Voyage en Pétainie?

Mon ami Jean Goldzink m’a demandé de publier son texte sur mon blog que je ressuscite à cette occasion. Je le fais volontiers tout en exprimant mon désaccord totale avec sa phrase : «  je partage certaines de ses idées, quand d’autres me révoltent ou me déconcertent ou m’interrogent« . En effet, des dictateurs, peuvent avoir des idées que l’on peut partager… Mussolini a été un bâtisseur, Hitler a fait construire des autoroutes… etc. En défendant Pétain, Zemmour se discrédite, quelles que soient les idées qu’il propage par ailleurs. Mais voici l’excellent texte de Jean Goldzink

MES ESCAPADES EN ZEMMOURIE

L’idée de ce mince projet m’est venue le jeudi matin 17 décembre 2020, soit deux jours après le passage du confinement au couvre-feu, et l’excitation autour du vaccin germano-turco-américain. Sans le secours du virus chinois, et donc fort peu judéo-chrétien, il n’aurait sans doute jamais vu le jour. C’est que j’ai pris l’habitude ces derniers mois de regarder CNEWS à 19h, pour happer quelques bribes des commentaires d’Éric Zemmour sur l’actualité.

Ledit Éric Zemmour, petit homme sec et vif au rire communicatif (le mien me paraît plus bilieux, plus étranglé), est plus qu’un journaliste – un intellectuel. Que cet intellectuel, en ces temps où tant de discours réclament sans s’esclaffer une « démocratie apaisée », car calmée par le « consensus » propre aux raisons raisonnables, ose se déclarer en « guerre idéologique », voilà qui ne saurait déplaire à un universitaire retraité pourtant demeuré marxiste, c’est-à-dire partisan de luttes socio-politiques autres que politiciennes et donc électorales.

Je le déclare sans la moindre pudeur, je partage certaines de ses idées, quand d’autres me révoltent ou me déconcertent ou m’interrogent. C’est ce que je me propose d’expliciter, en commentant quelques-unes de mes impressions d’auditeur-zappeur mollement confiné sur son canapé.

Parler d’impressions, de zapping, c’est exclure tout rattachement de ces quelques lignes aux sciences sociales en constant essor (comme il convient aux disciplines scientifiques). À preuve : nulles notes, références, dates, index, bibliographie. Aux gens du métier – la lexicologie politique ? – de quantifier et corréler. Ici, je voyage dans mes perceptions, entre divan, écran, somnolences, errances.

Sous l’épiderme, l’Histoire

En sautant, doigt diligent et fesses affaissées, d’une chaîne d’information continue à l’autre, une conviction s’impose à moi, et par conséquent à d’autres. Car l’animal politique marche en troupeaux serrés. Insensé, oui, insensé qui croit qu’il n’est pas mû, mou, nous, vous.

Quelle conviction ? Celle-ci : Éric Zemmour domine tous les journalistes, experts, communicants, politiciens, essayistes, opiniologues, rassemblés autour des mêmes sujets sur nos quatre chaînes, pseudo-concurrentes mais en vérité uniformes – la preuve en est qu’on passe de l’une à l’autre sans percevoir la translation.

On peut invoquer son brio oratoire, sa gestuelle, ses mimiques, son engagement d’une rare énergie, qu’une dramaturgie de l’élocution – spontanée ou cultivée – parvient à concilier avec son apparent contraire, la recherche mimée de l’expression et de l’idée exactes. Oser se rectifier en public n’est pas bafouiller, et distingue assez bien, d’emblée, un énarque, un politicien rôdé d’un intellectuel, fût-il médiatique et non orné de diplômes.

Ces rectifications, il les accomplit soit de lui-même, soit sous la pression d’interlocuteurs. Car l’autre raison de son succès se trouve sans guère de doute dans le goût et le besoin du dialogue conçu comme ce qu’il doit être, un débat, un combat. À cet égard, É. Zemmour est davantage le fils des Lumières que du Grand Siècle qu’il proclame, après Voltaire et tant d’hommes de droite postrévolutionnaires, porter au pinacle absolu du « génie français ». 

Car enfin, le duo Rabelais-Montaigne vaut bien le duel Descartes-Pascal, Marivaux  n’a pas à rougir devant Racine, Balzac et Hugo ne paraissent pas effacés par La Princesse de Clèves, pas plus queVoltaire, Diderot, Rousseau par leurs devanciers. On s’étonne d’entendre des balivernes si datées, si usées, dans la bouche d’un esprit aiguisé. Un admirateur droitier du « génie français » (?) n’est plus tenu, en 2020, de piétiner le siècle dit des Lumières sous prétexte qu’il diffuse des idées anglaises, et retourne l’esprit chrétien contre lui-même sans avouer la dette soi-disant imprescriptible que l’ancien étudiant de Sciences po lui agite sous le nez. Au demeurant, c’est l’école républicaine qui a déposé cette hostie réconciliatrice, cuisinée par Voltaire, sur la langue des élèves studieux…

On passerait cependant, selon moi, à côté de l’essentiel en s’en tenant à ces aspects en somme techniques, quoique efficaces. Ce qui le distingue surtout de ses rivaux plus ternes et convenus, même si le style dit l’homme ou le fait, c’est à mon sens son désir d’Histoire.

Vouloir – sur une chaîne télévisée ! – situer les éclaboussures écumantes de l’actualité quotidienne dans le temps, avec un penchant marqué pour la longue durée, peut sembler un projet incongru. Autant demander à des coiffeurs, des maquilleuses et manucures de maîtriser la médecine interne… Comment s’y prendre ?

Voici ce que ma mémoire tremblotante a retenu, voire classé.

1/ Toute civilisation s’adosse à une religion.

2/ Les civilisations sont donc, en leur fond,  irréductibles l’une à l’autre.

3/ La civilisation européenne commence avec le triomphe du christianisme, la France avec la conversion de Clovis.

4/ Ce qui spécifie cette civilisation dans l’histoire mondiale, c’est une séparation inédite entre le temporel et le spirituel : Rendez à César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu (Saint-Paul, Ép. aux Rom., 13. Un redoutable ami strasbourgeois me signale que Paul ne formule que la première proposition, comme… Hobbes. On trouve l’injonction complète, ajoute-t-il, chez Mat., 22, 21 ; Luc, 20, 25 ; Marc, 12, 17. Que les béotiens sachent de quoi ils parlent…).

5/ Il en découle que tout le processus de sécularisation-laïcisation attribué aux Lumières, aux sciences, à la Raison, à la République, développe en fait une injonction spécifiquement chrétienne et donc européenne.

6/ La coupure entre l’Ancien Régime et l’après-1789 n’a par conséquent pas lieu d’être exagérée, Tocqueville a entièrement raison. L’accroissement constant de l’État centralisé, de sa bureaucratie, de ses décrets et lois, poursuit sa marche avant et après la Révolution française. Le monarque sacré à Reims, père de ses sujets soumis, se contente de transférer ses prérogatives au nouveau Roi, le Peuple des citoyens-électeurs.

7/ Deux figures constamment invoquées dominent du coup le panthéon zemmourien : Napoléon Ier et de Gaulle. L’un dirige la Grande Armée, l’autre les escadrons de la France libre, ensuite dotés de bombes atomiques. Tous deux réaffirment la grandeur française, réparent l’État, désignent l’ennemi (Carl Schmitt), etc.

8/ La civilisation européenne est aujourd’hui sous le coup d’une menace mortelle, le Grand Remplacement, qui vise au premier chef la France. Il s’agit bel et bien d’une Grande Invasion, à l’évidence musulmane.  Elle vise moins à égorger qu’à installer une communauté séparatiste, car forcément étrangère à nos mœurs et coutumes. L’Islam, religion guerrière, s’assigne un nouvel objet de conquête, la France et l’Europe, qu’il entend conduire par l’immigration légale et clandestine.

9/ À n’en pas douter, les Européens subissent une guerre d’agression de plus en plus intense, que le péril du Grand Réchauffement masque autant qu’il va l’accélérer. Or cette attaque massive, incessante, insidieuse, reçoit l’approbation, la collaboration des élites citadines imbibées à l’alcool frelaté des campus américains.

10/ Imprégnées du modèle US, de l’idéologie juridique droit-de-l’hommiste, de l’idéologie anti-industrielle, de l’idéologie écologiste des centres urbains, de l’idéologie vertueusement transnationale, du mépris des populaces non diplômées, non internationalistes, non branchées, peu informatisées, peu aéroportées, ces élites savourent le rêve d’un monde sans États, sans frontières, sans soldats, sans décisions radicales, bref, sans conflits autres que verbaux, à régler devant des juges armés de normes.

11/ É. Zemmour est convaincu que telles idées éclatent en 1968, deviennent dominantes dans les décennies suivantes, et portent la marque indélébile de la Gauche. Défendre la France et les Français revient dès lors à combattre sans répit l’hégémonie – au sens gramscien – des valeurs de gauche.

12/ Bien entendu, les véritables grandes puissances persistent dans leur logique immémoriale, guidée par l’intérêt national, la force, la ruse. D’où l’horreur de nos belles âmes devant Trump, Poutine, les dirigeants chinois et indiens, adeptes comme il se doit de la ‘’Realpolitik’’.

13/ Seule solution politique, du moins en France : réaliser l’union électorale des forces de la Droite dite classique et de la Droite dite extrême, que rien d’essentiel, à ses yeux, ne sépare en vérité, pour réaffirmer les frontières, bloquer l’immigration, oser nommer l’ennemi et l’attaquer, réindustrialiser, réarmer au lieu d’implorer le bouclier américain. En un mot, agir au lieu de palabrer et déléguer toujours plus à Bruxelles ou Francfort. Car on ne peut s’y tromper : l’Europe Unie n’est en réalité qu’une Europe allemande.

Ces 13 points ne prétendent pas rendre compte de tous les thèmes, seulement de ce qui me reste en tête  après quelques mois d’écoutes irrégulières. On est évidemment tenté d’entamer aussitôt un débat. Mais on se heurte à une difficulté liminaire. Est-il en effet loyal de les discuter à loisir, quand elles sont elles-mêmes soumises à d’impérieuses contraintes de temps ? À quoi je pourrais rétorquer qu’aucun intellectuel français ne dispose de 5 heures hebdomadaires (plus une émission sur Paris Première) pour diffuser ses idées auprès d’un large public. Il suffira de rester sobre.

1/ Personne ne doute de l’influence du, ou plutôt des christianismes, sur l’histoire européenne. Là n’est pas la question, sauf à enfoncer avec fracas, tel Matamore, une porte à deux battants largement ouverte. Il s’agit en l’occurrence de savoir si l’injonction paulinienne ou plutôt évangélique, telle que martelée sur CNEWS entre 19h et 20h, en exprime la spécificité centrale et répond au seul sens qu’É. Zemmour lui attribue avec un zèle missionnaire assez déconcertant.

Qu’exprime cet apparent partage équitable entre Rome et Dieu, où Zemmour décèle, exalte l’origine de nos libertés ? Ici-bas, il revient aux fidèles d’obéir aux pouvoirs civils, quoi qu’ils fassent. C’est un message rassurant envoyé par le véritable fondateur du christianisme aux autorités politiques : Vous n’avez rien à craindre des croyants. Tout chez nous n’est qu’ordre, paix et soumission. Ne confondez pas les Juifs rebelle en attente messianique s et les dociles Chrétiens en attente eschatologique !

Mais ces mêmes pouvoirs civils doivent l’entendre : En échange, pas question d’intervenir dans les croyances et l’organisation ecclésiales. Pourquoi ? Parce qu’elles émanent en direct du Ciel, du seul dieu vrai. Le monothéisme, même aussi fantasque que dans sa version chrétienne, implique un droit de regard du religieux sur le politique, impossible en régime païen.

Qu’est-ce que cela donne une fois le christianisme établi comme religion officielle de l’Empire ? À n’en pas douter, une entreprise de contrôle des pratiques et croyances inconnue du paganisme, voire des deux autres monothéismes. Car la soumission civique s’accompagne d’une obéissance encore plus sacrée, qui s’enchaîne du plus humble fidèle au sommet de l’Église. Le pape obéit à Dieu (avec, en bout de course, l’infaillibilité pontificale), le clergé au pape, le peuple au clergé, les clercs à leurs supérieurs. La divergence théologique se transforme en hérésie, l’hérésie en crime.

La bénédiction zemmourienne de l’Église chrétienne, au travers de l’axiome paulinien sommairement interprété, débouche donc sur cette conclusion paradoxale : la séparation de l’Église et de l’État, la laïcité, la liberté de conscience, la tolérance, les droits de l’homme, autant d’enfants naturels du christianisme bien compris.

Pourquoi serait-ce paradoxal ? Parce que l’Église n’a cessé, depuis son officialisation puis son triomphe au sein de l’Empire gréco-romain finissant, de condamner lesdites valeurs, en pratique et en théorie ! Il suffirait à notre téméraire idéologue d’ouvrir la moindre Encyclopédie catholique de la première moitié du XXe siècle – avant donc Vatican II – pour s’en convaincre. Malgré un anachronisme apparent, il n’est en rien absurde de considérer l’Église chrétienne comme la première et grandiose institution à vocation totalitaire de l’Histoire.

Resterait à expliquer la logique d’une distorsion aussi étrange, d’une apologie aussi bizarre, surtout dans la bouche d’un intellectuel d’origine juive, marié paraît-il à une Juive, observant, dit-on, les fêtes juives. La tâche ne semble pas insurmontable.

Si toute civilisation est d’abord une religion, et toute grande religion une monade, il en découle que les civilisations sont irréductibles, et que l’immigration musulmane menace mortellement l’esprit européen, tel que façonné depuis 1500 ans au moins. Les sceptiques brandissent les statistiques, soit 10% de musulmans en Europe ? Deux réponses leur clouent le bec : 1/ le mutisme ; 2/ les attentats terroristes, produits dits naturels des Quartiers sécessionnistes, les vagues migratoires en cours et à venir. Le choc des civilisations est en réalité une guerre (quasi perdue) pour notre survie, en tant que Français, en tant qu’Européens.

Perdue par la faute de la Gauche hégémonique, des Juges ambitieux, des Américains impérialistes, des Politiciens européistes, des Moralistes universalistes, d’une Droite amorphe, des Pacifistes bêlants, des Féministes hurlantes.

Or, qu’est-ce que l’Histoire démontre ? Que les trois grands monothéismes sont nés en 1500 ans aux franges orientales de l’espace gréco-romain. Par conséquent, le fameux christianisme pseudo-européen est une religion moyen-orientale  importée, immigrée…

 Le Grand Remplacement tant redouté a déjà eu lieu. Historiquement attesté, il consista à remplacer le paganisme – source d’une liberté politique, intellectuelle et morale sans commune mesure avec celle que concéda l’Église – par le(s) christianisme(s).

Au profit donc du monothéisme le moins monothéiste, puisqu’il adore un dieu en trois personnes, sans compter la Vierge sans péché originel, sans pollution sexuelle, et néanmoins mère d’un enfant à la fois divin, humain, messianique, et du coup digne de ressusciter après avoir délivré le genre humain sur une croix de bois romaine dressée en fait par la malignité juive. À quoi les Catholiques ajoutent leurs myriades de saints, au grand dam des Protestants qui crient à l’idolâtrie comme leurs collègues musulmans anti-chiites et anti-marabouts.

Les vengeurs islamistes ne sont pas plus ‘’séparatistes’’ (?) que les intégristes chrétiens ennemis des avortements médicaux et des mariages unijambistes, ou que les assassins vulgaires. Prétendre les rééduquer au lait républicain des cellules risque moult déboires. Comme ces ignorants croient agir au nom de leur religion, mieux vaudrait leur expliquer d’abord la différence entre foi monothéiste et idolâtrie. Et donc la gravité extrême de leur péché aux yeux farouches de Dieu. À plaie religieuse, baume théologique.

Il faut l’avouer, le Grand Gémissement hebdomadaire ne manque pas de cocasserie hélas involontaire. Reconnaissons pourtant qu’on nous demande peu pour le transformer en joie pure, en hosannah, en actions de grâce. Il suffirait en effet de supprimer le droit du sol, des aides sociales criminellement excessives, le regroupement familial obligatoire, le droit d’asile à tout va, les rassemblements en immeubles ethniques à guetteurs appointés, l’enseignant laxiste et l’imam belliqueux.  Et les filières clandestines où passent, sous notre distraite barbe douanière et policière, hommes, femmes, enfants, épouses polygames, armes, drogues.

Sous le ciel, l’État

L’Europe ne serait donc pas la fille de deux pères, Zeus/Jupiter et le Christ, l’hôte de deux sommets, l’Olympe et le monticule du Calvaire. En face de cette conclusion, É. Zemmour se récrierait : ‘’Je ne manque jamais, aussitôt que j’évoque le christianisme, de mentionner l’apport gréco-romain’’. On doit l’accorder, puisque c’est exact.

Mais cet ajout a tout d’une précaution oratoire, car je ne l’ai jamais entendu lui donner le moindre contenu concret, à l’inverse de la formule paulinienne, commentée avec l’emphase qu’on a vue. Il ne serait pourtant pas inutile, pour l’instruction des centaines de milliers de spectateurs quotidiens, d’illustrer quelque peu notre dette envers l’Antiquité d’avant Jésus et saint Paul.

Car enfin, la civilisation européenne est pour le moins aussi païenne que chrétienne. Tous ceux qui réclament, la larme sous l’œil et le sanglot en fond de gorge, l’inscription constitutionnelle de ses « racines judéo-chrétiennes », se moquent du monde ou jouent aux fins plaisantins d’après-boire.

Que doit-on aux Grecs et Romains résolument damnés, brûlés, torturés à jamais en Enfer, si l’aimable théologie dit vrai ? 1/ La langue en traduction latine autorisée des textes sacrés, des prières et des clercs ; 2/ la philosophie grecque, qui organise la construction théologique, discipline reine des universités médiévales et postmédiévales, attachée sur sa croix : concilier raison et foi ; 3/ le corpus juridique romain, excusons-nous du peu ; 4/ la philosophie politique ; 5/ des modèles artistiques, qu’ils soient littéraires, architecturaux, sculpturaux ; 6/ des vertus morales d’une impressionnante variété et grandeur, toutes étrangères au canon chrétien. (Il n’est pas exclu que cette autre séparation ait joué un rôle aussi majeur que celle pointée sans répit par Zemmour entre le ciel et la terre).

Il est donc impossible d’invoquer nos « racines judéo-chrétiennes » sans parler d’abord de notre enracinement païen. La chronologie l’exige, la logique aussi. Qui y manque viole l’Histoire, ampute d’une bonne moitié le corps de la ‘’civilisation européenne’’. À quoi sert d’appeler à la « guerre », au « choc des civilisations », si l’on ne sait pas ce que l’on défend, ou qu’on le feint – par crainte de ne pas assez noircir l’ennemi ? Le Boche, en 1914, combattait la démocratie ; en 2020, le Musulman égorge la République, la France, l’Europe. La guerre moderne requiert la propagande.

Car, dans ce survol à très haute distance qui se cale sur les contraintes de l’exercice télévisé où brille notre commentateur de l’actualité, les redoutables Arabes nous ont aidés. Qu’ils aient été les intercesseurs exclusifs de la philosophie aristotélicienne, comme on l’a longtemps affirmé, ou que ces transcriptions soient aussi issues d’un travail indigène, peu importe ici. Sauf erreur de ma part, la civilisation musulmane a puisé aux mêmes sources, judéo-chrétiennes – le Coran en fait foi – et antiques. Dans cette perspective, l’éradication par la Reine Très-Catholique  de l’enclave arabo-juive au sud de l’Espagne apparaît rétrospectivement comme un vrai désastre historique. Force est d’admettre qu’il repose sur deux épaules unies dans le même effort, étatique et religieux, national et ecclésial.

Dès lors, affirmer péremptoirement que les religions judéo-chrétienne et musulmane engendrent forcément deux civilisations inconciliables, et donc destinées à rester à jamais dans leurs frontières, semble une assertion assez fragile. Faut-il rappeler qu’en France et en Allemagne, au tournant du XIXe et XXe siècle, on déclarait inassimilables les pouilleux Juifs ashkénazes venus de l’Est en hordes massives ? Avec les mêmes arguments pseudo factuels : dénuement ; inculture ; ghettoïsation ; dialecte natif ; vêtements et alimentation peu autochtones ; démographie galopante ; concurrence déloyale ; corruption mortifère de l’esprit national,  etc.

On nous explique maintenant, non moins doctement, qu’on ne saurait confondre Juifs et Musulmans. Certes, déclare É. Zemmour, il ne s’agit pas de nier que certains Musulmans s’assimilent, percent dans diverses branches estimables. Mais comment confondre la promotion individuelle, dit-il, avec l’intégration de masse ? Et de citer, seul on s’en doute parmi ses confrères, le barbu collaborateur de Marx, par ailleurs patron d’usine anglaise : Au-dessus d’un certain seuil, la quantité se mue en qualité. Comment veut-on que je boude un homme capable de me rappeler, en plein XXIe siècle, le vieux Friedrich, en sa Dialectique de la nature inoubliablement mélangée à mon biberon, impasse  Compans, 75019 Paris ?

Si donc même les habitants juifs ou judaïsés des plaines slaves, endurcis dans leurs préjugés par les pogroms judéo-chrétiens, parviennent à s’établir psychanalystes lacaniens en Argentine ; si les païens du Moyen-Orient sont devenus citoyens romains, il est vrai assez tard, puis chrétiens byzantins, puis musulmans sunnites ou chiites, voire derviches tournants dans l’empire ottoman, avant de découvrir les frissons nationaux ; s’il existe en Europe, du côté des Balkans, deux ou trois petites nations islamiques ; si la minuscule Turquie, qui, dit-on, se rêve héritière du Sultan, frappe à la porte  et participe à l’OTAN – pourquoi faudrait-il désespérer de la plasticité humaine nécessairement prévue dans le plan divin ?

Or la plupart des paysans de Sion ont connu des métamorphoses encore plus merveilleuses après la destruction avérée du Temple et l’exode moins certain en paquebots géants aussitôt  affrétés par la Banque juive alors florissante (fin 70-automne 71 après J.-C., en tout cas avant Hanouka’71 dans le bizarre agenda goy). 1/ Enfants penchés de Moïse, par habitude ; 2/ puis fils à genoux du divin Fils, par consanguinité galiléenne ; 3/ puis disciples allongés de Mahomet, par calcul mental bien conduit ; 4/ puis peuple exproprié manu militari par une seconde Reconquista inversée, mais non moins forcée ; 5/ puis bénéficiaires de charités internationales pour ne pas importuner leurs ancêtres revenus le glaive au poing, et le Talmud ethnico-démocratique en poche. C’est que la sensible Communauté internationale voudrait leur éviter les tracas d’une sixième transformation, qui ferait d’un peuple spolié, offensé, étranglé, une Nation parmi les Nations. On comprend sans peine ce souci. Il faudrait alors assurer aussi la ‘’sécurité’’ de l’État de Palestine. Or deux sécurités au lieu d’une, c’est le double du gérable, comme les pragmatiques USA ont fini par l’admettre.

Difficile de rêver plus parfaites mutations, et de ne pas y reconnaître l’infaillible main du Dieu jaloux au travers des nuées que l’histoire accumule sur nos têtes (pensives). Qui aime bien sait mesurer le châtiment. J’aimerais quant à moi savoir ce qu’en pense É. Zemmour, faute de l’avoir écouté sur le sujet. Trouverait-il mon propos sur les Palestiniens péniblement humanitariste, voire gauchiste ? M’inviterait-il à relire Machiavel, à méditer sur le fatal tragique de l’Histoire ?

En attendant de capter une réponse, ce qui me frappe surtout dans ses recours historiques, c’est l’écrasante primauté des invariants (le génie français, le christianisme, l’Islam, la civilisation européenne, le Musulman de fraîche ou longue date…). Parmi ceux-ci, au premier rang, figure l’État.

J’en tombe d‘accord avec lui : Pas de Nation sans État, rêvé (les Kurdes) ou construit par le fer et le feu (Allemagne, Israël, Algérie). On s’en doute, Zemmour a beau citer Engels, il n’éprouve pas l’inconfort des marxistes devant l’institution étatique. Ce qui le mine, c’est tous les liens qui entravent en Europe la marche de ce géant désormais exsangue. L’universalisme gémissant méprise l’intérêt national ; le juge évince l’homme d’État ; le migrant vaut le citoyen et émeut davantage ; la visée européiste déclasse l’unité patriotique, etc.

De ce réquisitoire quotidien, je retiens quelques idées à mon sens incontestables. 1/ La Nation européenne tient de la chimère, faute de langue et d’histoire communes, d’économie unifiée, de culture partagée, d’État central élu, etc. Qu’on y communique par l’anglo-américain basique, parlé qu’à Malte et Gibraltar, qu’on s’y ‘’défende’’ sous la direction obligée d’un général en chef étranger, suffit à en révéler l’absurdité, ou plutôt la vassalité foncière, inscrite dans son acte de naissance, dans ses gènes.

2/ Son centre hégémonique, et voulu tel par Washington dès l’après-guerre – l’Allemagne au lieu de la France -, se sert du paravent européen au gré de ses intérêts économiques, levier de sa puissance. Le libre-échange à concurrence non faussée et la monnaie commune pérennisent son précieux avantage.

3/ La Commission de Bruxelles, l’OTAN, l’euro, la Banque centrale, le Parlement croupion, la supériorité des lois fédérales, vident la souveraineté nationale, et donc la démocratie effective, de toute latitude réelle.

4/ Le viol à ciel ouvert du référendum français de 2005 vaut symbole. A ceux qui font mine d’en douter, on rappellera son homologue anglais : aussitôt le Brexit voté, on a vu nos européistes outrés réclamer un… vote-bis, comme auparavant aux Pays-Bas. Motif délectable : les vainqueurs avaient osé travestir la vérité, et cela dans des élections publiques à portée internationale.

Du jamais vu, criaient-ils. Un scandale antidémocratique ! Une hérésie morale inouïe ! Du ‘’populisme’’ sorti sanguinolent du ventre immonde… La science politique nous avait pourtant avertis : Ne jamais demander au peuple son avis direct sur des questions importantes, par définition trop complexes. Son esprit simple, pour ne pas dire primaire, tout d’affects impulsifs, le fait répondre à côté de la question au mépris des évidences rationnelles, celles qui guident les couches éclairées par les journaux sérieux.

Tout cela, à première vue bizarre, est au fond très logique.  L’État à double étage (national-électif et transnational-nommé) appelle des votes à deux entrées quand l’égarement  du premier genre l’emporte sur les connaissances du second, à coups de mensonges éhontés par nature illégitimes, mais corrigibles au tableau noir. Il suffit d’y effacer la réponse inexacte, incapable d’exprimer la vraie volonté générale, celle qui rassérène le palier supérieur.

Si les candidats électeurs échouent à l’examen, n’est-il pas  légitime de leur accorder une session de rattrapage ? Va-t-on priver les sans-dents d’une Angleterre périphérique et assistée de ce droit scolaire élémentaire ?

À défaut de faire du style racinien et des monuments symétriques l’archétype du ‘’génie français’’, je reste un rousseauiste indécrottable : la démocratie se dilue dans de trop vastes ensembles hétéroclites ; elle demande un cadre national, une langue, des habitus, bref, un nid patriotique.

Je tire donc l’argumentaire zemmourien davantage vers une finalité démocratique qu’étatique. C’est pourquoi, loin d’exalter comme lui la Ve République, de réclamer un retour à son usage gaullien, je souscris des deux mains à une VIe République, comme à la liberté de construire de tout autres institutions européennes, réduites au minimum.

Il ne me semble pas non plus que l’État contemporain ait perdu ses capacités répressives, comme il le proclame en compagnie des droites unies et d’une certaine gauche indéfectiblement fidèle aux Moch et Mollet de ma jeunesse, ces sucrés successeurs de Thiers. S’il m’est permis de finir sur une prophétie extralucide , le brave flic partout menacé, le brave gendarme rural angoissé, le brave CRS toujours agressé, le soldat entièrement professionnalisé, le gardien de prison surpeuplée, le retors informaticien espion, le délateur zélé et le suspicieux douanier ont encore un fort brillant avenir. Le chômeur aussi. Le millionnaire sous-fiscalisé tout autant.

Que le plus puissant intellectuel de France se rassure ! Tout n’est pas perdu. Nous n’en sommes qu’à l’aurore de l’État tentaculaire. Faute d’agresser ses voisins, il lui reste ses citoyens.

Jean Goldzink (20-27 déc. 2020)

Fiche biographique

Nom d’état-civil : GOLDZIUK, Jean René.

Nom professionnel : GOLDZINK, Jean (transcription fautive, au lycée, du u en n)

le 03/07/1937 à Paris, Xe.

Mère : WUNDHEILER, Hannah (Juive polonaise de langue allemande, née en 1911, émigrée de Berlin à Paris en 1933. Décédée en 1998). Son trouble bipolaire se fixait étrangement autour de papiers d’identité à ses yeux paniqués jamais en règle.

Père : GOLDZIUK, Samuel (Juif polonais né en 1905, exclu de l’université de Cracovie, section Mathématiques, pour activités subversives exagérément marxistes. Il me fit l’honneur de me reconnaître 3 mois plus tard. Révolutionnaire professionnel, il organisa les premiers groupes clandestins juifs après l’interdiction du PCF suite au pacte germano-soviétique ; dirigeant politique, sous Vichy, de la MOI – Main d’Œuvre Immigrée – , zone sud ; rentré en Pologne en 1948 sous le nom imposé de KOWALSKI, Edward = Dupont, Durand ; surnom : Tcharny = le Noir. Décédé à Varsovie en 1991).

J. Goldzink fut caché pendant la guerre à Paris puis Montaigu (commune de Coutevroult), fit ses études secondaires au lycée Voltaire, prépara à Henri IV le concours de l’ENS de Saint-Cloud, où il entra en 1957 comme historien. Après la licence et l’année (passée à Berlin) des mémoires de recherche (histoire allemande contemporaine et médiévale), il obtint en 1963 l’agrégation de Lettres Modernes. Après 4 ans dans un établissement grenoblois, il devint agrégé-répétiteur à l’ENS de Saint-Cloud en 1967, puis Maître de Conférences. Retraité à partir de 2002. A publié des ouvrages et articles sur la littérature française du XVIIIe siècle, mais omis de rédiger sa thèse sur l’abbé Mably, puis oublié de candidater à un poste de professeur des universités. Père de deux enfants, remarié en 2019 avec une professeure de médecine, après 25 ans de concubinage. Adhérent du PCF entre 1956 et 1980. N’a voté ni pour F. Mitterrand ni pour F. Hollande ni pour E. Macron. Pas d’activités ni d’accointances terroristes repérées jusqu’ici par la police métropolitaine.

Il convient d’ajouter que ledit GOLDZIUK, Jean, alias GOLDZINK, voulut intégrer un lycée de l’Armée durant son service militaire (1964). Mais comme le dossier policier de son père naturel, GOLDZIUK, Samuel, alias KOWALSKI, Edward, alias Tcharny, révélait clairement que sa médaille de la Résistance récompensait moins une disposition patriotique qu’internationaliste-communiste, on dut lui refuser ce poste sensible, ainsi qu’une place dans un bureau d’intendance, où il aurait pu accéder au grade de caporal. Il fut donc versé au 42e régiment d’infanterie de Marine. Cette décision pourtant normale suscita chez l’impétrant des troubles psychologiques jugés assez graves pour entraîner sa mise à l’écart des forces armées. On peut supposer que la fin de la guerre d’Algérie facilita cette mesure, qui, prise à temps, n’entraîna aucune pension d’invalidité. Certains insinuent qu’il aurait lui-même, par dépit, provoqué lesdits troubles en se bourrant la nuit, à un degré excessif, de pages entières, assez complexes, de La Recherche du temps perdu (roman de Proust, Marcel, romancier bourgeois, voire  mondain du XXe siècle).

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