Dans Libé. mon analyse

Arrêtons de financer l’Autorité palestinienne

Par Charles Enderlin , Journaliste à Jérusalem 12 janvier 2017 à 18:46 (mis à jour à 18:56)
Des manifestants palestiniens aux prises avec l’armée israélienne près de la colonie de Qadomem, en Cisjordanie, le 30 décembre. Photo Mohamad Torokman. Reuters

En coupant les budgets des Territoires palestiniens, l’Union européenne placerait le gouvernement de Benyamin Nétanyahou devant les responsabilités qui reviennent à toute puissance occupante.

Après l’échec du sommet de Camp David en juillet 2000, des négociations de Taba en janvier 2001, de la rencontre de Charm el-Cheikh en février 2005, George W. Bush, le président américain, décidait qu’il était temps d’en finir avec le conflit israélo-palestinien. Le 27 novembre 2007, à Annapolis, il réunissait Ehud Olmert, le Premier ministre israélien, et Mahmoud Abbas, le président palestinien, pour frapper dans le marbre le principe de la solution à deux Etats. Les deux hommes s’engageaient à conclure les négociations en une année.

Trois semaines plus tard, à Paris, Nicolas Sarkozy ouvrait la conférence internationale des donateurs pour l’Etat palestinien en rappelant qu’il s’agissait de créer aux côtés d’Israël : «Un Etat souverain sur son territoire et ses ressources, contrôlant ses frontières, disposant d’une continuité entre Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Un Etat de droit, disposant d’institutions fortes et indépendantes, qui assurera la sécurité de ses citoyens, fera respecter la loi et l’ordre […]. Au bout du compte, un Etat politiquement et économiquement viable.» Salam Fayyad, le Premier ministre palestinien, demandait 4,5 milliards d’euros aux donateurs qui, déjà, depuis la signature des accords d’Oslo, avaient déboursé plus de 7 milliards d’euros. Il a reçu des promesses pour la bagatelle de 6,5 milliards d’euros de la part des 70 délégations d’Etats réunies à Paris. L’Union européenne a de nouveau mis la main au portefeuille. Aux 563,28 millions d’euros déjà transférés en 2007, sont venus s’y ajouter 494,91 millions en 2008. Selon des sources diplomatiques, il faut adjoindre les sommes offertes par les divers pays de l’UE, qui, en la doublant, portent l’aide aux Palestiniens à près de 1 milliard d’euros (en 2015, encore, l’UE a remis 342,42 millions d’euros à l’Autorité autonome). Les pourparlers ont débuté et, à nouveau, ce fut l’échec. La droite israélienne en accuse les Palestiniens qui auraient refusé les «concessions sans précédent, offertes par Olmert». Faux, rétorque l’entourage d’Abbas : «Nous n’avons jamais reçu une proposition sérieuse par écrit pour l’étudier. Tout était verbal et n’engageait que ceux qui écoutaient.» En réalité, sous le coup d’une enquête judiciaire pour corruption, impopulaire, Ehud Olmert n’avait plus la possibilité de conclure un accord en bonne et due forme. Condamné, il a fini derrière les barreaux. Benyamin Nétanyahou lui a succédé à la présidence du Conseil en 2009 et, depuis, Israéliens et Palestiniens n’ont plus repris les discussions de fond sur les éléments de la solution à deux Etats.

Barack Obama, arrivé à la Maison Blanche la même année, n’a même pas réussi à relancer des pourparlers autres que sur la reprise des négociations. John Kerry, avant de quitter le département d’Etat, relève que durant ces huit années 100 000 colons supplémentaires se sont installés en Cisjordanie. Il en rejette la responsabilité sur Nétanyahou et son gouvernement, «le plus à droite de l’histoire d’Israël», dit-il, en constatant le quasi total contrôle israélien sur la zone C, 60 % du territoire, habité par près de 400 000 colons et où le développement palestinien est interdit. Une situation critiquée par de nombreux diplomates européens en poste dans la région. Tout en gardant l’anonymat, ils déclarent à qui veut les entendre : «De fait, nous finançons le maintien de l’occupation israélienne.»

Dans ces conditions, n’est-il pas grand temps de faire le bilan ? Les milliards investis par la communauté internationale, s’ils ont permis le développement d’institutions palestiniennes, n’ont pas fait avancer d’un millimètre la solution à deux Etats. Alors, pourquoi, au nom des bailleurs de fonds européens, François Hollande et Angela Merkel ne prendraient-ils pas l’initiative de fixer une date limite au-delà de laquelle Israël – puissance occupante selon les conventions de Genève – devrait assumer le financement du budget palestinien ? Cela libérerait le contribuable européen de ce fardeau, et placerait le gouvernement de Nétanyahou devant ses responsabilités à un moment où s’ouvre une nouvelle page de l’histoire du Proche-Orient. L’enjeu, c’est l’avenir de la région, d’Israël et de la nation palestinienne. Car les premières décisions de la nouvelle administration Trump ne poussent pas à l’optimisme. Le président élu a nommé David Friedman au poste de nouvel ambassadeur américain en Israël. A la tête de l’Association des amis de la colonie Beit El, c’est un fervent partisan de l’annexion des Territoires palestiniens. Il entend œuvrer pour le transfert à Jérusalem de l’ambassade des Etats-Unis installée aujourd’hui à Tel-Aviv. Ce serait le dernier clou dans le cercueil du processus de paix entamé en 1993 avec la signature des accords d’Oslo. Il ne resterait plus qu’à en publier l’acte de décès formel.

Dernier ouvrage paru : Au nom du Temple – Israël et l’irrésistible ascension du messianisme juif (1967-2013), Seuil, 2013.

Charles Enderlin Journaliste à Jérusalem

L’académicien et Israël

Au gré de mes pérégrinations sur le web, je suis tombé sur une émission diffusée par Causeur en coopération avec RCJ. Élisabeth Lévy dialogue avec Alain Finkielkraut qui nous fait part de ses réflexions sur l’exécution d’un palestinien à Hébron le 24 mars dernier. http://www.cjfai.com/eventmaster/2016/04/05/finkielkraut-israel-et-la-volte-face-de-netanyahou/

Abdel Fattah Al-Sharif gisait au sol, grièvement blessé, après avoir agressé au couteau un militaire israélien en compagnie d’un autre assaillant qui, lui, avait été tué sur le coup. La scène, filmée par un volontaire de B’Tselem, l’ONG de défense des droits de l’homme montre, onze minutes plus tard, un soldat achevant al-Sharif d’une balle dans la tête. L’auteur de cette exécution extrajudiciaire s’appelle Elor Azaria. Il effectue son service militaire dans la brigade Kfir, déployée en Cisjordanie. Les médias francophones découvriront qu’il a la nationalité française par ses parents, arrivés en Israël il y a une trentaine d’année. Il est traduit devant la justice militaire sous l’accusation d’homicide.   On trouve sur les sites du Point et du Monde des articles racontant les divers aspects de cette affaire.

http://www.btselem.org/firearms/20160324_soldier_executes_palestinians_attaker_in_hebron

Mais, revenons à l’émission d’Élisabeth Lévy. D’entrée de jeu, l’académicien met en pièce l’article signé par Florence Noiville dans le Monde et consacré à la disparition d’Imre Kertesz, écrivain hongrois, prix Nobel de littérature en 2002. Il cite des extraits de « L’Ultime Auberge », le livre de ce survivant d’Auschwitz, décédé à l’Age de 86 ans : «  L’Europe s’aplatit devant l’Islam, le supplie de lui faire grâce. L’Europe ne veut pas se défendre etc. ». Et, ce qui fâche Finkielkraut, c’est ce passage de la journaliste : «  Pourtant – hormis peut-être dans son dernier ouvrage L’Ultime auberge (2015) où l’on trouve ça et là quelques remarques déconcertantes de sa part (mais peut être dues au grand âge,) sur l’Europe et l’Islam – il y a toujours quelque chose de profondément lumineux et d’éminemment généreux chez Kertész. » http://abonnes.lemonde.fr/disparitions/article/2016/03/31/l-ecrivain-hongrois-imre-kertesz-prix-nobel-de-litterature-est-mort_4892850_3382.html?xtmc=imre_kertesz&xtcr=2

 Étude de texte

Le philosophe, dont on connaît le peu d’attrait pour l’Islam, n’apprécie donc pas la critique implicite que fait Florence Noiville de la vision qu’a l’écrivain de l’Europe.

A 5min 47 de la vidéo, Élisabeth Lévy intervient : «  L’ultime auberge est considéré par le Monde comme un effet de son grand âge. De son gâtisme»

Finkielkraut : «Lorsqu’un survivant d’Auschwitz s’avise de sortir des sentiers battus du devoir de mémoire. Le couperet tombe. Il est gâteux. Rien ne peut démentir le politiquement correct. Ils sont diagnostiqués Alzheimer. »

Donc, le Monde serait très critique du livre de Kertész, considérant qu’il a été écrit par un vieillard n’ayant plus sa tête. Mais, curieusement, en fouillant les archives récentes du Monde, on découvre que c’est tout le contraire. Peu après la publication de L’Ultime Auberge, la même Florence Noiville, a publié un article dithyrambique dont voici un extrait : « Intensément poignant, alliant l’intelligence à la subtilité et la férocité au mystère, L’Ultime Auberge est aussi le dernier volet d’une trilogie commencée avec Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas (Actes Sud, 1995) et poursuivie dans ­Liquidation (Actes Sud, 2004). Ces trois ­livres s’inscrivent dans un temps cyclique. Ils forment un cercle. Une entreprise impossible à résumer où, avec une probité et une lucidité sans faille, Kertész ­regarde l’existence avec la distance d’un sage – presque « en étranger » –, ce qui ne l’empêche pas de la boire « jusqu’à la dernière goutte », tout en nous donnant furieusement envie de faire de même. » Pas un mot de gâtisme ou d’Alzheimer. http://abonnes.lemonde.fr/livres/article/2015/02/11/forces-vitales-d-imre-kertesz_4574568_3260.html?xtmc=l_ultime_auberge&xtcr=3

Badiou et Israël

Madame Lévy rappelle à son invité qu’il faut passer au sujet annoncé en début d’émission et, à 8 min 43 sec : l’affaire d’Hébron. Finkielkraut promet d’en parler, mais d’abord se lance sur un autre texte de Kertész. « Regards sur une ville déchirée » écrit après un séjour à Jérusalem en avril 2002. Extrait : « A présent, je suis sur ce balcon, au septième étage, et ne peux pas mieux ici qu’à Berlin ou Budapest juger de ce qui se trame vraiment. A ce moment, je ne réfléchis même pas à la situation locale, mais plutôt à la réaction européenne. On dirait que, des profondeurs de l’inconscient, l’antisémitisme dont on a pendant des années serré le mors rejaillit comme une coulée de lave sulfureuse. Sur l’écran de télévision, je vois, à Jérusalem et ailleurs, des manifestations dirigées contre Israël. Je vois en France les synagogues incendiées et les cimetières profanés. A quelques centaines de mètres à peine de mon domicile berlinois, près du Tiergarten, deux jeunes Juifs américains ont été agressés et roués de coups

J’ai vu à la télévision l’écrivain portugais Saramago, penché sur sa feuille de papier, qui comparait les agissements d’Israël contre les Palestiniens à Auschwitz – une preuve que l’auteur n’a pas la moindre idée de l’inadéquation scandaleuse du parallèle qu’il a tracé, et qui plus est, que le concept bien connu sous le nom de Auschwitz, dont la définition dans le consensus européen était jusqu’à présent constante, peut aujourd’hui d’ores et déjà être employé de manière populiste et à des fins populistes. Je me demande s’il ne faudrait pas faire une distinction entre une disposition hostile à Israël et l’antisémitisme. Mais est-ce seulement possible ? Comment comprendre que, deux continents plus loin, en Argentine – où en ce moment, les gens ont d’ailleurs bien assez à faire avec leurs propres soucis -, on en arrive à des manifestations contre Israël ? »

L’académicien reprend : « Les Juifs et les Israéliens, avec leur état ethnique, ne sont-ils pas les mauvais élèves de la classe européenne, ceux qui ne respectent pas la feuille de route du devoir de mémoire. Badiou le dit sans ambages, s’il y a un état nazi aujourd’hui dans le monde, c’est Israël »

Élisabeth Lévy : « Badiou dit état nazi ? »

Alain Finkielkraut : « Oui, à peu près ! A peu près ! Un état successeur de l’antisémitisme hitlérien. »

Là, j’avoue que je suis bluffé. N’étant pas un lecteur de Badiou, j’ai cherché cette citation sur le web. En vain. Contacté, un ami parisien, philosophe m’a répondu : « Certes, les positions de Badiou sur Israël sont discutables mais je ne l’ai jamais entendu qualifier Israël de nazi.. »

La minorité arabe et la démocratie

Finkielkraut mentionne ensuite « certains commentaires » – il ne dit pas lesquels- qualifiant Israël, d’état raciste : «  C’est cet antiracisme qui relance aujourd’hui l’antisémitisme en délivrant la permission de haïr. On devrait au contraire s’étonner qu’Israël qui, dans l’état d’urgence où il vit depuis qu’il est né soit resté une démocratie. .. Que les membres de la minorité arabe y jouissent à l’exception du service militaire obligatoire, de l’entièreté des droits civiques, sont représentés au parlement et ont donné un de ses cinq membres à la cour suprême… » Excusons son erreur, la Cour suprême israélienne compte en fait quinze juges, parmi lesquels, Salim Jubran, un chrétien de Haïfa.

Visiblement, notre académicien n’est pas gêné par le projet de loi constitutionnelle que Benjamin Netanyahu entend faire adopter. Il s’agit de redéfinir Israël comme l’État-nation du peuple juif. Selon ce texte le législateur devrait s’inspirer des principes du judaïsme. Le régime serait défini comme démocratique mais seuls les Juifs y auraient des droits collectifs. Les musulmans et les chrétiens – les « arabes » dont parle Finkielkraut – ne jouiraient que de droits personnels prévus par les lois.

Netanyahu transgresse

Vers 13 min 40 sec, il finit par rappeler la volte-face de Benjamin Netanyahu qui, après avoir, dans un premier temps, déclaré que le geste du soldat ne représentait pas les valeurs de l’armée, a téléphoné au père du soldat pour lui exprimer son empathie et « promettre que l’enquête tiendra compte de toute la complexité de la situation. Transgressant ainsi allègrement la frontière constitutive de l’état de droit entre le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire »

Élisabeth Lévy rappelle les sondages très favorables au soldat. Et Finkielkraut de se lancer dans une défense de la société israélienne : «  Il est incontestable que l’Intifada des couteaux fait vivre les israéliens dans une tension extrême. Le danger peut surgir partout et à tout moment. » Vivant à Jérusalem depuis plus de quatre décennies, je dois dire que j’ai connu des période infiniment plus tendues. A Paris et à Bruxelles après les attentats j’ai trouvé les français et les belges beaucoup plus inquiets que les israéliens.

Une frange hyper nationaliste?

Le gouvernement israélien devrait, dit-il, chercher une issue au statut quo politique actuel, qui n’est plus tenable… Mais, qui en est responsable selon lui ? « Il est beaucoup plus difficile d’en sortir que ne le pensent les bons apôtres européens qui oublient ce que la situation actuelle doit à la radicalité des palestiniens. Il n’empêche le rôle du gouvernement d’Israël est de chercher une issue or il ne la cherche pas. Parce que sa frange hyper nationaliste, suivie par une partie de l’opinion ne lui laisse aucune marge de manœuvre. On préfère donc la guerre à relativement bas bruit qu’est l’Intifada des couteaux à la guerre civile qu’entrainerait nécessairement le démantèlement d’une grande partie des colonies ». C’est un scoop ! Oublier que la majorité de la coalition gouvernementale du Likoud de Benjamin Netanyahu, jusqu’au Foyer juif de Naftali Bennet en passant par une partie des membres orthodoxes du Shass sont fermement opposés à la création d’un état palestinien et soutiennent la poursuite de la colonisation de la Cisjordanie où vivent plus de 400 000 mille israéliens.

Retraits?

A aucun moment, l’académicien n’utilise le mot « occupation ». Il n’évoque les palestiniens que pour parler de leur « radicalité », et oublie l’action sécuritaire de l’Autorité autonome de Mahmoud Abbas qui, coopérant avec les forces israéliennes lutte contre le Hamas et maintient le calme dans les villes palestiniennes. S’il n’y a pas d’accord c’est parce que « Certains israéliens se méfient des palestiniens après le retrait du Liban, après le retrait de Gaza et considèrent qu’ils sont plus en sécurité comme cela. » L’explication est un classique de la communication de Netanyahu : « Israël se retire de territoires et l’Islam radical s’y installe ! Nous ne pouvons donc pas effectuer de concessions territoriales » En fait, le retrait du Sud-Liban n’avait rien à voir avec les palestiniens. C’était le résultat de la guerre désastreuse menée par Ariel Sharon et Menahem Begin au Liban en 1982. Une de ses conséquences fut le développement du Hezbollah. Comme pour Gaza, il s’agissait de retraits unilatéraux, non négociés, les responsables israéliens sachant parfaitement qu’ils laissaient ainsi le champ libre à l’Islam radical.

Les deux camps d’Israël

Alain Finkielkraut garde un silence assourdissant face à la campagne anti- démocratique menée par la droite, ses représentants au gouvernement et ses ONG extrémistes contre la gauche anti-annexionniste. En 1985, il a participé au premier dialogue entre intellectuels juifs de France et d’Israël, intitulé : Les juifs entre Israël et la Diaspora. J’ai publié sur ce blog des extraits de « La lettre à un ami juif français » de Yaïr Auron, l’organisateur de cette rencontre. En voici la conclusion : « Israël, en 1985, est une réalité très complexe au sein de laquelle se déroule une lutte entre deux visions opposées du monde. L’une composée d’éléments nationalistes et extrémistes, anti-démocratiques et xénophobes et l’autre d’éléments humanistes, libéraux et démocratiques qui ont représenté le courant central du sionisme, en recul constant depuis plusieurs années. Il me semble que c’est de ce conflit que se déterminera l’avenir d’Israël. Son issue aura des conséquences déterminantes sur l’avenir du peuple juif en tant que tel à l’aube du XXIème siècle. Quelle place et quel rôle occuperez-vous, intellectuels juifs dans ce combat ? ». Alain Finkielkraut se dit inquiet pour l’avenir d’Israël et admet que les partisans de la colonisation sont en train de construire un État où les juifs deviendraient minoritaires. Mais, est-il dans le camp de l’opposition sans concession aux forces anti-démocratiques qui, en Israël et au sein des communautés juives, mènent Israël à la catastrophe ?

PS: On me signale que dans une conférence le 4 mars, au CCLJ à Bruxelles, Finkielkraut a déclaré : « C’est un intérêt vital. L’occupation de la Cisjordanie, quelle que soit l’attitude des Palestiniens, est une catastrophe politique, économique et morale pour Israël ». Dont acte. Il serait bien qu’il le déclare, plus souvent et pas seulement devant un public juif favorable à La paix maintenant.

 

 

Netanyahu, la gauche israélienne et le boycott

Il y a trois décennies, en débutant sa carrière politique, Benjamin Netanyahu s’est fixé deux objectifs. Empêcher la création d’un état palestinien. Neutraliser ou détruire l’influence de la gauche israélienne.. Il était armé de la solide idéologie familiale développée par son père, le professeur Benzion Netanyahu qui, jusqu’à son décès en 2012, à l’âge de 102 ans, en a défini les lignes de force. La première étant l’impossibilité de conclure la paix.

Le 2 avril 2009, cet universitaire a déclaré au quotidien Maariv : « La solution à deux États n’a aucune pertinence. Il n’y a pas ici deux peuples. Il y a le peuple juif d’un côté, une population arabe, de l’autre. Il n’y a pas de peuple palestinien, et on ne crée pas un État au profit d’une nation imaginaire. Ils ne se considèrent comme un peuple que pour combattre les Juifs. […] Les Juifs et les Arabes sont comme deux boucs qui s’affrontent sur un pont étroit. L’un d’entre eux finira dans la rivière, en danger mortel. Le plus fort obligera l’autre à sauter. Et je crois que la force juive vaincra. »

La conspiration Olp

Son fils, Benjamin traduit cela en termes politiques dans son livre (Makom Tahat Ha Shemesh) publié en 1995: « Certains pays arabes ont réalisé qu’ils ne parviendront pas à détruire Israël dans ses frontières élargies et donc ont accepté de fait l’existence d’Israël. Mais, en parallèle une conception différente a vu le jour chez certains Arabes. […] S’il n’est pas possible de détruire Israël dans ses frontières actuelles, il faudra le ramener aux frontières étroites d’avant la guerre de Six jours, puis l’attaquer par le terrorisme et la violence ». L’OLP aurait la mission de « réduire » Israël par la négociation. Et, le 16 mars dernier, en pleine campagne électorale, il a lancé : « Toute personne qui œuvre pour créer un état palestinien et évacure des territoires, les offre à l’Islam radical pour attaquer Israël. » et d’ajouter : « la gauche s’est caché la tête dans le sable et ne veut pas le voir. mais, nous sommes réalistes… » Car, selon la vision de son père Benzion : « Une des choses les plus graves chez nous, en Israël, c’est la croyance gauchiste que les Arabes ont renoncé à leur détermination à nous détruire. » ( En 1998  au quotidien Haaretz, republié le 30.4.2012)

Israël Munich et la Tchécoslovaquie

Benjamin Netanyahu, friand de comparaisons historiques explique dans son ouvrage « A Place Among the Nations » que la situation ressemble à celle qui prévalait à la veille de la seconde guerre mondiale. Israël, c’est la Tchécoslovaquie. Les Palestiniens sont les allemands du Sudetenland, que la propagande nazie présentait comme une minorité opprimée. Face aux menaces guerrières d’Hitler et pour éviter un conflit, Chamberlain et Dalladier ont signé l’accord de Munich, devenu le symbole de la lâcheté occidentale face au nazisme. Le message est clair : les nations capitulent face aux palestiniens et au monde arabe

Après la signature des accords d’Oslo en septembre 1993, au cours du débat à la Knesset, Benjamin Netanyahu a lancé à Shimon Pérès : «Vous êtes bien pire que Chamberlain qui avait porté atteinte à la sécurité et à la liberté d’une autre nation. Vous, vous l’avez fait au détriment de votre propre peuple. » C’était le thème de la droite : « L’accord avec l’OLP est un nouveau Munich. » Arafat serait donc un nouvel Hitler.

La suite est connue. L’assassinat d’Yitzhak Rabin par un jeune extrêmiste religieux en novembre 1995, l’élection de Netanyahu l’année suivante, la relance de la colonisation. La seconde Intifada débutée sous Ehoud Barak, les attentats suicides du Hamas lorsqu’Ariel Sharon était Premier ministre. L’échec du processus de paix d’Oslo. Aujourd’hui avec près de 400000 israéliens habitants la Cisjordanie et l’impossibilité d’aboutir à un accord sur Jérusalem Est et les lieux saints, la création d’un état palestinien indépendant et viable paraît pratiquement improbable.

La communication de la droite a réussi : Selon les sondages du « Peace Index » de l’Institut israélien pour la démocratie, plus des deux tiers des Israéliens juifs répondent oui aux questions « êtes vous certain ou pensez vous que le monde est contre nous ? »

Les ONG

Le discours de la gauche israélienne en faveur d’une solution à deux états est devenu inaudible, à l’intérieur et à l’étranger. En raison de la collusion des travaillistes qui ont participé à des gouvernements de droite, ceux de Sharon et de Netanyahu. En raison aussi de son soutien à des opérations militaires justifiées ou non. Reste la gauche non sioniste ou, sioniste jusqu’à la ligne verte, c’est à dire opposée à la colonisation. Ces diverses ONG de défense des droits l’homme font l’objet de campagnes incessantes lancées par la droite pour les déclarer anti-patriotiques, ennemies de l’Etat, et les priver de financement. L’Europe, la France, les soutiennent à peine. Plusieurs d’entre elles, sont en train de disparaître. Par exemple « Keshev » qui combat la propagande et la désinformation dans les médias israéliens ou IPCRI, le centre d’information israélo-palestinien.

Le boycott

Là se pose le problème du boycott mené par BDS dont le discours est souvent dirigé contre l’ensemble de la population israélienne. Pour le vieux combattant de la paix, Ouri Avneri : « Il y a une énorme différence entre appeler au boycott de l’Etat d’Israël et à celui des produits fabriqués dans les colonies. Je suis personnellement contre un boycott de l’Etat d’Israël, parce qu’il ne ferait que précipiter la population israélienne dans les bras des colons et renforcerait l’extrême-droite. C’est la mauvaise politique parce qu’elle brouillerait le message. Il est très important de faire la différence entre la population israélienne dans son ensemble et les colons »: (http://info.arte.tv/fr/boycott-desinvestissement-et-sanctions#sthash.UECjTxLC.dpuf) Des chanteurs, comme Achinoam Nini et Yonathan Geffen, sont attaqués par la droite en Israël et à l’étranger par des militants BDS. Le boycott d’universités et d’artistes israéliens où se trouvent la plupart des opposants à la politique de colonisation est contre-productive et renforce l’argument de la droite au pouvoir : « Cela n’a rien à voir avec les implantations, c’est dirigé contre le pays tout entier. » Et donc, réduit encore l’influence de la gauche opposée à l’occupation au sein de la population israélienne.

Signe des temps, Benjamin Netanyahu qui a conservé le portefeuille des Affaires étrangères a nommé au poste d’ambassadeur aux Nations Unies, Danny Danon, l’actuel ministre de la Science, dirigeant du Likoud, féroce opposant à la solution à deux états, critique virulent de Barak Obama et proche de Rick Perry le très républicain gouverneur du Texas. A Rome, ce sera l’italo-israélienne Fiamma Nirenstein, qui occupera l’ambassade d’Israël à Rome. Membre du parti de Silvio Berlusconi, ancienne députée au parlement italien, elle milite en Israël au sein du Likoud dont elle partage l’idéologie.

La diplomatie israélienne va désormais parler clairement le langage de l’annexion de fait.