Dans Libé. mon analyses

Arrêtons de financer l’Autorité palestinienne

Par Charles Enderlin , Journaliste à Jérusalem 12 janvier 2017 à 18:46 (mis à jour à 18:56)
Des manifestants palestiniens aux prises avec l’armée israélienne près de la colonie de Qadomem, en Cisjordanie, le 30 décembre. Photo Mohamad Torokman. Reuters

En coupant les budgets des Territoires palestiniens, l’Union européenne placerait le gouvernement de Benyamin Nétanyahou devant les responsabilités qui reviennent à toute puissance occupante.

Après l’échec du sommet de Camp David en juillet 2000, des négociations de Taba en janvier 2001, de la rencontre de Charm el-Cheikh en février 2005, George W. Bush, le président américain, décidait qu’il était temps d’en finir avec le conflit israélo-palestinien. Le 27 novembre 2007, à Annapolis, il réunissait Ehud Olmert, le Premier ministre israélien, et Mahmoud Abbas, le président palestinien, pour frapper dans le marbre le principe de la solution à deux Etats. Les deux hommes s’engageaient à conclure les négociations en une année.

Trois semaines plus tard, à Paris, Nicolas Sarkozy ouvrait la conférence internationale des donateurs pour l’Etat palestinien en rappelant qu’il s’agissait de créer aux côtés d’Israël : «Un Etat souverain sur son territoire et ses ressources, contrôlant ses frontières, disposant d’une continuité entre Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Un Etat de droit, disposant d’institutions fortes et indépendantes, qui assurera la sécurité de ses citoyens, fera respecter la loi et l’ordre […]. Au bout du compte, un Etat politiquement et économiquement viable.» Salam Fayyad, le Premier ministre palestinien, demandait 4,5 milliards d’euros aux donateurs qui, déjà, depuis la signature des accords d’Oslo, avaient déboursé plus de 7 milliards d’euros. Il a reçu des promesses pour la bagatelle de 6,5 milliards d’euros de la part des 70 délégations d’Etats réunies à Paris. L’Union européenne a de nouveau mis la main au portefeuille. Aux 563,28 millions d’euros déjà transférés en 2007, sont venus s’y ajouter 494,91 millions en 2008. Selon des sources diplomatiques, il faut adjoindre les sommes offertes par les divers pays de l’UE, qui, en la doublant, portent l’aide aux Palestiniens à près de 1 milliard d’euros (en 2015, encore, l’UE a remis 342,42 millions d’euros à l’Autorité autonome). Les pourparlers ont débuté et, à nouveau, ce fut l’échec. La droite israélienne en accuse les Palestiniens qui auraient refusé les «concessions sans précédent, offertes par Olmert». Faux, rétorque l’entourage d’Abbas : «Nous n’avons jamais reçu une proposition sérieuse par écrit pour l’étudier. Tout était verbal et n’engageait que ceux qui écoutaient.» En réalité, sous le coup d’une enquête judiciaire pour corruption, impopulaire, Ehud Olmert n’avait plus la possibilité de conclure un accord en bonne et due forme. Condamné, il a fini derrière les barreaux. Benyamin Nétanyahou lui a succédé à la présidence du Conseil en 2009 et, depuis, Israéliens et Palestiniens n’ont plus repris les discussions de fond sur les éléments de la solution à deux Etats.

Barack Obama, arrivé à la Maison Blanche la même année, n’a même pas réussi à relancer des pourparlers autres que sur la reprise des négociations. John Kerry, avant de quitter le département d’Etat, relève que durant ces huit années 100 000 colons supplémentaires se sont installés en Cisjordanie. Il en rejette la responsabilité sur Nétanyahou et son gouvernement, «le plus à droite de l’histoire d’Israël», dit-il, en constatant le quasi total contrôle israélien sur la zone C, 60 % du territoire, habité par près de 400 000 colons et où le développement palestinien est interdit. Une situation critiquée par de nombreux diplomates européens en poste dans la région. Tout en gardant l’anonymat, ils déclarent à qui veut les entendre : «De fait, nous finançons le maintien de l’occupation israélienne.»

Dans ces conditions, n’est-il pas grand temps de faire le bilan ? Les milliards investis par la communauté internationale, s’ils ont permis le développement d’institutions palestiniennes, n’ont pas fait avancer d’un millimètre la solution à deux Etats. Alors, pourquoi, au nom des bailleurs de fonds européens, François Hollande et Angela Merkel ne prendraient-ils pas l’initiative de fixer une date limite au-delà de laquelle Israël – puissance occupante selon les conventions de Genève – devrait assumer le financement du budget palestinien ? Cela libérerait le contribuable européen de ce fardeau, et placerait le gouvernement de Nétanyahou devant ses responsabilités à un moment où s’ouvre une nouvelle page de l’histoire du Proche-Orient. L’enjeu, c’est l’avenir de la région, d’Israël et de la nation palestinienne. Car les premières décisions de la nouvelle administration Trump ne poussent pas à l’optimisme. Le président élu a nommé David Friedman au poste de nouvel ambassadeur américain en Israël. A la tête de l’Association des amis de la colonie Beit El, c’est un fervent partisan de l’annexion des Territoires palestiniens. Il entend œuvrer pour le transfert à Jérusalem de l’ambassade des Etats-Unis installée aujourd’hui à Tel-Aviv. Ce serait le dernier clou dans le cercueil du processus de paix entamé en 1993 avec la signature des accords d’Oslo. Il ne resterait plus qu’à en publier l’acte de décès formel.

Dernier ouvrage paru : Au nom du Temple – Israël et l’irrésistible ascension du messianisme juif (1967-2013), Seuil, 2013.

Charles Enderlin Journaliste à Jérusalem

Le désespoir

Ce vendredi, Nahoum Barnea, l’éditorialiste de Yedioth Aharonot, décrit ainsi la situation en Cisjordanie : « <em>Mardi dernier, au matin Tsahal a mis en place un barrage dans le village Bani Naïm, au sud est d’Hébron. La décision n’a pas été prise sur la base de renseignements mais à la suite de l’analyse des derniers événements. Deux jeunes du village en sont sortis il y a quelques jours pour commettre des attentats. Ils ne sont pas revenus. L’un d’entre eux a été tué, la seconde est sérieusement blessée. Logiquement un troisième devait venir. Et, effectivement. Il est arrivé. Lorsque les soldats, au barrage lui ont crié de stopper, il a sorti un couteau en l’agitant. Les militaires ont ouvert le feu pour le blesser. Il est mort.
Ils ne meurent pas pour devenir martyrs de la Palestine, de l’Islam, ou pour tuer des juifs. Ce sont les martyrs du désespoir.Ils veulent mourir et les soldats sont l’instrument de leur suicide, au contraire de la précédente vague de terrorisme où les militaires étaient leur cible. Braha Ramadan Awahissi, une gamine de douze ans s’est présentée mercredi dernier à un barrage. Portant un sac qui ne contenait ni arme ni couteau, elle n’a pas obéi aux soldats qui lui criaient de s’arrêter. Ils ont ouvert le feu. Aux enquêteurs, elle a expliqué    « Mon père gagne un salaire de misère à la municipalité de Kalkilya. Ma mère est au chômage. Je voulais mourir » Elle s’en tire avec une blessure au genou.</em> »
Barnea poursuit : « [<em>…] Après cinquante ans d’occupation, chaque jeune palestinien a un problème personnel. La mort d’un proche ou son emprisonnement. L’humiliation aux barrages. La pression imposée par le Shin Beth, par Tsahal ou par les services de sécurité palestiniens. Les familles désunies etc. Etc. Les problèmes sont les mêmes mais la solution est différente pour ces adolescents. C’est, être martyr. </em>»
<strong>La fiction de la paix </strong>
La Cisjordanie attend le prochain embrasement. Ce serait l’Intifada du désespoir. Les diplomates européens et américains en poste en Cisjordanie savent parfaitement que la probabilité d’un accord israélo-palestinien sur la solution à deux États – la Palestine indépendante avec Jérusalem-Est pour capitale, aux côtés d’Israël- est quasi nul. La question n’est pas de savoir si l’Autorité autonome va s’effondrer, mais quand et comment. Pour des raisons économiques. Un budget au déficit croissant avec des donateurs de moins en moins enclins à mettre la main au portefeuille pour ce qui est le  financement du statu quo de l’occupation israélienne. Sociales : un nouveau « printemps » de la jeunesse palestinienne contre ses dirigeants.
<strong>Temporiser</strong>
Mais, l’entériner, et publier l’acte de décès du processus de paix aurait des conséquences immédiates pour la région. La remise en cause des traités de paix entre Israël, la Jordanie et l’Égypte, ainsi que les accords avec l’Union européenne. Sans compter la situation sur le terrain, car Israël devrait alors réoccuper les villes autonomes.Ce serait mettre de l’huile sur le feu de Daesh. Dans ces conditions, la communauté internationale, préfère temporiser. Barack Obama exprime son inquiétude face à la poursuite de la colonisation israélienne, et promet de poursuivre ses efforts vers la reprise de négociations. La diplomatie française n’abandonne pas son initiative de conférence internationale. Mieux vaut maintenir vaille que vaille la fiction d’une paix possible. Mais, pour combien de temps?.

L’académicien et Israël

Au gré de mes pérégrinations sur le web, je suis tombé sur une émission diffusée par Causeur en coopération avec RCJ. Élisabeth Lévy dialogue avec Alain Finkielkraut qui nous fait part de ses réflexions sur l’exécution d’un palestinien à Hébron le 24 mars dernier. http://www.cjfai.com/eventmaster/2016/04/05/finkielkraut-israel-et-la-volte-face-de-netanyahou/

Abdel Fattah Al-Sharif gisait au sol, grièvement blessé, après avoir agressé au couteau un militaire israélien en compagnie d’un autre assaillant qui, lui, avait été tué sur le coup. La scène, filmée par un volontaire de B’Tselem, l’ONG de défense des droits de l’homme montre, onze minutes plus tard, un soldat achevant al-Sharif d’une balle dans la tête. L’auteur de cette exécution extrajudiciaire s’appelle Elor Azaria. Il effectue son service militaire dans la brigade Kfir, déployée en Cisjordanie. Les médias francophones découvriront qu’il a la nationalité française par ses parents, arrivés en Israël il y a une trentaine d’année. Il est traduit devant la justice militaire sous l’accusation d’homicide.   On trouve sur les sites du Point et du Monde des articles racontant les divers aspects de cette affaire.

http://www.btselem.org/firearms/20160324_soldier_executes_palestinians_attaker_in_hebron

Mais, revenons à l’émission d’Élisabeth Lévy. D’entrée de jeu, l’académicien met en pièce l’article signé par Florence Noiville dans le Monde et consacré à la disparition d’Imre Kertesz, écrivain hongrois, prix Nobel de littérature en 2002. Il cite des extraits de « L’Ultime Auberge », le livre de ce survivant d’Auschwitz, décédé à l’Age de 86 ans : «  L’Europe s’aplatit devant l’Islam, le supplie de lui faire grâce. L’Europe ne veut pas se défendre etc. ». Et, ce qui fâche Finkielkraut, c’est ce passage de la journaliste : «  Pourtant – hormis peut-être dans son dernier ouvrage L’Ultime auberge (2015) où l’on trouve ça et là quelques remarques déconcertantes de sa part (mais peut être dues au grand âge,) sur l’Europe et l’Islam – il y a toujours quelque chose de profondément lumineux et d’éminemment généreux chez Kertész. » http://abonnes.lemonde.fr/disparitions/article/2016/03/31/l-ecrivain-hongrois-imre-kertesz-prix-nobel-de-litterature-est-mort_4892850_3382.html?xtmc=imre_kertesz&xtcr=2

 Étude de texte

Le philosophe, dont on connaît le peu d’attrait pour l’Islam, n’apprécie donc pas la critique implicite que fait Florence Noiville de la vision qu’a l’écrivain de l’Europe.

A 5min 47 de la vidéo, Élisabeth Lévy intervient : «  L’ultime auberge est considéré par le Monde comme un effet de son grand âge. De son gâtisme»

Finkielkraut : «Lorsqu’un survivant d’Auschwitz s’avise de sortir des sentiers battus du devoir de mémoire. Le couperet tombe. Il est gâteux. Rien ne peut démentir le politiquement correct. Ils sont diagnostiqués Alzheimer. »

Donc, le Monde serait très critique du livre de Kertész, considérant qu’il a été écrit par un vieillard n’ayant plus sa tête. Mais, curieusement, en fouillant les archives récentes du Monde, on découvre que c’est tout le contraire. Peu après la publication de L’Ultime Auberge, la même Florence Noiville, a publié un article dithyrambique dont voici un extrait : « Intensément poignant, alliant l’intelligence à la subtilité et la férocité au mystère, L’Ultime Auberge est aussi le dernier volet d’une trilogie commencée avec Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas (Actes Sud, 1995) et poursuivie dans ­Liquidation (Actes Sud, 2004). Ces trois ­livres s’inscrivent dans un temps cyclique. Ils forment un cercle. Une entreprise impossible à résumer où, avec une probité et une lucidité sans faille, Kertész ­regarde l’existence avec la distance d’un sage – presque « en étranger » –, ce qui ne l’empêche pas de la boire « jusqu’à la dernière goutte », tout en nous donnant furieusement envie de faire de même. » Pas un mot de gâtisme ou d’Alzheimer. http://abonnes.lemonde.fr/livres/article/2015/02/11/forces-vitales-d-imre-kertesz_4574568_3260.html?xtmc=l_ultime_auberge&xtcr=3

Badiou et Israël

Madame Lévy rappelle à son invité qu’il faut passer au sujet annoncé en début d’émission et, à 8 min 43 sec : l’affaire d’Hébron. Finkielkraut promet d’en parler, mais d’abord se lance sur un autre texte de Kertész. « Regards sur une ville déchirée » écrit après un séjour à Jérusalem en avril 2002. Extrait : « A présent, je suis sur ce balcon, au septième étage, et ne peux pas mieux ici qu’à Berlin ou Budapest juger de ce qui se trame vraiment. A ce moment, je ne réfléchis même pas à la situation locale, mais plutôt à la réaction européenne. On dirait que, des profondeurs de l’inconscient, l’antisémitisme dont on a pendant des années serré le mors rejaillit comme une coulée de lave sulfureuse. Sur l’écran de télévision, je vois, à Jérusalem et ailleurs, des manifestations dirigées contre Israël. Je vois en France les synagogues incendiées et les cimetières profanés. A quelques centaines de mètres à peine de mon domicile berlinois, près du Tiergarten, deux jeunes Juifs américains ont été agressés et roués de coups

J’ai vu à la télévision l’écrivain portugais Saramago, penché sur sa feuille de papier, qui comparait les agissements d’Israël contre les Palestiniens à Auschwitz – une preuve que l’auteur n’a pas la moindre idée de l’inadéquation scandaleuse du parallèle qu’il a tracé, et qui plus est, que le concept bien connu sous le nom de Auschwitz, dont la définition dans le consensus européen était jusqu’à présent constante, peut aujourd’hui d’ores et déjà être employé de manière populiste et à des fins populistes. Je me demande s’il ne faudrait pas faire une distinction entre une disposition hostile à Israël et l’antisémitisme. Mais est-ce seulement possible ? Comment comprendre que, deux continents plus loin, en Argentine – où en ce moment, les gens ont d’ailleurs bien assez à faire avec leurs propres soucis -, on en arrive à des manifestations contre Israël ? »

L’académicien reprend : « Les Juifs et les Israéliens, avec leur état ethnique, ne sont-ils pas les mauvais élèves de la classe européenne, ceux qui ne respectent pas la feuille de route du devoir de mémoire. Badiou le dit sans ambages, s’il y a un état nazi aujourd’hui dans le monde, c’est Israël »

Élisabeth Lévy : « Badiou dit état nazi ? »

Alain Finkielkraut : « Oui, à peu près ! A peu près ! Un état successeur de l’antisémitisme hitlérien. »

Là, j’avoue que je suis bluffé. N’étant pas un lecteur de Badiou, j’ai cherché cette citation sur le web. En vain. Contacté, un ami parisien, philosophe m’a répondu : « Certes, les positions de Badiou sur Israël sont discutables mais je ne l’ai jamais entendu qualifier Israël de nazi.. »

La minorité arabe et la démocratie

Finkielkraut mentionne ensuite « certains commentaires » – il ne dit pas lesquels- qualifiant Israël, d’état raciste : «  C’est cet antiracisme qui relance aujourd’hui l’antisémitisme en délivrant la permission de haïr. On devrait au contraire s’étonner qu’Israël qui, dans l’état d’urgence où il vit depuis qu’il est né soit resté une démocratie. .. Que les membres de la minorité arabe y jouissent à l’exception du service militaire obligatoire, de l’entièreté des droits civiques, sont représentés au parlement et ont donné un de ses cinq membres à la cour suprême… » Excusons son erreur, la Cour suprême israélienne compte en fait quinze juges, parmi lesquels, Salim Jubran, un chrétien de Haïfa.

Visiblement, notre académicien n’est pas gêné par le projet de loi constitutionnelle que Benjamin Netanyahu entend faire adopter. Il s’agit de redéfinir Israël comme l’État-nation du peuple juif. Selon ce texte le législateur devrait s’inspirer des principes du judaïsme. Le régime serait défini comme démocratique mais seuls les Juifs y auraient des droits collectifs. Les musulmans et les chrétiens – les « arabes » dont parle Finkielkraut – ne jouiraient que de droits personnels prévus par les lois.

Netanyahu transgresse

Vers 13 min 40 sec, il finit par rappeler la volte-face de Benjamin Netanyahu qui, après avoir, dans un premier temps, déclaré que le geste du soldat ne représentait pas les valeurs de l’armée, a téléphoné au père du soldat pour lui exprimer son empathie et « promettre que l’enquête tiendra compte de toute la complexité de la situation. Transgressant ainsi allègrement la frontière constitutive de l’état de droit entre le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire »

Élisabeth Lévy rappelle les sondages très favorables au soldat. Et Finkielkraut de se lancer dans une défense de la société israélienne : «  Il est incontestable que l’Intifada des couteaux fait vivre les israéliens dans une tension extrême. Le danger peut surgir partout et à tout moment. » Vivant à Jérusalem depuis plus de quatre décennies, je dois dire que j’ai connu des période infiniment plus tendues. A Paris et à Bruxelles après les attentats j’ai trouvé les français et les belges beaucoup plus inquiets que les israéliens.

Une frange hyper nationaliste?

Le gouvernement israélien devrait, dit-il, chercher une issue au statut quo politique actuel, qui n’est plus tenable… Mais, qui en est responsable selon lui ? « Il est beaucoup plus difficile d’en sortir que ne le pensent les bons apôtres européens qui oublient ce que la situation actuelle doit à la radicalité des palestiniens. Il n’empêche le rôle du gouvernement d’Israël est de chercher une issue or il ne la cherche pas. Parce que sa frange hyper nationaliste, suivie par une partie de l’opinion ne lui laisse aucune marge de manœuvre. On préfère donc la guerre à relativement bas bruit qu’est l’Intifada des couteaux à la guerre civile qu’entrainerait nécessairement le démantèlement d’une grande partie des colonies ». C’est un scoop ! Oublier que la majorité de la coalition gouvernementale du Likoud de Benjamin Netanyahu, jusqu’au Foyer juif de Naftali Bennet en passant par une partie des membres orthodoxes du Shass sont fermement opposés à la création d’un état palestinien et soutiennent la poursuite de la colonisation de la Cisjordanie où vivent plus de 400 000 mille israéliens.

Retraits?

A aucun moment, l’académicien n’utilise le mot « occupation ». Il n’évoque les palestiniens que pour parler de leur « radicalité », et oublie l’action sécuritaire de l’Autorité autonome de Mahmoud Abbas qui, coopérant avec les forces israéliennes lutte contre le Hamas et maintient le calme dans les villes palestiniennes. S’il n’y a pas d’accord c’est parce que « Certains israéliens se méfient des palestiniens après le retrait du Liban, après le retrait de Gaza et considèrent qu’ils sont plus en sécurité comme cela. » L’explication est un classique de la communication de Netanyahu : « Israël se retire de territoires et l’Islam radical s’y installe ! Nous ne pouvons donc pas effectuer de concessions territoriales » En fait, le retrait du Sud-Liban n’avait rien à voir avec les palestiniens. C’était le résultat de la guerre désastreuse menée par Ariel Sharon et Menahem Begin au Liban en 1982. Une de ses conséquences fut le développement du Hezbollah. Comme pour Gaza, il s’agissait de retraits unilatéraux, non négociés, les responsables israéliens sachant parfaitement qu’ils laissaient ainsi le champ libre à l’Islam radical.

Les deux camps d’Israël

Alain Finkielkraut garde un silence assourdissant face à la campagne anti- démocratique menée par la droite, ses représentants au gouvernement et ses ONG extrémistes contre la gauche anti-annexionniste. En 1985, il a participé au premier dialogue entre intellectuels juifs de France et d’Israël, intitulé : Les juifs entre Israël et la Diaspora. J’ai publié sur ce blog des extraits de « La lettre à un ami juif français » de Yaïr Auron, l’organisateur de cette rencontre. En voici la conclusion : « Israël, en 1985, est une réalité très complexe au sein de laquelle se déroule une lutte entre deux visions opposées du monde. L’une composée d’éléments nationalistes et extrémistes, anti-démocratiques et xénophobes et l’autre d’éléments humanistes, libéraux et démocratiques qui ont représenté le courant central du sionisme, en recul constant depuis plusieurs années. Il me semble que c’est de ce conflit que se déterminera l’avenir d’Israël. Son issue aura des conséquences déterminantes sur l’avenir du peuple juif en tant que tel à l’aube du XXIème siècle. Quelle place et quel rôle occuperez-vous, intellectuels juifs dans ce combat ? ». Alain Finkielkraut se dit inquiet pour l’avenir d’Israël et admet que les partisans de la colonisation sont en train de construire un État où les juifs deviendraient minoritaires. Mais, est-il dans le camp de l’opposition sans concession aux forces anti-démocratiques qui, en Israël et au sein des communautés juives, mènent Israël à la catastrophe ?

PS: On me signale que dans une conférence le 4 mars, au CCLJ à Bruxelles, Finkielkraut a déclaré : « C’est un intérêt vital. L’occupation de la Cisjordanie, quelle que soit l’attitude des Palestiniens, est une catastrophe politique, économique et morale pour Israël ». Dont acte. Il serait bien qu’il le déclare, plus souvent et pas seulement devant un public juif favorable à La paix maintenant.

 

 

Israël-Palestine en 2016. La fin?

J’avais mis en ligne cette analyse avant la révélation par Barak Ravid, l’excellent correspondant politique du Haaretz,  que le gouvernement israélien se prépare à la disparition de l’Autorité palestinienne. Mon papier a donc été légèrement modifié.

 

« Kadish pour les efforts de paix américains ». C’est le titre de l’édito publié, vendredi dernier (1 janvier) dans Haaretz, par Peter Beinart, professeur de Sciences-Po à la City University de New York. Le Kaddish est la prière prononcée par le plus proche membre de la famille du défunt lors d’un enterrement juif. En l’occurrence, il ne s’agit pas de proclamer la mort du processus de paix israélo-palestinien. L’avis de décès a été publié il y a de cela quelques années. Avec plus de 400000 colons installés en Cisjordanie, la quasi impossibilité de parvenir à un accord sur Jérusalem Est, et surtout sur le Mont du Temple/Al Aqsa, on ne voit pas comment il serait possible de créer un état palestinien. Il faut également tenir compte du schisme entre le Hamas à Gaza et l’OLP installée en Cisjordanie, sans oublier la situation politique au sein de la direction du Fatah qui ressemble de plus en plus à une cour byzantine.

USA out!

Peter Beinart, annonce la fin des initiatives américaines pour relancer les négociations israélo-palestiniennes. A priori, ce serait plutôt une bonne nouvelle. De la gestion calamiteuse du sommet de Camp David par Bill Clinton en juillet 2000 à Barack Obama, toutes les administrations US ont été incapables capables de faire avancer le processus de paix ne serait-ce que d’un millimètre. Inutile de revenir sur cet échec monumental, le premier d’une longue liste d’erreurs, d’analyses erronées politiques et militaires, à la source des catastrophes auxquelles on assiste au Proche Orient.

Hilary pro Bibi

Donc, selon l’analyse de Beinart, Benjamin Netanyahu peut être tranquille. L’Amérique et donc la communauté internationale, ne veulent plus entendre parler du conflit avec les Palestiniens. Aucun candidat à la présidence ne parle d’une solution à deux états. Un anathème pour les républicains. Côté démocrate, Hilary Clinton, reprend l’argumentation de Netanyahu : « Il est difficile d’envisager la possibilité d’un accord aussi longtemps que les Israéliens ne sauront pas ce qu’il va se passer en Syrie et si la Jordanie va rester stable. » Elle est en faveur de l’octroi de  « plus d’autonomie » aux Palestiniens et donc du maintien du contrôle sécuritaire de la Cisjordanie par Israël. Tout cela si, comme l’espère la droite israélienne, le fragile équilibre qui règne dans cette région peut être maintenu. Car la grande question posée par tous les experts n’est pas si l’Autorité autonome va s’effondrer, mais comment et quand ce dernier vestige des accords d’Oslo va-t-il disparaître ?

Gaza

Les raisons de manquent pas. D’abord, socio-économiques. Selon le dernier rapport de la Banque mondiale, les palestiniens s’appauvrissent pour la troisième année consécutive. 25% vivent sous le seuil de pauvreté. 39% à Gaza et 14% en Cisjordanie. 60% des gazaouis sont au chômage. 80 % des habitants de ce territoire dépendent de l’aide financière des diverses ONG internationales. La reconstruction des immeubles détruits lors de la guerre de juillet 2014 est quasiment en panne. Gaza est à nouveau au bord de l’implosion et le Hamas y fait face à la multiplication des cellules salafistes. L’organisation réagit en soufflant sur les braises de ce que l’on appelle « l’Intifada des couteaux » en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, et lance des appels à de nouveaux attentats. Le gouvernement israélien prend grand soin de ne pas réagir en attaquant les dirigeants du Hamas à Gaza ou en y resserrant le blocus. Au contraire, réalisant que cela pourrait conduire à une détérioration rapide de la situation, les barrages, par où passent les denrées et les marchandises destinées a Gaza, fonctionnent à plein régime.

Veiller à la stabilité

En Cisjordanie, la situation est toute aussi instable. Crise économique, en 2015 le PIB ne devait augmenter que de 1,8% pour une accroissement de la population de plus de 3%. Absence de toute perspective de négociations avec Israël. Guerres internes au sein de la direction de l’OLP et du Fatah où se déroule la lutte pour la succession de Mahmoud Abbas. Sur le terrain, le développement de la colonisation se poursuit. Si la coordination sécuritaire avec Israël est maintenue cahin caha, les policiers palestiniens chargés de maintenir l’ordre dans les zones autonomes, ont de plus en plus d’états d’âme. Ce sont souvent leurs propres enfants qui vont affronter les militaires israéliens aux check points. Pas question pour Israël de retenir le versement des taxes perçues pour le compte de l’Autorité même si, régulièrement, les dirigeants palestiniens expriment leur soutien aux auteurs d’attentats.

La fin en 2016 ?

Un attentat particulièrement sanglant, commis par des palestiniens ou des extrémistes juifs, pourrait tout faire basculer très vite, et mener à la réoccupation par Tsahal des villes autonomes. Ce serait le dernier clou dans le cercueil de la paix régionale sur laquelle sont fondés les traités conclus entre Israël, l’Égypte la Jordanie, mais aussi avec l’Europe. Sans parler de la relance de l’agitation anti-israélienne dans les communautés musulmanes à l’étranger. Israël devrait financer directement l’occupation de la Cisjordanie et ne pourrait plus compter sur l’aide fournie par la communauté internationale à l’Autorité palestinienne, sans parler du  déploiement de milliers de militaires dans les anciennes zones autonomes etc. etc. Espérons que ce scénario du pire ne se réalisera pas.