner, professeur de littérature hébraïque dont l’enseignement était apprécié par les révisionnistes pour sa vision nationaliste, anti-arabe. En 1929, il écrivait : « « La vérité est que la nation arabe dans son ensemble n’est pas sauvage, mais plutôt quasi sauvage- et les dirigeants arabes n’ont pas d’éducation mais une quasi-éducation et c’est une grande tragédie.[6]» Cinq ans plus tard, Benzion Netanyahu, dans Hayarden, le quotidien révisionniste, fera la comparaison entre les Arabes de Palestine et les Indiens d’Amérique : « Si les conquérants de l’Amérique avaient laissé la terre aux indiens, il n’y aurait eu que quelques métropoles européennes aux États-Unis, et le pays aurait été habité par des millions de peaux rouges… [7]» 

Dans son livre, « A place among the nations » publié en 1993, Benjamin Netanyahu a repris cette conception de l’histoire en allant encore plus loin : « Pendant des siècles, les Juifs ont subi des humiliations, des persécutions et, périodiquement, des massacres initiés par les Arabes, comme d’autres minorités. Mais […] le peuple juif est le seul à avoir réussi à défier l’asservissement et conquérir son indépendance. Plus, les Juifs sont parvenus à instituer une souveraineté “étrangère” au cœur du royaume, coupant le monde arabe en deux, séparant ses parties orientale et occidentale. Plus, le peuple qui a réussi à commettre cet acte ultime de défiance n’est ni musulman, ni arabe. Ainsi, l’hostilité arabe dirigée actuellement contre Israël plonge ses racines dans des antagonismes fondamentaux qui auraient existé même si Israël n’avait jamais vu le jour [8]. »

Le 20 octobre 2015, il ira encore plus loin en révélant aux délégués du 37ème Congrès sioniste, réuni à Jérusalem que l’idée d’exterminer les Juifs a été suggérée à Hitler par le grand Mufti de Jérusalem, Hadj Amil el Husseini, lors de leur rencontre à Berlin le 28 novembre 1941: «Si vous les expulsez, ils viendront tous ici [en Palestine]. ‘Alors que devrais-je faire d’eux?’ demanda Hitler. Il répondit : « Brûlez-les » » Selon Netanyahu le Führer voulait seulement expulser les Juifs. Curieusement, ce n’est pas la version que raconte Netanyahu dans son livre « A place among the Nations ». Là, il explique qu’au cours de leur entretien à Berlin, Hitler se serait contenté de d’expliquer au Mufti qu’ils avaient un but commun : la destruction du Judaïsme palestinien. Trou de mémoire? Angela Merkel a remis les pendules à l’heure en rappelant que la responsabilité de la Shoah revenait entièrement aux nazis.

En fait, Jabotinsky n’avait pas la vision anti-arabe de la famille Netanyahu. En 1940, il envisageait un État d’Israël, « dominion de l’Empire britannique, avec une majorité juive, un président juif, et un vice-président arabe et où tous les citoyens seraient à égalité, quelles que soient leurs origines ou leur religion. Les communautés juive et arabe, ainsi que leurs langues respectives, devaient selon lui disposer d’un statut identique reconnu par la loi » [9]. Déjà, en 1929, il avait publié un poème évoquant un état juif sur les deux rives du Jourdain avec ce couplet qu’au XXIème siècle « Par la richesse de notre terre, prospérerons, l’Arabe, le Chrétien et le Juif ». 


[1] Moti Inbari, Fondamentalism Yehoudi Ve Har Ha Bayt, Jérusalem, Magnes, 2008, p. 72-78.)

[2] https://en.idi.org.il/publications/6151

[3] Benzion Netanyahu, The Origins of the Inquisition in Fifteenth Century Spain, New York, Random House, 1995, p. 4-15.

[4] Maariv, 2 avril 2009.

[5] The Iron Wall. Zed Books, Londres, 1984, pp. 74 et 75

[6] Cité par Adi Armon. Haaretz 5.7.2018

[7] Hayarden décembre 1934. Cité par Armon.

[8] Benjamin Netanyahu, A place Among The Nations. Israel and the World, New York, Bantam Books, 1993, p. 135

[9] Zeev Jabotinsky, Les Juifs et la Guerre (1939-1940) (en hébreu), Institut Jabotinsky, Tel-Aviv, 2016.

Plus de guerre arabe pour la Palestine?

Grosse déception ce matin en recevant la Matinale du Monde. Alain Frachon, pourtant grand spécialiste du Moyen Orient, publie un éditorial intitulé « Pour une majorité d’États arabes, la guerre avec Israël, motivée par l’affaire palestinienne est terminée ». Le quotidien du soir a-t-il égaré ses archives ?

La dernière fois que les États arabes ont mené une guerre contre Israël, en partie motivée par la cause palestinienne, ce fut en 1948…  Le principal objectif des pays arabes était d’empêcher la création d’un État non arabe au Proche Orient. 1973 ? Il s’agissait, pour Anouar el Sadate et Hafez el Assad de récupérer leurs territoires qu’Israël avait conquis en 1967. Le Sinaï pour l’un, le Golan pour l’autre. Rien à voir avec la Palestine. La seule « guerre motivée par l’affaire palestinienne » a été menée en 1982 par Israël afin d’expulser l’OLP du Liban. Le président égyptien, Hosni Moubarak, avait protesté et rappelé quelque temps son ambassadeur de Tel Aviv.

À l’instar du discours de la droite israélienne, l’éditorialiste du Monde décrit comme un grand tournant régional, les accords de normalisation diplomatique avec les Émirats arabes unis et Bahreïn sans rappeler que jamais ces états n’ont été en guerre avec Israël. Il évoque le Qatar qui, à la demande d’Israël, finance le Hamas à Gaza. En réalité, depuis 1991, dans le cadre des négociations multilatérales, sponsorisées par les États-Unis et la Russie, des diplomates israéliens, saoudiens, omanais, bahreïnis, des EAU etc. se rencontraient déjà à visage découvert. Officieuses, les relations entre ces états et les gouvernements israéliens se sont poursuivies et développées. Les dirigeants bahreïnis ont besoin des logiciels israéliens pour surveiller leur population chiite. Face à la menace iranienne, les pays du Golfe se sont tournés vers la high-tech et les renseignements israéliens. Désireux de satisfaire ses alliés évangélistes et son ami Benjamin Netanyahu, Donald Trump a poussé à l’établissement de relations diplomatiques entre Jérusalem, Abou Dhabi et Bahreïn, en échange de « cadeaux » sous la forme de la vente de toute une quincaillerie militaire, notamment d’avions de combat F35. Pas un mot dans le Monde sur le pseudo plan de paix rédigé par Jared Kushner, qui entérine l’occupation israélienne en Cisjordanie.

Et la Palestine ? Depuis belle lurette, les états arabes ne réagissent pas autrement qu’en publiant de vagues communiqués de condamnation de la politique de colonisation du gouvernement Netanyahu. Personne, même pas les défenseurs des droits humains en Europe, n’ont réagi à la tragédie du camp de refugiés palestiniens Yarmouk près de Damas, affamé, épuré ethniquement par le régime syrien.  Et il faut bien constater que l’Autorité autonome, installée à Ramallah, n’a plus qu’un seul rôle : administrer la population des grandes villes cisjordaniennes, y assurer la sécurité en luttant contre le terrorisme, le tout en coordination avec Tsahal et le Shin Beth. Cela grâce à l’aide internationale, surtout de l’Union Européenne, qui, en assurant le versement des salaires de la police palestinienne, contribue ainsi à la sécurité d’Israël.

La conséquence de cette politique n’est autre que la pérennisation d‘Israël en État binational avec une forme d’apartheid. Pour ma part, je suis persuadé qu’au Proche Orient, l’intérêt de l’Europe – et de la France – réside dans l’existence d’un État d’Israël démocratique vivant en paix avec ses voisins, c’est-à-dire aux côtés d’une Palestine indépendante. Cela en raison de l’histoire – les siècles d’antisémitisme et la Shoah – , mais aussi de la présence d’importantes communautés musulmanes et  juives vivant dans les pays du vieux continent, tournées vers Israël et l’affaire palestinienne.

« https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/03/11/pour-une-majorite-d-etats-arabes-la-guerre-avec-israel-motivee-par-l-affaire-palestinienne-c-est-termine_6072656_3232.html »

Voyage en Pétainie?

Mon ami Jean Goldzink m’a demandé de publier son texte sur mon blog que je ressuscite à cette occasion. Je le fais volontiers tout en exprimant mon désaccord totale avec sa phrase : «  je partage certaines de ses idées, quand d’autres me révoltent ou me déconcertent ou m’interrogent« . En effet, des dictateurs, peuvent avoir des idées que l’on peut partager… Mussolini a été un bâtisseur, Hitler a fait construire des autoroutes… etc. En défendant Pétain, Zemmour se discrédite, quelles que soient les idées qu’il propage par ailleurs. Mais voici l’excellent texte de Jean Goldzink

MES ESCAPADES EN ZEMMOURIE

L’idée de ce mince projet m’est venue le jeudi matin 17 décembre 2020, soit deux jours après le passage du confinement au couvre-feu, et l’excitation autour du vaccin germano-turco-américain. Sans le secours du virus chinois, et donc fort peu judéo-chrétien, il n’aurait sans doute jamais vu le jour. C’est que j’ai pris l’habitude ces derniers mois de regarder CNEWS à 19h, pour happer quelques bribes des commentaires d’Éric Zemmour sur l’actualité.

Ledit Éric Zemmour, petit homme sec et vif au rire communicatif (le mien me paraît plus bilieux, plus étranglé), est plus qu’un journaliste – un intellectuel. Que cet intellectuel, en ces temps où tant de discours réclament sans s’esclaffer une « démocratie apaisée », car calmée par le « consensus » propre aux raisons raisonnables, ose se déclarer en « guerre idéologique », voilà qui ne saurait déplaire à un universitaire retraité pourtant demeuré marxiste, c’est-à-dire partisan de luttes socio-politiques autres que politiciennes et donc électorales.

Je le déclare sans la moindre pudeur, je partage certaines de ses idées, quand d’autres me révoltent ou me déconcertent ou m’interrogent. C’est ce que je me propose d’expliciter, en commentant quelques-unes de mes impressions d’auditeur-zappeur mollement confiné sur son canapé.

Parler d’impressions, de zapping, c’est exclure tout rattachement de ces quelques lignes aux sciences sociales en constant essor (comme il convient aux disciplines scientifiques). À preuve : nulles notes, références, dates, index, bibliographie. Aux gens du métier – la lexicologie politique ? – de quantifier et corréler. Ici, je voyage dans mes perceptions, entre divan, écran, somnolences, errances.

Sous l’épiderme, l’Histoire

En sautant, doigt diligent et fesses affaissées, d’une chaîne d’information continue à l’autre, une conviction s’impose à moi, et par conséquent à d’autres. Car l’animal politique marche en troupeaux serrés. Insensé, oui, insensé qui croit qu’il n’est pas mû, mou, nous, vous.

Quelle conviction ? Celle-ci : Éric Zemmour domine tous les journalistes, experts, communicants, politiciens, essayistes, opiniologues, rassemblés autour des mêmes sujets sur nos quatre chaînes, pseudo-concurrentes mais en vérité uniformes – la preuve en est qu’on passe de l’une à l’autre sans percevoir la translation.

On peut invoquer son brio oratoire, sa gestuelle, ses mimiques, son engagement d’une rare énergie, qu’une dramaturgie de l’élocution – spontanée ou cultivée – parvient à concilier avec son apparent contraire, la recherche mimée de l’expression et de l’idée exactes. Oser se rectifier en public n’est pas bafouiller, et distingue assez bien, d’emblée, un énarque, un politicien rôdé d’un intellectuel, fût-il médiatique et non orné de diplômes.

Ces rectifications, il les accomplit soit de lui-même, soit sous la pression d’interlocuteurs. Car l’autre raison de son succès se trouve sans guère de doute dans le goût et le besoin du dialogue conçu comme ce qu’il doit être, un débat, un combat. À cet égard, É. Zemmour est davantage le fils des Lumières que du Grand Siècle qu’il proclame, après Voltaire et tant d’hommes de droite postrévolutionnaires, porter au pinacle absolu du « génie français ». 

Car enfin, le duo Rabelais-Montaigne vaut bien le duel Descartes-Pascal, Marivaux  n’a pas à rougir devant Racine, Balzac et Hugo ne paraissent pas effacés par La Princesse de Clèves, pas plus queVoltaire, Diderot, Rousseau par leurs devanciers. On s’étonne d’entendre des balivernes si datées, si usées, dans la bouche d’un esprit aiguisé. Un admirateur droitier du « génie français » (?) n’est plus tenu, en 2020, de piétiner le siècle dit des Lumières sous prétexte qu’il diffuse des idées anglaises, et retourne l’esprit chrétien contre lui-même sans avouer la dette soi-disant imprescriptible que l’ancien étudiant de Sciences po lui agite sous le nez. Au demeurant, c’est l’école républicaine qui a déposé cette hostie réconciliatrice, cuisinée par Voltaire, sur la langue des élèves studieux…

On passerait cependant, selon moi, à côté de l’essentiel en s’en tenant à ces aspects en somme techniques, quoique efficaces. Ce qui le distingue surtout de ses rivaux plus ternes et convenus, même si le style dit l’homme ou le fait, c’est à mon sens son désir d’Histoire.

Vouloir – sur une chaîne télévisée ! – situer les éclaboussures écumantes de l’actualité quotidienne dans le temps, avec un penchant marqué pour la longue durée, peut sembler un projet incongru. Autant demander à des coiffeurs, des maquilleuses et manucures de maîtriser la médecine interne… Comment s’y prendre ?

Voici ce que ma mémoire tremblotante a retenu, voire classé.

1/ Toute civilisation s’adosse à une religion.

2/ Les civilisations sont donc, en leur fond,  irréductibles l’une à l’autre.

3/ La civilisation européenne commence avec le triomphe du christianisme, la France avec la conversion de Clovis.

4/ Ce qui spécifie cette civilisation dans l’histoire mondiale, c’est une séparation inédite entre le temporel et le spirituel : Rendez à César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu (Saint-Paul, Ép. aux Rom., 13. Un redoutable ami strasbourgeois me signale que Paul ne formule que la première proposition, comme… Hobbes. On trouve l’injonction complète, ajoute-t-il, chez Mat., 22, 21 ; Luc, 20, 25 ; Marc, 12, 17. Que les béotiens sachent de quoi ils parlent…).

5/ Il en découle que tout le processus de sécularisation-laïcisation attribué aux Lumières, aux sciences, à la Raison, à la République, développe en fait une injonction spécifiquement chrétienne et donc européenne.

6/ La coupure entre l’Ancien Régime et l’après-1789 n’a par conséquent pas lieu d’être exagérée, Tocqueville a entièrement raison. L’accroissement constant de l’État centralisé, de sa bureaucratie, de ses décrets et lois, poursuit sa marche avant et après la Révolution française. Le monarque sacré à Reims, père de ses sujets soumis, se contente de transférer ses prérogatives au nouveau Roi, le Peuple des citoyens-électeurs.

7/ Deux figures constamment invoquées dominent du coup le panthéon zemmourien : Napoléon Ier et de Gaulle. L’un dirige la Grande Armée, l’autre les escadrons de la France libre, ensuite dotés de bombes atomiques. Tous deux réaffirment la grandeur française, réparent l’État, désignent l’ennemi (Carl Schmitt), etc.

8/ La civilisation européenne est aujourd’hui sous le coup d’une menace mortelle, le Grand Remplacement, qui vise au premier chef la France. Il s’agit bel et bien d’une Grande Invasion, à l’évidence musulmane.  Elle vise moins à égorger qu’à installer une communauté séparatiste, car forcément étrangère à nos mœurs et coutumes. L’Islam, religion guerrière, s’assigne un nouvel objet de conquête, la France et l’Europe, qu’il entend conduire par l’immigration légale et clandestine.

9/ À n’en pas douter, les Européens subissent une guerre d’agression de plus en plus intense, que le péril du Grand Réchauffement masque autant qu’il va l’accélérer. Or cette attaque massive, incessante, insidieuse, reçoit l’approbation, la collaboration des élites citadines imbibées à l’alcool frelaté des campus américains.

10/ Imprégnées du modèle US, de l’idéologie juridique droit-de-l’hommiste, de l’idéologie anti-industrielle, de l’idéologie écologiste des centres urbains, de l’idéologie vertueusement transnationale, du mépris des populaces non diplômées, non internationalistes, non branchées, peu informatisées, peu aéroportées, ces élites savourent le rêve d’un monde sans États, sans frontières, sans soldats, sans décisions radicales, bref, sans conflits autres que verbaux, à régler devant des juges armés de normes.

11/ É. Zemmour est convaincu que telles idées éclatent en 1968, deviennent dominantes dans les décennies suivantes, et portent la marque indélébile de la Gauche. Défendre la France et les Français revient dès lors à combattre sans répit l’hégémonie – au sens gramscien – des valeurs de gauche.

12/ Bien entendu, les véritables grandes puissances persistent dans leur logique immémoriale, guidée par l’intérêt national, la force, la ruse. D’où l’horreur de nos belles âmes devant Trump, Poutine, les dirigeants chinois et indiens, adeptes comme il se doit de la ‘’Realpolitik’’.

13/ Seule solution politique, du moins en France : réaliser l’union électorale des forces de la Droite dite classique et de la Droite dite extrême, que rien d’essentiel, à ses yeux, ne sépare en vérité, pour réaffirmer les frontières, bloquer l’immigration, oser nommer l’ennemi et l’attaquer, réindustrialiser, réarmer au lieu d’implorer le bouclier américain. En un mot, agir au lieu de palabrer et déléguer toujours plus à Bruxelles ou Francfort. Car on ne peut s’y tromper : l’Europe Unie n’est en réalité qu’une Europe allemande.

Ces 13 points ne prétendent pas rendre compte de tous les thèmes, seulement de ce qui me reste en tête  après quelques mois d’écoutes irrégulières. On est évidemment tenté d’entamer aussitôt un débat. Mais on se heurte à une difficulté liminaire. Est-il en effet loyal de les discuter à loisir, quand elles sont elles-mêmes soumises à d’impérieuses contraintes de temps ? À quoi je pourrais rétorquer qu’aucun intellectuel français ne dispose de 5 heures hebdomadaires (plus une émission sur Paris Première) pour diffuser ses idées auprès d’un large public. Il suffira de rester sobre.

1/ Personne ne doute de l’influence du, ou plutôt des christianismes, sur l’histoire européenne. Là n’est pas la question, sauf à enfoncer avec fracas, tel Matamore, une porte à deux battants largement ouverte. Il s’agit en l’occurrence de savoir si l’injonction paulinienne ou plutôt évangélique, telle que martelée sur CNEWS entre 19h et 20h, en exprime la spécificité centrale et répond au seul sens qu’É. Zemmour lui attribue avec un zèle missionnaire assez déconcertant.

Qu’exprime cet apparent partage équitable entre Rome et Dieu, où Zemmour décèle, exalte l’origine de nos libertés ? Ici-bas, il revient aux fidèles d’obéir aux pouvoirs civils, quoi qu’ils fassent. C’est un message rassurant envoyé par le véritable fondateur du christianisme aux autorités politiques : Vous n’avez rien à craindre des croyants. Tout chez nous n’est qu’ordre, paix et soumission. Ne confondez pas les Juifs rebelle en attente messianique s et les dociles Chrétiens en attente eschatologique !

Mais ces mêmes pouvoirs civils doivent l’entendre : En échange, pas question d’intervenir dans les croyances et l’organisation ecclésiales. Pourquoi ? Parce qu’elles émanent en direct du Ciel, du seul dieu vrai. Le monothéisme, même aussi fantasque que dans sa version chrétienne, implique un droit de regard du religieux sur le politique, impossible en régime païen.

Qu’est-ce que cela donne une fois le christianisme établi comme religion officielle de l’Empire ? À n’en pas douter, une entreprise de contrôle des pratiques et croyances inconnue du paganisme, voire des deux autres monothéismes. Car la soumission civique s’accompagne d’une obéissance encore plus sacrée, qui s’enchaîne du plus humble fidèle au sommet de l’Église. Le pape obéit à Dieu (avec, en bout de course, l’infaillibilité pontificale), le clergé au pape, le peuple au clergé, les clercs à leurs supérieurs. La divergence théologique se transforme en hérésie, l’hérésie en crime.

La bénédiction zemmourienne de l’Église chrétienne, au travers de l’axiome paulinien sommairement interprété, débouche donc sur cette conclusion paradoxale : la séparation de l’Église et de l’État, la laïcité, la liberté de conscience, la tolérance, les droits de l’homme, autant d’enfants naturels du christianisme bien compris.

Pourquoi serait-ce paradoxal ? Parce que l’Église n’a cessé, depuis son officialisation puis son triomphe au sein de l’Empire gréco-romain finissant, de condamner lesdites valeurs, en pratique et en théorie ! Il suffirait à notre téméraire idéologue d’ouvrir la moindre Encyclopédie catholique de la première moitié du XXe siècle – avant donc Vatican II – pour s’en convaincre. Malgré un anachronisme apparent, il n’est en rien absurde de considérer l’Église chrétienne comme la première et grandiose institution à vocation totalitaire de l’Histoire.

Resterait à expliquer la logique d’une distorsion aussi étrange, d’une apologie aussi bizarre, surtout dans la bouche d’un intellectuel d’origine juive, marié paraît-il à une Juive, observant, dit-on, les fêtes juives. La tâche ne semble pas insurmontable.

Si toute civilisation est d’abord une religion, et toute grande religion une monade, il en découle que les civilisations sont irréductibles, et que l’immigration musulmane menace mortellement l’esprit européen, tel que façonné depuis 1500 ans au moins. Les sceptiques brandissent les statistiques, soit 10% de musulmans en Europe ? Deux réponses leur clouent le bec : 1/ le mutisme ; 2/ les attentats terroristes, produits dits naturels des Quartiers sécessionnistes, les vagues migratoires en cours et à venir. Le choc des civilisations est en réalité une guerre (quasi perdue) pour notre survie, en tant que Français, en tant qu’Européens.

Perdue par la faute de la Gauche hégémonique, des Juges ambitieux, des Américains impérialistes, des Politiciens européistes, des Moralistes universalistes, d’une Droite amorphe, des Pacifistes bêlants, des Féministes hurlantes.

Or, qu’est-ce que l’Histoire démontre ? Que les trois grands monothéismes sont nés en 1500 ans aux franges orientales de l’espace gréco-romain. Par conséquent, le fameux christianisme pseudo-européen est une religion moyen-orientale  importée, immigrée…

 Le Grand Remplacement tant redouté a déjà eu lieu. Historiquement attesté, il consista à remplacer le paganisme – source d’une liberté politique, intellectuelle et morale sans commune mesure avec celle que concéda l’Église – par le(s) christianisme(s).

Au profit donc du monothéisme le moins monothéiste, puisqu’il adore un dieu en trois personnes, sans compter la Vierge sans péché originel, sans pollution sexuelle, et néanmoins mère d’un enfant à la fois divin, humain, messianique, et du coup digne de ressusciter après avoir délivré le genre humain sur une croix de bois romaine dressée en fait par la malignité juive. À quoi les Catholiques ajoutent leurs myriades de saints, au grand dam des Protestants qui crient à l’idolâtrie comme leurs collègues musulmans anti-chiites et anti-marabouts.

Les vengeurs islamistes ne sont pas plus ‘’séparatistes’’ (?) que les intégristes chrétiens ennemis des avortements médicaux et des mariages unijambistes, ou que les assassins vulgaires. Prétendre les rééduquer au lait républicain des cellules risque moult déboires. Comme ces ignorants croient agir au nom de leur religion, mieux vaudrait leur expliquer d’abord la différence entre foi monothéiste et idolâtrie. Et donc la gravité extrême de leur péché aux yeux farouches de Dieu. À plaie religieuse, baume théologique.

Il faut l’avouer, le Grand Gémissement hebdomadaire ne manque pas de cocasserie hélas involontaire. Reconnaissons pourtant qu’on nous demande peu pour le transformer en joie pure, en hosannah, en actions de grâce. Il suffirait en effet de supprimer le droit du sol, des aides sociales criminellement excessives, le regroupement familial obligatoire, le droit d’asile à tout va, les rassemblements en immeubles ethniques à guetteurs appointés, l’enseignant laxiste et l’imam belliqueux.  Et les filières clandestines où passent, sous notre distraite barbe douanière et policière, hommes, femmes, enfants, épouses polygames, armes, drogues.

Sous le ciel, l’État

L’Europe ne serait donc pas la fille de deux pères, Zeus/Jupiter et le Christ, l’hôte de deux sommets, l’Olympe et le monticule du Calvaire. En face de cette conclusion, É. Zemmour se récrierait : ‘’Je ne manque jamais, aussitôt que j’évoque le christianisme, de mentionner l’apport gréco-romain’’. On doit l’accorder, puisque c’est exact.

Mais cet ajout a tout d’une précaution oratoire, car je ne l’ai jamais entendu lui donner le moindre contenu concret, à l’inverse de la formule paulinienne, commentée avec l’emphase qu’on a vue. Il ne serait pourtant pas inutile, pour l’instruction des centaines de milliers de spectateurs quotidiens, d’illustrer quelque peu notre dette envers l’Antiquité d’avant Jésus et saint Paul.

Car enfin, la civilisation européenne est pour le moins aussi païenne que chrétienne. Tous ceux qui réclament, la larme sous l’œil et le sanglot en fond de gorge, l’inscription constitutionnelle de ses « racines judéo-chrétiennes », se moquent du monde ou jouent aux fins plaisantins d’après-boire.

Que doit-on aux Grecs et Romains résolument damnés, brûlés, torturés à jamais en Enfer, si l’aimable théologie dit vrai ? 1/ La langue en traduction latine autorisée des textes sacrés, des prières et des clercs ; 2/ la philosophie grecque, qui organise la construction théologique, discipline reine des universités médiévales et postmédiévales, attachée sur sa croix : concilier raison et foi ; 3/ le corpus juridique romain, excusons-nous du peu ; 4/ la philosophie politique ; 5/ des modèles artistiques, qu’ils soient littéraires, architecturaux, sculpturaux ; 6/ des vertus morales d’une impressionnante variété et grandeur, toutes étrangères au canon chrétien. (Il n’est pas exclu que cette autre séparation ait joué un rôle aussi majeur que celle pointée sans répit par Zemmour entre le ciel et la terre).

Il est donc impossible d’invoquer nos « racines judéo-chrétiennes » sans parler d’abord de notre enracinement païen. La chronologie l’exige, la logique aussi. Qui y manque viole l’Histoire, ampute d’une bonne moitié le corps de la ‘’civilisation européenne’’. À quoi sert d’appeler à la « guerre », au « choc des civilisations », si l’on ne sait pas ce que l’on défend, ou qu’on le feint – par crainte de ne pas assez noircir l’ennemi ? Le Boche, en 1914, combattait la démocratie ; en 2020, le Musulman égorge la République, la France, l’Europe. La guerre moderne requiert la propagande.

Car, dans ce survol à très haute distance qui se cale sur les contraintes de l’exercice télévisé où brille notre commentateur de l’actualité, les redoutables Arabes nous ont aidés. Qu’ils aient été les intercesseurs exclusifs de la philosophie aristotélicienne, comme on l’a longtemps affirmé, ou que ces transcriptions soient aussi issues d’un travail indigène, peu importe ici. Sauf erreur de ma part, la civilisation musulmane a puisé aux mêmes sources, judéo-chrétiennes – le Coran en fait foi – et antiques. Dans cette perspective, l’éradication par la Reine Très-Catholique  de l’enclave arabo-juive au sud de l’Espagne apparaît rétrospectivement comme un vrai désastre historique. Force est d’admettre qu’il repose sur deux épaules unies dans le même effort, étatique et religieux, national et ecclésial.

Dès lors, affirmer péremptoirement que les religions judéo-chrétienne et musulmane engendrent forcément deux civilisations inconciliables, et donc destinées à rester à jamais dans leurs frontières, semble une assertion assez fragile. Faut-il rappeler qu’en France et en Allemagne, au tournant du XIXe et XXe siècle, on déclarait inassimilables les pouilleux Juifs ashkénazes venus de l’Est en hordes massives ? Avec les mêmes arguments pseudo factuels : dénuement ; inculture ; ghettoïsation ; dialecte natif ; vêtements et alimentation peu autochtones ; démographie galopante ; concurrence déloyale ; corruption mortifère de l’esprit national,  etc.

On nous explique maintenant, non moins doctement, qu’on ne saurait confondre Juifs et Musulmans. Certes, déclare É. Zemmour, il ne s’agit pas de nier que certains Musulmans s’assimilent, percent dans diverses branches estimables. Mais comment confondre la promotion individuelle, dit-il, avec l’intégration de masse ? Et de citer, seul on s’en doute parmi ses confrères, le barbu collaborateur de Marx, par ailleurs patron d’usine anglaise : Au-dessus d’un certain seuil, la quantité se mue en qualité. Comment veut-on que je boude un homme capable de me rappeler, en plein XXIe siècle, le vieux Friedrich, en sa Dialectique de la nature inoubliablement mélangée à mon biberon, impasse  Compans, 75019 Paris ?

Si donc même les habitants juifs ou judaïsés des plaines slaves, endurcis dans leurs préjugés par les pogroms judéo-chrétiens, parviennent à s’établir psychanalystes lacaniens en Argentine ; si les païens du Moyen-Orient sont devenus citoyens romains, il est vrai assez tard, puis chrétiens byzantins, puis musulmans sunnites ou chiites, voire derviches tournants dans l’empire ottoman, avant de découvrir les frissons nationaux ; s’il existe en Europe, du côté des Balkans, deux ou trois petites nations islamiques ; si la minuscule Turquie, qui, dit-on, se rêve héritière du Sultan, frappe à la porte  et participe à l’OTAN – pourquoi faudrait-il désespérer de la plasticité humaine nécessairement prévue dans le plan divin ?

Or la plupart des paysans de Sion ont connu des métamorphoses encore plus merveilleuses après la destruction avérée du Temple et l’exode moins certain en paquebots géants aussitôt  affrétés par la Banque juive alors florissante (fin 70-automne 71 après J.-C., en tout cas avant Hanouka’71 dans le bizarre agenda goy). 1/ Enfants penchés de Moïse, par habitude ; 2/ puis fils à genoux du divin Fils, par consanguinité galiléenne ; 3/ puis disciples allongés de Mahomet, par calcul mental bien conduit ; 4/ puis peuple exproprié manu militari par une seconde Reconquista inversée, mais non moins forcée ; 5/ puis bénéficiaires de charités internationales pour ne pas importuner leurs ancêtres revenus le glaive au poing, et le Talmud ethnico-démocratique en poche. C’est que la sensible Communauté internationale voudrait leur éviter les tracas d’une sixième transformation, qui ferait d’un peuple spolié, offensé, étranglé, une Nation parmi les Nations. On comprend sans peine ce souci. Il faudrait alors assurer aussi la ‘’sécurité’’ de l’État de Palestine. Or deux sécurités au lieu d’une, c’est le double du gérable, comme les pragmatiques USA ont fini par l’admettre.

Difficile de rêver plus parfaites mutations, et de ne pas y reconnaître l’infaillible main du Dieu jaloux au travers des nuées que l’histoire accumule sur nos têtes (pensives). Qui aime bien sait mesurer le châtiment. J’aimerais quant à moi savoir ce qu’en pense É. Zemmour, faute de l’avoir écouté sur le sujet. Trouverait-il mon propos sur les Palestiniens péniblement humanitariste, voire gauchiste ? M’inviterait-il à relire Machiavel, à méditer sur le fatal tragique de l’Histoire ?

En attendant de capter une réponse, ce qui me frappe surtout dans ses recours historiques, c’est l’écrasante primauté des invariants (le génie français, le christianisme, l’Islam, la civilisation européenne, le Musulman de fraîche ou longue date…). Parmi ceux-ci, au premier rang, figure l’État.

J’en tombe d‘accord avec lui : Pas de Nation sans État, rêvé (les Kurdes) ou construit par le fer et le feu (Allemagne, Israël, Algérie). On s’en doute, Zemmour a beau citer Engels, il n’éprouve pas l’inconfort des marxistes devant l’institution étatique. Ce qui le mine, c’est tous les liens qui entravent en Europe la marche de ce géant désormais exsangue. L’universalisme gémissant méprise l’intérêt national ; le juge évince l’homme d’État ; le migrant vaut le citoyen et émeut davantage ; la visée européiste déclasse l’unité patriotique, etc.

De ce réquisitoire quotidien, je retiens quelques idées à mon sens incontestables. 1/ La Nation européenne tient de la chimère, faute de langue et d’histoire communes, d’économie unifiée, de culture partagée, d’État central élu, etc. Qu’on y communique par l’anglo-américain basique, parlé qu’à Malte et Gibraltar, qu’on s’y ‘’défende’’ sous la direction obligée d’un général en chef étranger, suffit à en révéler l’absurdité, ou plutôt la vassalité foncière, inscrite dans son acte de naissance, dans ses gènes.

2/ Son centre hégémonique, et voulu tel par Washington dès l’après-guerre – l’Allemagne au lieu de la France -, se sert du paravent européen au gré de ses intérêts économiques, levier de sa puissance. Le libre-échange à concurrence non faussée et la monnaie commune pérennisent son précieux avantage.

3/ La Commission de Bruxelles, l’OTAN, l’euro, la Banque centrale, le Parlement croupion, la supériorité des lois fédérales, vident la souveraineté nationale, et donc la démocratie effective, de toute latitude réelle.

4/ Le viol à ciel ouvert du référendum français de 2005 vaut symbole. A ceux qui font mine d’en douter, on rappellera son homologue anglais : aussitôt le Brexit voté, on a vu nos européistes outrés réclamer un… vote-bis, comme auparavant aux Pays-Bas. Motif délectable : les vainqueurs avaient osé travestir la vérité, et cela dans des élections publiques à portée internationale.

Du jamais vu, criaient-ils. Un scandale antidémocratique ! Une hérésie morale inouïe ! Du ‘’populisme’’ sorti sanguinolent du ventre immonde… La science politique nous avait pourtant avertis : Ne jamais demander au peuple son avis direct sur des questions importantes, par définition trop complexes. Son esprit simple, pour ne pas dire primaire, tout d’affects impulsifs, le fait répondre à côté de la question au mépris des évidences rationnelles, celles qui guident les couches éclairées par les journaux sérieux.

Tout cela, à première vue bizarre, est au fond très logique.  L’État à double étage (national-électif et transnational-nommé) appelle des votes à deux entrées quand l’égarement  du premier genre l’emporte sur les connaissances du second, à coups de mensonges éhontés par nature illégitimes, mais corrigibles au tableau noir. Il suffit d’y effacer la réponse inexacte, incapable d’exprimer la vraie volonté générale, celle qui rassérène le palier supérieur.

Si les candidats électeurs échouent à l’examen, n’est-il pas  légitime de leur accorder une session de rattrapage ? Va-t-on priver les sans-dents d’une Angleterre périphérique et assistée de ce droit scolaire élémentaire ?

À défaut de faire du style racinien et des monuments symétriques l’archétype du ‘’génie français’’, je reste un rousseauiste indécrottable : la démocratie se dilue dans de trop vastes ensembles hétéroclites ; elle demande un cadre national, une langue, des habitus, bref, un nid patriotique.

Je tire donc l’argumentaire zemmourien davantage vers une finalité démocratique qu’étatique. C’est pourquoi, loin d’exalter comme lui la Ve République, de réclamer un retour à son usage gaullien, je souscris des deux mains à une VIe République, comme à la liberté de construire de tout autres institutions européennes, réduites au minimum.

Il ne me semble pas non plus que l’État contemporain ait perdu ses capacités répressives, comme il le proclame en compagnie des droites unies et d’une certaine gauche indéfectiblement fidèle aux Moch et Mollet de ma jeunesse, ces sucrés successeurs de Thiers. S’il m’est permis de finir sur une prophétie extralucide , le brave flic partout menacé, le brave gendarme rural angoissé, le brave CRS toujours agressé, le soldat entièrement professionnalisé, le gardien de prison surpeuplée, le retors informaticien espion, le délateur zélé et le suspicieux douanier ont encore un fort brillant avenir. Le chômeur aussi. Le millionnaire sous-fiscalisé tout autant.

Que le plus puissant intellectuel de France se rassure ! Tout n’est pas perdu. Nous n’en sommes qu’à l’aurore de l’État tentaculaire. Faute d’agresser ses voisins, il lui reste ses citoyens.

Jean Goldzink (20-27 déc. 2020)

Fiche biographique

Nom d’état-civil : GOLDZIUK, Jean René.

Nom professionnel : GOLDZINK, Jean (transcription fautive, au lycée, du u en n)

le 03/07/1937 à Paris, Xe.

Mère : WUNDHEILER, Hannah (Juive polonaise de langue allemande, née en 1911, émigrée de Berlin à Paris en 1933. Décédée en 1998). Son trouble bipolaire se fixait étrangement autour de papiers d’identité à ses yeux paniqués jamais en règle.

Père : GOLDZIUK, Samuel (Juif polonais né en 1905, exclu de l’université de Cracovie, section Mathématiques, pour activités subversives exagérément marxistes. Il me fit l’honneur de me reconnaître 3 mois plus tard. Révolutionnaire professionnel, il organisa les premiers groupes clandestins juifs après l’interdiction du PCF suite au pacte germano-soviétique ; dirigeant politique, sous Vichy, de la MOI – Main d’Œuvre Immigrée – , zone sud ; rentré en Pologne en 1948 sous le nom imposé de KOWALSKI, Edward = Dupont, Durand ; surnom : Tcharny = le Noir. Décédé à Varsovie en 1991).

J. Goldzink fut caché pendant la guerre à Paris puis Montaigu (commune de Coutevroult), fit ses études secondaires au lycée Voltaire, prépara à Henri IV le concours de l’ENS de Saint-Cloud, où il entra en 1957 comme historien. Après la licence et l’année (passée à Berlin) des mémoires de recherche (histoire allemande contemporaine et médiévale), il obtint en 1963 l’agrégation de Lettres Modernes. Après 4 ans dans un établissement grenoblois, il devint agrégé-répétiteur à l’ENS de Saint-Cloud en 1967, puis Maître de Conférences. Retraité à partir de 2002. A publié des ouvrages et articles sur la littérature française du XVIIIe siècle, mais omis de rédiger sa thèse sur l’abbé Mably, puis oublié de candidater à un poste de professeur des universités. Père de deux enfants, remarié en 2019 avec une professeure de médecine, après 25 ans de concubinage. Adhérent du PCF entre 1956 et 1980. N’a voté ni pour F. Mitterrand ni pour F. Hollande ni pour E. Macron. Pas d’activités ni d’accointances terroristes repérées jusqu’ici par la police métropolitaine.

Il convient d’ajouter que ledit GOLDZIUK, Jean, alias GOLDZINK, voulut intégrer un lycée de l’Armée durant son service militaire (1964). Mais comme le dossier policier de son père naturel, GOLDZIUK, Samuel, alias KOWALSKI, Edward, alias Tcharny, révélait clairement que sa médaille de la Résistance récompensait moins une disposition patriotique qu’internationaliste-communiste, on dut lui refuser ce poste sensible, ainsi qu’une place dans un bureau d’intendance, où il aurait pu accéder au grade de caporal. Il fut donc versé au 42e régiment d’infanterie de Marine. Cette décision pourtant normale suscita chez l’impétrant des troubles psychologiques jugés assez graves pour entraîner sa mise à l’écart des forces armées. On peut supposer que la fin de la guerre d’Algérie facilita cette mesure, qui, prise à temps, n’entraîna aucune pension d’invalidité. Certains insinuent qu’il aurait lui-même, par dépit, provoqué lesdits troubles en se bourrant la nuit, à un degré excessif, de pages entières, assez complexes, de La Recherche du temps perdu (roman de Proust, Marcel, romancier bourgeois, voire  mondain du XXe siècle).