Le Temple, Barnavi, Goldnadel et l’Intifada

Il fallait s’y attendre. Le débat sur les derniers événements en Israël s’étend dans la presse française. Aujourd’hui (28 octobre ) dans le Figaro où Elie Barnavi, historien et ancien ambassadeur d’Israël en France, s’exprime aux côtés de Maître Gilles William Goldnagel. Pour le premier, les attaques au couteau d’israéliens, à Jérusalem et en Cisjordanie sont le fait de jeunes palestiniens « enfants de Facebook … produit de l’atomisation de la société palestinienne, elle-même reflet et effet de l’occupation…  partis en mission suicide pour défendre la mosquée Al-Aqsa ». Que non, écrit le second « C’est l’islamisme et non les « colonies » en Cisjordanie qui est à l’origine des assassinats d’israéliens. » Le reste de l’argumentation de cet avocat, soutien indéfectible de la droite israélienne, est connu. Les territoires ne sont pas occupés mais disputés. Les Juifs doivent pouvoir vivre en Judée. Et puis, le mouvement palestinien serait, depuis le Grand Mufti, Hadj Amin el Husseini, imbibé d’islamisme radical. Bon, tout cela ne conduit pas à une solution à deux états, mais au maintien de la situation actuelle. L’occupation selon Netanyahu, comme on le verra plus loin.

Une entente

L’analyse de l’historien Barnavi mérite qu’on s’y attache. Effectivement, Benjamin Netanyahu n’a aucune intention d’autoriser les prières juives sur l’esplanade des Mosquées – mont du Temple. Cela embraserait la région. Déjà, dans l’urgence, il fallait parvenir à un accord avec le roi Abdallah de Jordanie. Le souverain, qui est le custode d’Al Aqsa, menaçait de rappeler son ambassadeur à Tel Aviv si le Premier ministre israélien ne s’engageait pas formellement à maintenir le statu quo sur l’esplanade et prenne des mesures en conséquences. John Kerry, le secrétaire d’état américain, a suggéré la mise en place de caméras de surveillance dans le site. Les parties ont accepté et l’opération est toujours en discussion. Les Palestiniens qui n’ont pas été consultés ne sont pas chauds. Le roi Abdallah a publiquement pris note de l’engagement de Netanyahu.

Dayan laisse le mont du Temple aux musulmans

Mais de quel statut s’agit-il ? Les premières décisions israéliennes sur les saintes Mosquées ont été prises peu de temps après la conquête de la vieille ville de Jérusalem par Tsahal le 7 juin 1967. Dix jours plus tard, Moshé Dayan, le ministre de la Défense a annoncé aux responsable musulmans réunis dans la mosquée Al-Aqsa : « Le Waqf, l’administration des biens musulmans, continuera de gérer ce lieu saint, libre de toute présence militaire, l’armée se tenant à l’extérieur de ses murs. Les Juifs, a-t-il-dit, seront autorisés à le visiter mais pas à y prier » Il expliquera plus tard dans une interview : « Étant donné que pour les musulmans, le mont du Temple est une mosquée où ils prient, et que pour les Juifs, il ne s’agit que d’un site historique rappelant le passé, […] le droit des musulmans à le contrôler doit être reconnu ».

Le Mur n’est pas saint

Le grand rabbinat a interdit aux Juifs de monter sur l’esplanade pour une raison religieuse fondamentale : nul ne connaît l’emplacement du Saint des Saints où seul le grand prêtre ne pénétrait qu’une seule fois par an. Dans tous les cas, il s’agit de maitriser l’élan messianique qui prend de l’ampleur. Et, le 27 juin, à la Knesset, Zerah Warhaftig, membre du parti national religieux, le ministre des Affaires religieuses, a déclaré, en présentant le texte d’une loi: « La Terre d’Israël est une Terre sainte où se trouvent des lieux saints de toutes les religions monothéistes. Sur la terre de nos ancêtres se trouvent les lieux saints de la religion d’Israël. L’ensemble de la terre est saint, mais il est des degrés dans la sainteté. Selon la Michna, dix degrés de sainteté ont été accordés à la Terre d’Israël, Jérusalem en a reçu huit avec, en son centre, le Mur occidental[1]. Selon nos sages, ce Mur, la présence divine ne l’a jamais quitté […]. » Le rabbin Shlomo Goren, aumônier général de Tsahal, était furieux. Jamais ce Mur n’a été considéré comme un lieu saint dans la tradition juive. Les responsables israéliens, politiques et religieux voulaient essentiellement éloigner les Juifs religieux de l’esplanade des Mosquées. Goren n’a pas été autorisé à y installer une synagogue .

Ni prière juive ni synagogue

La question se posera un an plus tard lorsqu’un avocat sioniste religieux s’adressera à la Haute cour de justice. Lors d’une discussion interministérielle, en mai 1968, Haïm Moshé Shapira, qui avait le portefeuille de l’intérieur a définit la position suivante : « Je propose de ne pas soumettre le problème au gouvernement. Si le gouvernement décide de ne pas autoriser la prière [juive] là- bas, cela ferait très mauvaise impression. Nous n’avons jamais dit que le mont du Temple appartenait tout entier aux Arabes. Nous n’avons jamais décrété que les Juifs n’avaient pas le droit de s’y rendre ou d’y installer une synagogue […] Ce qui est important pour nous, c’est de savoir si nous voulons transformer cette controverse que nous avons avec les Arabes en un conflit religieux très dur. Nous décidons donc que les policiers dirigeront les fidèles juifs vers le Mur occidental. » Les juges entérineront, deux ans plus tard, cette décision qui est, aujourd’hui encore, appliquée par la police israélienne. Officiellement, pour éviter des désordres, elle interdit la prière juive sur ce lieu saint islamique.

Monter, monter sur le mont

Shlomo Goren, n’était pas resté inactif, avec l’aide des experts du Génie de Tsahal, il a fait mesurer très exactement le mont du Temple et déterminé l’emplacement approximatif du Saint des Saints qui se trouverait là où se dresse le Dôme du rocher. Sur la base de ses travaux, le 2 février 1996, pour la première fois depuis l’antiquité, un collège rabbinique – en l’occurrence, le conseil des rabbins des implantations – a publié un jugement halakhique autorisant les Juifs à se rendre en certains endroits du mont du Temple. Ces rabbins du sionisme religieux sont allés encore plus loin le 9 mai 2003, en décrétant que c’était désormais une prescription religieuse que d’aller visiter ce lieu saint juif. Ils expliquaient : « En n’effectuant pas l’ascension sur le mont, nous déclarons au monde que nous n’avons pas de lien avec la montagne de Dieu et renforçons le sentiment des Arabes que le mont leur appartient. […] Nous lançons donc un appel à tous les rabbins en accord avec nous pour qu’ils visitent le mont du Temple et guident leurs fidèles pour qu’ils agissent en accord avec la Halakha. » Le ministre de l’Intérieur, Tsahi Hanegbi, du Likoud, a donné l’ordre à la police d’organiser ces visites et veiller à ce qu’elles se passent dans le calme.

Messianisme

Depuis, au fil des ans, du dimanche au jeudi, un nombre croissant de Juifs religieux, conduits par leurs rabbins, se rend sur l’esplanade. En parallèle, le mouvement messianique s’est considérablement développé. Les ONG israéliennes, Ir Amim et Keshev ont publié en mars 2013, un rapport sonnant l’alarme. Pas moins de 19 organisations et associations juives concernent directement le mont du Temple. Par exemple l’Institut du Temple qui œuvre à la reconstitution de tous les ustensiles nécessaires au culte dans le sanctuaire juif, lorsqu’il sera reconstruit. Couteaux divers destinés aux sacrifices d’animaux, uniformes des prêtres etc. Chaque année des dizaines de milliers d’élèves et de lycéens le visitent dans la vieille ville de Jérusalem. Le tout est subventionné par l’état qui accorde annuellement des centaines de milliers de Shekels à ces organisations messianiques. http://www.ir-amim.org.il/sites/default/files/Dangerous%20Liaison_0.pdf

Abbas out

Et si ce n’était que cela ! Des ministres, des députés affiliés au Likoud et à « Ha Beit Ha Yehoudi » (La maison juive), le parti des colons, se rendent sur l’esplanade. Les Palestiniens considèrent que ces visiteurs représentent le gouvernement d’Israël. Dans ces conditions, l’Autorité autonome exige le retour au statu quo qui existait avant 2003, où seuls quelques Juifs religieux venaient plus ou moins discrètement visiter l’esplanade. Ce n’est pas ce qui a été décidé. Mahmoud Abbas n’est pas partie de cet accord verbal entre Israël et la Jordanie. Il faut rappeler que dans le cadre du traité de paix avec Israël, le Royaume Hachémite s’est vu reconnaître « un rôle spécial » sur les lieux saints musulmans de Jérusalem. Le Waqf, l’administration des biens musulmans, qui administre le site, dépend donc de la Jordanie. Le Premier ministre israélien s’est contenté d’interdire aux députés et aux ministres israéliens de se rendre sur le mont du Temple. Les visites de groupes juifs religieux vont donc se poursuivre et les islamistes continueront d’utiliser cet argument pour inciter à la violence anti juive.

Arafat et les ruines romaines

Cela posé, une parenthèse : Oui, se fondant sur le Coran, les Musulmans considèrent qu’il n’y a jamais eu de Temple juif à l’emplacement d’Al Aqsa.. mais une « mosquée lointaine ».. Les exégètes juifs analysent des sources issues de la tradition islamique pour expliquer qu’en fait le calife Omar savait qu’il s’agissait d’un sanctuaire juif, lorsqu’il a conquis la ville en 637. C’est aller un peu loin dans l’analyse. Et les ruines du Temple d’Hérode ? J’ai posé la question à Yasser Arafat, début 2002.. Il m’a répondu, devant la caméra: « Nous n’avons pas trouvé de Temple juif, seulement des ruines romaines… »

Cohérence

Mais, revenons à l’analyse, du professeur Barnavi. Il relève : « Avec une majorité d’un siège à la Knesset, Netanyahu est autant prisonnier de ses faucons que de ses propres penchants » Là, il faut bien dire que le Premier ministre a choisi sa coalition gouvernementale selon son cœur, et son idéologie. Il savait parfaitement à qui il avait affaire. Par exemple, conservant le ministère des Affaires étrangères, il y a nommé, comme vice-ministre, Tsipi Hotovely, députée Likoud, activiste du mouvement pour le Temple. Le jour même où Netanyahu répétait que le statut quo serait maintenu, elle a déclaré dans une interview à la chaine parlementaire qu’elle rêvait du moment où le drapeau israélien flotterait sur le mont du Temple… Même avec une majorité d’un seul siège, ce gouvernement est un des plus idéologiques, solides et cohérents que le pays ait connu. Les penchants de Netanyahu ? C’est en fait sa vision de toujours. Une solution à deux états ? Peut être un jour, mais à ses conditions !. Et de toute manière, dit-il : « Israël devra garder le contrôle totale de ces territoires pour un avenir prévisible. On me demande si nous devrons vivre éternellement l’épée à la main ? Je réponds oui ! »

Pour rappel, mon livre : Au nom du Temple. Israël et l’irrésistible ascension du messianisme juif. http://www.seuil.com/livre-9782021044072.htm

Et mon film : Au nom du Temple : https://www.youtube.com/watch?v=2C0tsI-omWw

[1] L’expression « Mur des Lamentations » date de l’époque du mandat britannique qui a débuté en 1917. Pour le judaïsme, c’est le Mur occidental du Temple d’Hérode

Le chauffeur de taxi et Hitler

La discussion avec le chauffeur de taxi qui, vendredi dernier vers 11heures, m’emmenait vers le quartier des garages de Talpiot à Jérusalem, a mal débuté. Il m’avait lancé : « Alors.. Que dis tu ? Hitler ne voulait pas exterminer les Juifs. Seulement les expulser. ». Il s’agissait de la déclaration de Benjamin Netanyahu quatre jours plus tôt : « [Le Grand Mufti de Jérusalem] Haj Amin Al-Husseini est allé voir Hitler en disant : “Si vous les expulsez, ils viendront tous ici.” “Que dois-je faire d’eux ?”, demanda-t-il. Il a répondu : “Brûlez-les. » Donc, selon cette logique, l’idée d’exterminer les Juifs serait palestinienne. Je tente d’expliquer à cet israélien que la Shoah avait débuté bien avant la rencontre entre Hitler et le Mufti, que les nazis n’avaient pas besoin des conseils d’un dirigeant arabe. Voyant mon énervement, le chauffeur s’est excusé. Apparemment, je ne l’ai pas convaincu.

Israël et la Tchécoslovaquie

Pour ma part, je n’étais pas surpris outre mesure par cette déclaration du Premier ministre, mardi dernier devant le 37e Congrès sioniste mondial, à Jérusalem. Je me souvenais vaguement d’une accusation identique en janvier 2012 à la Knesset. Des collègues l’ont retrouvée : « Haj Amin Al-Hussein persuada Hitler plus que quiconque de conduire la solution finale. Ne pas laisser les juifs partir de peur qu’ils ne viennent en Palestine, mais les annihiler, les brûler. » A l’époque cela me paraissait correspondre tout à fait à la vision qu’avait Netanyahu du monde arabe en général et des palestiniens en particulier. D’abord, dans ses livres où la référence à la seconde guerre mondiale est permanente. En avril 1993, dans « A Place Among The Nations », il écrivait : « Comme la Tchécoslovaquie [en 1938], Israël est une petite démocratie. […] Les régimes arabes ont lancé une campagne pour persuader l’Occident que les habitants arabes [des collines de Cisjordanie] (comme les Allemands des Sudètes, qui représentaient un tiers de la population) sont un peuple à part qui a droit à l’autodétermination. […] Le fait que les Arabes ont emprunté [des arguments] aux nazis n’est pas surprenant. Il ne se passe pas un jour sans qu’un éditorial lugubre ou un commentaire politique ne paraisse en Amérique ou en Europe, demandant à Israël d’accepter la même sentence que celle qui a été exigée de la Tchécoslovaquie. Le monde voudrait contraindre Israël à se satisfaire d’une étroite bande côtière, dominée par un État palestinien hostile et « judenrein sur ces collines qui sont le codeur même du foyer juif »[1] Le 23 septembre, après la conclusion des accords d’Oslo avec l’OLP, au cours du débat parlementaire, Netanyahu, alors chef de l’opposition, lançait à Shimon Pérès : « Vous êtes bien pire que Chamberlain qui avait porté atteinte à la sécurité et à la liberté d’une autre nation. Vous, vous l’avez fait au détriment de votre propre peuple » Ce fut le thème principal de la campagne de communication de la droite et des sionistes religieux contre le processus d’Oslo: « L’accord avec l’OLP est un nouveau Munich. » Arafat serait donc un nouvel Hitler.

Sadate et Hitler

Il faut toutefois reconnaître que Netanyahu n’a pas la primeur de cette comparaison. Idith Zertal, dans son ouvrage  « La nation et la mort, La Shoah dans le discours politique d’Israël » rappelle que David Ben Gourion, lors du Conseil général sioniste, à Zurich en aout 1947 avait établi l’équation : « arabes = nazis » : « Ce ne seront pas nos adversaires politiques (les Britanniques) qui se dresseront contre nous, mais les disciples et même les maîtres d’Hitler qui ne connaissent qu’une manière de régler le problème juif – la destruction totale. Aujourd’hui, l’objectif de l’attaque arabe n’est pas le pillage, le terrorisme, où l’arrêt de la colonisation sioniste mais son éradication. [2]». De fait, deux ans après la fin de la seconde guerre mondiale, et la libération des camps de la mort en Europe, la propagande arabe promettait la destruction de « l’entité sioniste ». C’était également le thème principal des radios arabes – aussi en hébreu- durant les semaines qui ont précédé la guerre de Six jours, en juin 1967. Elles promettaient de « rejeter à la mer les Juifs qui ne seront pas massacrés ». Plus tard, en dépit des premiers accords de désengagement avec l’armée égyptienne, après la guerre du Kippour en octobre 1973, la propagande israélienne qualifiait Anouar el Sadate de « Hitler des sables ». Cela n’a pas empêché l’ensemble de la classe politique israélienne de recevoir le président égyptien avec tous les honneurs, lors de sa visite historique à Jérusalem en novembre 1977.

Netanyahu et le neveu du Mufti

En juin 1982, Israël a déclenché la première guerre au Liban pour en expulser l’OLP, qui menaçait la haute Galilée. Pour Menahem Begin, c’était une guerre juste et il comparait Yasser Arafat à Adolf Hitler. Un thème largement repris par certains éditorialistes. Herzl Rozenblum, et le rédacteur en chef du Yediot Aharonot, le plus grand quotidien israélien écrivait : «  Arafat, s’il en avait le pouvoir, nous ferait des choses qu’Hitler n’imaginait même pas. »[3] . Arafat, qui serrera la main d’Yitzhak Rabin sur la pelouse de la Maison blanche à Washington, le 13 septembre 1993 puis celle de Benjamin Netanyahu, le 4 septembre 1996 lors d’une rencontre au barrage d’Erez à l’entrée de Gaza. En l’occurrence, le Premier ministre ne rappelait pas que le chef de l’OLP était le neveu du Grand Mufti Hadj Amin El Husseini. C’était dans le cadre du processus d’Oslo, et l’opinion publique israélienne – ainsi que la communauté internationale conduite par les États Unis de Bill Clinton – exigeaient du chef du gouvernement qu’il poursuive les négociations avec les Palestiniens.

Mahmoud Abbas et la propagande nazie

Vingt ans plus tard, la situation a changé. La seconde Intifada, avec sa répression et les attentats suicides, a fait basculer les opinions publiques de plus en plus méfiantes l’une de l’autre. Gaza dont Israël s’est retiré unilatéralement en 2005, est contrôlé par le Hamas et, en Cisjordanie, le nombre d’israéliens a plus que doublé pour atteindre 400 000. Tout cela, sans même parler du problème insoluble d’Al-Aqsa/mont du Temple, rend quasi impossible la création d’une Palestine indépendante. Pour son quatrième mandat, Benjamin Netanyahu est à la tête d’un gouvernement de droite dont le programme ne prévoit pas de concessions territoriales à l’OLP ou un éventuel état palestinien. Il n’a plus besoin de masquer son idéologie fondamentale. En attribuant la responsabilité de la Shoah au Mufti Hadj Amin El Husseini, il redéfinit le message destiné au public israélien. Israël fait face à une menace fondamentale, hitlérienne. Youval Steinitz, le ministre de l’Énergie et proche de Netanyahu a qualifié les critiques formulées par Mahmoud Abbas de « propagande nazie ».  Israël Hayom, le grand quotidien gratuit, pro Likoud, a accordé ce vendredi une page entière aux projets du Mufti, qui voulait -parait-il – construire des fours crématoires dans le nord de ce qui est aujourd’hui la Cisjordanie. Visiblement la paix n’est pas possible avec une telle nation. La campagne de communication est en marche.

Ce dimanche, 25 octobre, l’écrivain David Grossman, analyse la vision du monde de Netanyahu dans le quotidien Yediot Aharonot, qui lui a consacré une page entière. Il conclut : « Toute personne entendant le discours de Netanyahu découvrait ce qu’il contemplait en lui même. Le système qui lui permet, presque mécaniquement, d’effacer la réalité et transformer l’occupation, la répression [des palestiniens] en une situation où nous sommes les persécutés et les victimes. […] » Je ne suis pas sur que mon chauffeur de taxi comprenne cela.

[1] Benjamin Netanyahu, A place Among The Nations . Israel and the World. P.55

[2] Idith Zertal. P141.

[3] Cité par Daniel Bar Tal. Living with the conflict (en hébreu) Ed. Carmel. Jérusalem. 2007. P. 131.

Les raisons de la colère

Les analystes, israéliens et palestiniens, estiment que l’actuel cycle de violence a débuté le 31 juillet avec l’attentat de Duma, un village de Cisjordanie, situé à 25 kilomètres de Naplouse. Entre deux et quatre heures du matin, des inconnus ont brisé des vitres de la maison de la famille Dawabsheh, avant d’y lancer des cocktails Molotov. Ali, un nourrisson de 18 mois est mort, brulé vif. Le père Saad, et la mère, Riham, souffrant de brulures au troisième degré sur plus de 80% sont décédés plus tard dans des hôpitaux israéliens. Le fils 4 ans, lui même brulé à 60% est toujours hospitalisé. Les slogans e hébreu : « Vengeance » et « Longue vie au roi Messie » étaient taguées sur un mur. Des voisins palestiniens affirment avoir aperçu deux hommes masqués s’enfuir en direction de la colonie Maaleh Ephraïm toute proche. Plusieurs personnalités de droite et proches du mouvement de colonisation ont laissé entendre que cet attentat était le fait des palestiniens eux même. Une théorie reprise aux États Unis par Morton Klein, le patron de la très Likoud Organization of America. Mais, une semaine plus tard l’armée a fait savoir que c’était sans aucun doute un acte de terrorisme juif. http://www.timesofisrael.com/yaalon-we-know-who-perpetrated-the-duma-attack/ Moshé Yaalon, le ministre de la défense a révélé que les autorités connaissaient l’identité des criminels mais, a t-il dit : « Il n’est pas possible de les traduire en justice, car nous devons protéger nos sources » Plusieurs militants israéliens de l’extrême droite religieuse ont été interpellés et placés en détention administrative, sans procès.

Couteaux

A l’heure actuelle, ces terroristes juifs courent toujours et des personnalités palestiniennes ne manquent pas de rappeler : « Si un tel attentat avait eu lieu dans une localité juive, les villages palestiniens avoisinant auraient certainement été placés sous couvre feu, des dizaines de personnes auraient été interpellées et interrogées jusqu’à la découverte des coupables ». Benjamin Netanyahu a appelé Mahmoud Abbas pour lui exprimer ses condoléances et promettre qu’il luttait contre le terrorisme quelqu’en soit les auteurs. Des manifestations ont eu lieu en plusieurs endroits de Cisjordanie, réprimées par l’armée. Le 9 août, à une station service près de Modiine, un israélien a été sérieusement blessé à coup de couteau par un jeune palestinien. L’assaillant a été abattu par des militaires, cela alors qu’il était assis sur le sol et n’était plus menaçant, selon des sources palestiniennes. http://www.haaretz.com/news/diplomacy-defense/.premium-1.672252 Le 16 aout, alors que la tension s’accroit, deux nouvelles attaques à l’arme blanche ont eu lieu à des barrages en Cisjordanie. Bilan : deux militaires blessés, ainsi qu’un des assaillants. Le second a été tué.

Des tirs

Les palestiniens accusent les forces israéliennes d’avoir la gâchette facile. Il en veulent pour preuve ce qui s’est déroulé le 22 septembre à un « check point » dans Hébron. Hadeel al-Hashlamun, une étudiante âgée de 18 ans, a été abattue de 10 balles par un soldat. L’armée affirme qu’elle était menaçante et s’approchait du militaire avec un couteau. Les témoins palestiniens ont une version différente, appuyée par des photos prises à l’aide de Smartphones :

Hébron

Voici leurs témoignages, avec les photos prises sur place : http://www.dailymail.co.uk/news/article-3247302/Pictured-18-year-old-university-student-photographed-moments-shot-dead-Israeli-soldiers-checkpoint.html Hier soir, dimanche, après l’attentat au cours duquel deux israéliens ont été tués et trois autres, blessés, un jeune palestinien a blessé à coup de poignard un adolescent israélien près de la porte de Damas. L’attaquant a pris la fuite. Il a été rattrapé et abattu, sous les cris de spectateurs : « Tire lui dessus ! » https://www.facebook.com/BDSBarkan/videos/1674515416122652

Aj Aqsa

Ces images, diffusées sur les médias sociaux palestiniens ont encore fait monter la tension déjà très vive en raison des incidents répétés sur Al-Aqsa, l’esplanade des mosquées, le troisième lieu saint de l’Islam. C’est aussi, pour le Judaïsme, le Mont où se dressait le Temple d’Hérode il y a 2000 ans. Des Juifs religieux, de plus en plus nombreux s’y rendent sous la protection de la police. Les musulmans sont persuadés qu’Israël va en changer le statut pour y permettre la prière juive, avant de reconstruire un sanctuaire à la place des mosquées. Ce que dément formellement le gouvernement israéliens. Mais, ces visites durant la fête juive de Souccot, sur le site du mont du Temple, ne sont pas faites pour ramener le calme.   http://the–temple.blogspot.co.il/2015/09/blog-post_30.html  

Un autre genre de montage vidéo, circulant sur des sites extrémistes est explicite: https://www.facebook.com/MivzakimIL/videos/929593843743365/  Sur place, les accrochages entre jeunes palestiniens et la police sont de plus en plus fréquents, suscitant de vives réactions dans le monde arabe. En voici quelques images. http://www.ibtimes.co.uk/israeli-police-palestinians-clash-after-muslim-men-under-40-were-barred-jerusalems-al-aqsa-1522203 Sur le sionisme religieux, l’importance de ce lieu saint pour les deux religions, regardez mon film diffusé en avril dernier par France 2 : https://www.youtube.com/watch?v=2C0tsI-omWw

Intifada?

Hier soir et durant la nuit – nous sommes le 4 octobre, plus d’une centaine de palestiniens ont été blessés au cours d’accrochages avec l’armée et la police israélienne en Cisjordanie.  La vieille ville de Jérusalem est bouclée, interdite au palestiniens qui n’y résident pas. Les opérations militaires se poursuivent. Nahoum Barnea, le célèbre éditorialiste du quotidien Yediot Aharonot annonce que nous sommes désormais dans la troisième Intifada. Peut être. On saura, au cours des prochains jours si c’est le cas. En tout cas, les chefs militaires israéliens considèrent que la situation peut encore évoluer et qu’on est encore loin d’un soulèvement en bonne et due forme. Tout dépendra des décisions des politiques.

Israël-Palestine se résigner et attendre l’embrasement

En début de soirée, le premier octobre, sur la route entre les colonies Eilon Moreh et Itamar, à l’est de Naplouse, Eitam et Naama Henkin ont été abattus par des palestiniens armés de Kalachnikov. Ils revenaient d’une réunion d’anciens étudiants de la yeshiva Merkaz Ha Rav et se dirigeaient vers leur domicile dans la colonie Neria, près de Ramallah. Leurs quatre enfants âgés de 9 ans à 6 mois ont été épargnés. Selon les experts militaires israéliens, ce serait un message des meurtriers : nous n’attaquons que les colons, pas leur progéniture en bas Age. Il n’empêche, assassiner des parents, colons ou non, devant leurs enfants est un crime. C’est l’instant décrit ainsi par Albert Camus (L’Express 28.10 1955) : « Quand l’opprimé prend les armes au nom de la justice, il fait un pas sur la terre de l’injustice ». La transformation du révolté en bourreau.

Souveraineté de facto

La descente en enfer paraît inexorable. D’une semaine, d’un mois, d’une année à l’autre le niveau de violence et de répression va en augmentant. Les Palestiniens, leurs dirigeants, l’homme de la rue, savent que la probabilité d’accéder à l’indépendance de leur état est quasi nulle. Ils suivent et publient toutes les déclarations des responsables israéliens. Par exemple, Madame Tzipi Hotovely, la vice ministre des Affaires étrangères, proclamant : « Un retrait de Judée – Samarie ne fait pas partie de la liste des options que nous offrons aux Palestiniens. Le monde doit réaliser que la Judée Samarie restera sous la souveraineté de facto d’Israël. Ceci n’est pas une monnaie d’échange et ne dépend pas de la bonne volonté des Palestiniens. C’est la terre de nos ancêtres. Nous n’avons pas l’intention de l’évacuer, certainement pas pour y laisser l’État islamique, Al Qaeda, ou une autre organisation extrémiste qui, certainement, gagnerait le contrôle de ce territoire. » Et de constater qu’avec l’actualité internationale absorbée par l’affaire iranienne, l’État islamique, les vagues de réfugiés arrivant en Europe, et la crise grecque : « Les Palestiniens ont un problème. Dans le passé, la communauté internationale réagissait follement à chaque manipulation palestinienne. Aujourd’hui le monde est bien moins attentif à la  ‘’souffrance palestinienne’’. Les gens doivent comprendre que cela ne résoudra pas le problème » http://www.timesofisrael.com/eu-labeling-of-west-bank-goods-is-a-red-line-israels-top-diplomat-warns/

Pas d’état palestinien

Madame Hotovely a été nommée à ce poste par le chef du gouvernement qui conserve la haute main sur les Affaires étrangères. En l’occurrence, Benjamin Netanyahu. Il a déclaré durant la campagne électorale, en mai dernier : « Moi, élu, il n’y aura pas d’état palestinien ». Mahmoud Abbas se doutait bien que l’objectif du premier ministre sortant n’était pas d’œuvrer pour une Palestine indépendante. La coalition gouvernementale, qui a vu le jour après le scrutin, l’a confirmé. Le processus d’Oslo, dont le président de l’Autorité autonome fut un des principaux architectes est un échec. « Mort peut être mais pas enterré ! » m’a répondu en Twitter Aharon Miller, ancien conseiller de Bill Clinton. Le cimetière d’Oslo attend !

Al Aqsa et le mont du Temple

En quittant son QG à Ramallah, pour se diriger vers le poste frontière du pont Allenby – après avoir dument demandé aux autorités israéliennes l’autorisation de franchir les checkpoints – Abbas constate, en regardant autour de lui, que les colonies s’élargissent de semaine en semaine. 400 000 israéliens habitent aujourd’hui la zone C qui s’étend sur 60% de cette peau de panthère qu’est devenue la Cisjordanie. Plus que jamais, un accord paraît impossible en raison du point de fixation qu’est, à Jérusalem Est, Al Aqsa, le troisième lieu saint de l’Islam, qui est aussi le mont du Temple pour le Judaïsme. De plus en plus nombreux, des Juifs religieux le visitent cinq jours par semaine sous la protection de la police. Certes, ils n’ont pas le droit d’y prier à voix haute, mais pour les palestiniens, et le monde musulman, ces groupes de jeunes coiffés de kippas, accompagnés de leurs rabbins, sont annonciateurs de la volonté d’Israël de changer le statut de ce lieu saint islamique. Benjamin Netanyahu dément et affirme que ce n’est absolument pas le cas. Il l’a répété au roi Abdallah de Jordanie, mais en accusant le Waqf, l’administration musulmane – qui dépend d’Amman- d’autoriser des jeunes lanceurs de pierres palestiniens à y affronter la police.

Chaussures

Le premier octobre au cours d’une réunion des pays donateurs à l’Autorité palestinienne aux Nations Unis à New York, Mme Hotovely a, dans son discours, expliqué aux délégations présentes que traditionnellement, les Juifs, qui se rendent sur le mont du Temple durant la fête de Souccot, sont bénis. Elle a accusé Mahmoud Abbas d’inciter à la violence en déclarant que les Israéliens se rendant à Al Aqsa profanent ce lieu saint avec leurs chaussures. Nasser Judeh, le ministre jordanien des Affaires étrangères qui prenait ensuite la parole, a mis de côté son discours pour lui répondre : « Lorsque des militaires israéliens pénètrent dans la mosquée Al Aqsa avec des chaussures, ils portent atteinte à la sensibilité d’un milliard et demi de musulmans de par le monde » Évoquant les permis de travail en Israël accordés au Palestiniens selon Hotovely, il a ajouté : « A l’entendre on pourrait croire que la situation en Cisjordanie n’a jamais été meilleure. Il semble que pour elle, il est inutile de négocier une solution à deux états. Israël peut se contenter de faire quelques gestes économiques ! »

La résignation

La marge de manœuvre de Mahmoud Abbas est donc extrêmement limitée. Il a fini par réaliser que sa stratégie tournée vers les États Unis est un échec. Les relations tendues entre Barack Obama et Benjamin Netanyahu ne se sont pas traduites par un rapprochement entre le dirigeant palestinien et le président américain qui n’a aucun soutien au congrès, pour, le cas échéant, faire pression sur Israël. Inutile de revenir sur l’échec de la mission du secrétaire d’état John Kerry en 2014. Tactiquement, Abbas considère qu’il n’a plus que deux voies possibles. Proclamer l’échec du processus de paix, dissoudre l’Autorité autonome, rendre les clés de la sécurité et de l’administration des zones A et B de Cisjordanie à Israël. Ou bien – peut être simultanément- obtenir de l’Onu une déclaration définissant la Palestine comme un état sous occupation. Évidemment cela plongerait la région dans une crise encore plus grave.

A Washington, comme dans les capitales européennes, on s’est résigné à laisser la situation dégénérer en attendant une crise si grave qu’Israël sera bien obligé de demander l’intervention de la communauté internationale. La résignation c’est donc attendre l’événement catastrophique capable d’embraser la région.

(papier écrit au moment où se déroulait un nouvel attentat au couteau dans la vieille ville de Jérusalem. Deux israéliens tués. Trois blessés dont deux graves et un enfant de deux ans légèrement touché. Le palestinien auteur de l’attaque, tué par un policier. Il était âgé de 19 ans. ) C.Q.F.D.

Lignes rouges en Syrie?

Benjamin Netanyahu a été le premier à réaliser que le conflit syrien était entré dans une nouvelle phase. Dés l’arrivée d’intercepteurs Sukhoï 27 sur l’aéroport de Lataquieh dans l’enclave alaouite, il s’est empressé, accompagné de son chef d’état major et du général commandant les renseignements militaires, d’aller rencontrer Vladimir Poutine près de Moscou. Un déplacement urgent, effectué la veille du jeune de Kippour. Il fallait tout d’abord établir une coordination opérationnelle pour éviter un accrochage dans l’espace aérien syrien. En principe cela signifie échanger des codes transpondeurs permettant aux radars israéliens et russes d’identifier les appareils en vol, ou établir une ligne directe entre les état-major à Tel Aviv et à Moscou. Une fois ces questions réglées, les deux hommes ont, pendant deux heures et demi, évoqué l’ensemble de la situation en Syrie et en particulier les deux lignes rouges qui systématiquement entrainent des réactions israéliennes. Toute attaque venue du territoire syrien sur le Golan entrainera une riposte. Là, Poutine a dit, en recevant Netanyahu, qu’il condamnait ces bombardements. Et puis, Israël entend empêcher les transferts de d’armement sophistiqué syrien au Hezbollah libanais. A plusieurs reprises, ces dernières années, des convois transportant des missiles et des entrepôts ont été détruits par des raids aériens près de Damas. Le président russe a t-il obtenu des assurances que le nouveau matériel militaire qu’il livre à l’armée d’Assad ne sera pas transféré à la milice libanaise ? Étant désormais le patron il en a certainement la possibilité.

Le cheval de Poutine

Poutin a répété a son interlocuteur que son principal l’objectif était le maintien au pouvoir de Bashar Assad et ensuite de combattre Daesh et, dans ce cas, il ne faudrait pas que l’aviation israélienne intervienne à Damas. La liberté de manœuvre de Tsahal dans le ciel Syrie est donc désormais limitée. Pour les analystes au ministère de la défense à Tel Aviv, comme dans les think-tanks à Moscou, une défaite du président syrien serait interprétée dans le monde comme un échec russe. Georgy Mirsky, un expert de la Haute école économique de Moscou, explique : « Poutine a parié sur Assad il y a quatre ans et n’a pas bougé depuis. Il est prisonnier de ce pari. Si vous pariez sur un cheval et qu’il arrive dernier .. Cela vous fait passer pour un perdant ». D’autres commentateurs ajoutent, qu’en l’occurrence, la Russie est tout simplement entrée dans le vide créé par les hésitations américaines au Proche-Orient. http://foreignpolicy.com/2015/09/25/russias-game-plan-in-syria-is-simple-putin-assad/

Sur le fond, Israël n’a pas pris position publiquement sur l’avenir d’Assad et son régime se contentant de suivre la situation de près, tout en accordant un soutien limité à l’opposition démocratique, et sa milice non djihadiste l’Armée syrienne libre. Près de deux mille civils et combattants, certains venant même de secteurs proches de Damas, ont été soignés dans les grands hôpitaux du nord d’Israël. Cette aide humanitaire se poursuit à Safed et à Nahariyya, où se trouve un grand service de neurochirurgie. A ce propos, voir le sujet que j’avais réalisé début janvier 2014 et, qui France 2 n’y trouvant d’intérêt, a été diffusé sur mon blog : (http://geopolis.francetvinfo.fr/charles-enderlin/2014/01/08/les-blesses-syriens-soignes-en-israel.html)

Pour mémoire :

Le conflit syrien a débuté en mars 2011 par des manifestations pacifiques contre le régime baasiste, rassemblant, au fil des mois, des centaines de milliers de personnes. Assad a réagi en donnant l’ordre à son armée et à sa police d’ouvrir le feu sur les civils. Une trentaine de mouvements d’opposition se sont regroupés au sein d’un « Conseil national syrien », où les Frères musulmans étaient majoritaires. C’est, très vite, la descente aux enfers que Jean-Pierre Filliu raconte dans son ouvrage « Les Arabes leur destin et le nôtre » ( Ed. la Découverte). Face aux massacres commis par le régime syrien, le CNS est impuissant. Fragilisé par l’absence de reconnaissance internationale, cette coalition fini par éclater. Jabhat al-Nusra, lié à Al Qaida, commet des attaques suicides condamnées par l’opposition démocratique. En aout 2012, Barack Obama fixe une ligne rouge à Assad : il ne doit pas utiliser les armes chimiques. Le président syrien comprend que tout le reste lui est permis. L’artillerie lourde, les missiles Scuds, l’aviation et les barils d’explosifs sont utilisés contre des quartiers entiers. Européens et américains refusent de livrer des missiles anti aériens et anti chars à l’ASL libre, de peur qu’ils ne tombent entre les mains des djihadistes. Un an plus tard, Assad fait bombarder les banlieues de Damas avec des obus chimiques. Il y a plus de 1300 morts. L’administration américaine et la présidence française prépare des frappes aériennes contre le régime Assad. A la dernière minute Obama change d’avis. Un accord est conclu avec l’aide des russes. La Syrie est désarmée de ses armes chimiques. « L’opposition crie à la trahison et rappelle que la plupart des victimes ont été tuées par des armes conventionnelles et la torture. » (J.P Filiu. P.232-233) Selon le haut commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme, le conflit a fait près de 200 000 morts, dont la moitié des civils. L’observatoire syrien des droits de l’homme estime à près de 13 000, dont 108 enfants, le nombre de détenus tués dans les prisons de régime. Environ 20 000 autres prisonniers sont portés disparus.

L’axe chiite

De quoi mener Bashar Assad devant la Cour pénale internationale de La Haye sous l’accusation de crime de guerre. Également, il faut le constater, les autres milices et organisations qui combattent en Syrie et en Iraq. Daesh devrait , sans aucun doute, répondre du crime de génocide pour les massacres de Yézidis, de chrétiens et de syriens. Dans son ouvrage « Irak, la revanche de l’Histoire, de l’occupation étrangère à l’État islamique » (Éditions Vendémiaire) Myriam Benraad en trace les origines à la marginalisation des sunnites irakiens par le pouvoir chiite mis en place à Bagdad par l’intervention américaine en 2003. Une guerre qui a transformé la carte politique du monde arabe. Il faut dire que les dirigeants européens et l’administration Obama n’ont commencé à vraiment s’inquiéter du développement de Daesh qu’avec les exécutions d’occidentaux devant les caméras en Syrie. Les derniers attentats, l’arrivée de centaines de milliers de réfugiés en Europe sont la conséquence directe de décennies d’erreurs, de fautes et des politiques coloniales menées par les grandes puissances dès les débuts du siècle dernier. Et la crise n’est qu’à ses débuts.

Bombarder l’opposition démocrate

Par son déploiement militaire en Syrie et le renforcement de son alliance avec Bagdad et Téhéran, Vladimir Poutine se place résolument dans l’axe chiite, face au monde sunnite. Il rejette l’opposition démocratique syrienne. Et de fait, ce matin, après avoir averti les Israéliens et les Américains, son aviation a commencé à bombarder des secteurs où opère l’ASL. Le groupe armé soutenus par les Etats Unis et la France. Les russes démentent, et affirment n’avoir attaqué que des cibles de l’Etat islamique. A Paris, le ministre de la défense Yves le Drian a déclaré à l’Assemblée nationale :  « Les forces russes ont frappé en Syrie, c’est désormais public, et curieusement elles n’ont pas frappé Daech » Sur le terrain aussi, le message est clair : la stratégie de Poutine est de combattre l’opposition à Bashar Assad,  démocratique ou djihadiste. Pourvu qu’elle soit sunnite.

Cobra et autres espions

Intitulé « Bogued » (en français : Traitre) Le livre a trainé plusieurs mois sur la table de la commission ministérielle du renseignement avant d’être approuvé. Finalement la censure militaire en a autorisé la publication. De fait, son auteur est un ancien haut fonctionnaire des services de sécurité israéliens dont le nom est censuré. Il signe l’ouvrage sous le nom d’emprunt : « Jonathan de Shalit ». Ce formidable roman d’espionnage raconte la chasse à une taupe soviétique infiltrée au plus haut niveau de l’establishment. L’histoire commence avec la confession d’une vieille dame malade à un curé en Allemagne. Ancienne employée de la Stasi, elle révèle qu’un traitre dont le nom de code est « Cobra » livre les secrets les plus importants d’Israël aux services russes. A Jérusalem, le président de l’état, confie à un ancien patron du Mossad la tâche de découvrir la taupe sans en informer qui que ce soit au sein des divers services. Je ne dévoilerai pas la suite de l’histoire. Seulement qu’Éphraïm Halévy, lui même ancien directeur du Mossad, a déclaré qu’un tel scénario était parfaitement crédible. On ne saura probablement jamais pourquoi les autorités israéliennes ont mis aussi longtemps à autoriser le manuscrit ni ce qui en a été censuré.

Peut être !

Pour ma part, la lecture de « Bogued » m’a ramené à des histoires d’espionnages rencontrées au cours des recherches dans le cadre de mes livres. Par exemple, au sujet d’une importante personnalité politique israélienne que j’ai fini par soupçonner. Rien de concret. Mais des liens circonstanciels bizarres. Finalement, un jour dans les années 90, rencontrant David Kimchi, ancien numéro 2 du Mossad, après l’avoir longuement interviewé sur son rôle dans la première guerre au Liban, je décide de poser la question : « je crois que X a été ou est une taupe soviétique ! » Je lui explique les éléments dont je dispose tout en ramassant mes affaires, prêt à sortir s’il me met à la porte. Kimchi, réfléchit longuement et me répond : « Tu sais quoi ! Peut être ! » Pour en savoir plus il faudra aller consulter les archives du KGB si elles finissent par être accessible.

Le micro dans le fauteuil

J’ai publié quelques anecdotes sur le travail des services israéliens. Dans mon livre, « Paix ou guerres », pages 620- 623. En pleine campagne électorale, en mars 1992, les contacts secrets indirects entre Yitzhak Rabin, le chef de l’opposition travailliste et Mahmoud Abbas, le N° 2 de l’OLP. Ancien ministre de la défense, Rabin savait que le dirigeant palestinien était littéralement assit sur un micro du Shin Beth israélien. Extrait:

« Fin mars, Saïd Kna’an, responsable du Fatah à Naplouse, est convoqué au Caire par Saïd Kamal, son cousin qui lui fait rencontrer Abou Mazen en compagnie de son cousin. Les deux hommes lui annoncent que l’O.L.P. a décidé d’établir un contact secret avec l’entourage d’Yitzhak Rabin. Kna’an retourne à Naplouse et appelle Éphraïm Sneh, qu’il connaît personnellement. « Nous devons nous rencontrer, dit-il. J’ai des choses à vous dire. »

Rendez-vous est pris deux jours plus tard à l’hôtel Daniel à Herzliya. Sneh écoute et promet une réponse un peu plus tard. Début avril, il convoque Kna’an dans le même hôtel : « Nous sommes prêts à établir un dialogue avec vous. La condition préalable est le secret absolu. Vos gens à Tunis ne sont pas crédibles de ce point de vue. A plusieurs reprises dans le passé, ils ont laissé filtrer des informations sur des contacts avec votre organisation. Si cela devait arriver, nous démentirons tout et ce sera la fin de notre dialogue. Je vais vous lire un texte. Vous prendrez des notes. Nous n’échangerons aucun document :

1 – Veuillez éviter toute expression de sympathie ou de soutien au parti travailliste ou à Meretz. N’exprimez aucun espoir « qu’avec le parti travailliste, vous pourrez négocier ».

2 – Faites pression sur les députés [arabes israéliens] Daraouché et Miari afin qu’ils forment une liste commune, mais ne les soutenez pas ouvertement. Cette liste commune devrait conclure un accord de transfert d’excédent des voix avec le Rakah [le parti communiste]. Il ne faut pas que des voix se perdent au Likoud. Chaque voix arabe compte.

3 – Encouragez les Arabes israéliens à voter. Surtout pas en faveur d’un parti qui soutient les implantations dans les territoires. Attention ! Le Likoud et certains partis de droite achètent des votes chez les Bédouins. (…)

4 – N’interrompez pas les négociations de Washington et ne les présentez pas comme un succès d’Yitzhak Shamir. Ne faites pas de provocations à Washington, ne soulevez pas maintenant la question de Jérusalem ou celle du statut final. Si vous parlez trop de Jérusalem et d’un état palestinien, cela encouragerait le Likoud qui aurait là une raison de ne pas continuer les pourparlers. Soulevez la question du gel des implantations en échange de la fin du boycottage arabe. Cela embarrasserait le Likoud. »

Sneh rappelle à son interlocuteur qu’en 1988, un attentat, à la veille du scrutin, avait fait perdre au moins deux sièges au parti travailliste. Shamir avait conservé le poste de premier ministre. « Arafat doit être au Caire dans quelques jours. Transmettez-lui tout cela ainsi qu’à Abou Mazen, mais faites attention, il ne faut pas que les Égyptiens soient au courant, ils le diront aux Américains et il y aura des fuites… Ne parlez pas de tout cela dans un bureau, mais dans un lieu public, dans un jardin. Tout est écouté… » Retraité, un ancien du Shin Beth, me racontera qu’il entendait même le bruit des intestins d’Abou Mazen. Saïd Kamal, est le responsable palestinien qui, avec Hani El Hassan, proche d’Arafat, a mené de la négociation secrètes avec le général (ret.) Shlomo Gazit et Yossi Guinossar du Shin Beth les représentants du gouvernement israélien en 1985-1986.

Le mur d’Arafat

Les écoutes sont omniprésentes dans l’histoire israélo-arabe. Les palestiniens partent du principe que tout ce qui se dit dans la Moukata, le QG d’Abbas à Ramallah est écouté par les Israéliens.  Un jour, dans les années 90, un contrôle a permis de découvrir des micros sophistiqués dans un mur du bureau de Yasser Arafat. Les services israéliens apprennent très vite que Jibril Rajoub, le chef de la sécurité préventive en Cisjordanie s’apprête à remettre l’appareil à un représentant des services français. Immédiatement, un patron du Shin Beth appelle l’intéressé et lui explique les raisons pour lesquelles il a tout intérêt à le restituer à ses propriétaires israéliens. Ce qui a été fait. Aujourd’hui les dirigeants palestiniens mènent, parait-il, leurs discussions importantes dans des pièces « sures » de capitales arabes. Mais est-ce suffisant ?