Kippa Kippa

La semaine dernière à Marseille, un lycéen de 15 ans, turc d’origine kurde a attaqué à la machette un enseignant juif. Appréhendé il a déclaré agir pour le compte de Daesh. L’enquête devra démontrer comment il a été mis sur cette voie criminelle. En attendant, le jeune terroriste est mis en examen et détenu pour: ”tentative d’assassinat aggravée en raison de l’appartenance de la victime à une religion déterminée et en relation avec une entreprise terroriste”. Il a repéré sa victime parce qu’elle portait la kippa.
L’affaire est une nouvelle attaque anti-juive venue de l’islamisme radical qui imprègne certaines catégories de jeunes musulmans. Mais elle a déclenché un curieux phénomène de soutien… à la kippa.
Je dois dire que cela me plonge dans un abime de perplexité. Deux députés, Claude Goasguen (LR) et Meyer Habib (UDI), se sont promenés en portant la kippa dans l’Assemblée nationale. Sur Internet, des campagnes “Je suis Kippa” et “ Touche pas à ma kippa” ont fait leur apparition. Hier soir, dans l’émission de Ruquier sur France 2, Yann Moix, qui a déclaré n’être pas juif, a mis la kippa en signe de solidarité. Bien entendu tout un chacun a le droit de se couvrir de n’importe quel signe d’appartenance politique ou religieuse selon les lois de la République.
Cela dit, le port de la kippa dans l’espace public n’a jamais été une obligation religieuse. Moïse ne portait pas la kippa. Cela n’est pas stipulé par la Tora. Mais au 15ème siècle, le rabbin Yossef Ben Ephraïm Karo dans le Choulhan Aroukh, le code de loi juive, a écrit qu’un homme juif ne devait pas faire plus de quatre coudées (deux mètres) la tête nue. Il suffit donc d’avoir un couvre chef. Pendant des décennies, les Juifs observants se déplaçaient hors de chez eux portant casquette, béret ou, chapeau. A Nancy et à Metz, où j’ai vécu jusqu’à mon départ pour Israël en 1968, les rabbins ne se promenaient pas en kippa. Il y a une quinzaine d’année, en visite en France, j’ai été surpris de découvrir des coreligionnaires dans la rue, qui arboraient la kippa, parfois même, le Shabbat, avec le talith, le châle de prière, sur les épaules. Est- ce pour manifester publiquement leur appartenance à la communauté, au judaïsme? S’agit-il, dans ce cas d’un geste politique? D’une manière d’exprimer une forme de solidarité dans un environnement parfois hostile? Les sociologues devraient peut être étudier ce phénomène qui n’est en aucun cas religieux. On est juif parce qu’on est issu d’une famille juive, qu’on est circoncis, certainement pas parce qu’on porte la kippa.
De toute manière, les terroristes de Daesh, s’en prennent non seulement au Juifs mais aussi aux Chrétiens, aux Chiites, aux Français attablés aux terrasses des cafés, aux amateurs de musique.. Kippa ou pas.
(J’ajoute à ce post: Dans tous les cas le port de la Kippa n’est certainement pas une forme de soutien a Israël. Cela n’a rien à voir contrairement à ce qu’affirme Rony Braumann.)

Israël-Palestine en 2016. La fin?

J’avais mis en ligne cette analyse avant la révélation par Barak Ravid, l’excellent correspondant politique du Haaretz,  que le gouvernement israélien se prépare à la disparition de l’Autorité palestinienne. Mon papier a donc été légèrement modifié.

 

« Kadish pour les efforts de paix américains ». C’est le titre de l’édito publié, vendredi dernier (1 janvier) dans Haaretz, par Peter Beinart, professeur de Sciences-Po à la City University de New York. Le Kaddish est la prière prononcée par le plus proche membre de la famille du défunt lors d’un enterrement juif. En l’occurrence, il ne s’agit pas de proclamer la mort du processus de paix israélo-palestinien. L’avis de décès a été publié il y a de cela quelques années. Avec plus de 400000 colons installés en Cisjordanie, la quasi impossibilité de parvenir à un accord sur Jérusalem Est, et surtout sur le Mont du Temple/Al Aqsa, on ne voit pas comment il serait possible de créer un état palestinien. Il faut également tenir compte du schisme entre le Hamas à Gaza et l’OLP installée en Cisjordanie, sans oublier la situation politique au sein de la direction du Fatah qui ressemble de plus en plus à une cour byzantine.

USA out!

Peter Beinart, annonce la fin des initiatives américaines pour relancer les négociations israélo-palestiniennes. A priori, ce serait plutôt une bonne nouvelle. De la gestion calamiteuse du sommet de Camp David par Bill Clinton en juillet 2000 à Barack Obama, toutes les administrations US ont été incapables capables de faire avancer le processus de paix ne serait-ce que d’un millimètre. Inutile de revenir sur cet échec monumental, le premier d’une longue liste d’erreurs, d’analyses erronées politiques et militaires, à la source des catastrophes auxquelles on assiste au Proche Orient.

Hilary pro Bibi

Donc, selon l’analyse de Beinart, Benjamin Netanyahu peut être tranquille. L’Amérique et donc la communauté internationale, ne veulent plus entendre parler du conflit avec les Palestiniens. Aucun candidat à la présidence ne parle d’une solution à deux états. Un anathème pour les républicains. Côté démocrate, Hilary Clinton, reprend l’argumentation de Netanyahu : « Il est difficile d’envisager la possibilité d’un accord aussi longtemps que les Israéliens ne sauront pas ce qu’il va se passer en Syrie et si la Jordanie va rester stable. » Elle est en faveur de l’octroi de  « plus d’autonomie » aux Palestiniens et donc du maintien du contrôle sécuritaire de la Cisjordanie par Israël. Tout cela si, comme l’espère la droite israélienne, le fragile équilibre qui règne dans cette région peut être maintenu. Car la grande question posée par tous les experts n’est pas si l’Autorité autonome va s’effondrer, mais comment et quand ce dernier vestige des accords d’Oslo va-t-il disparaître ?

Gaza

Les raisons de manquent pas. D’abord, socio-économiques. Selon le dernier rapport de la Banque mondiale, les palestiniens s’appauvrissent pour la troisième année consécutive. 25% vivent sous le seuil de pauvreté. 39% à Gaza et 14% en Cisjordanie. 60% des gazaouis sont au chômage. 80 % des habitants de ce territoire dépendent de l’aide financière des diverses ONG internationales. La reconstruction des immeubles détruits lors de la guerre de juillet 2014 est quasiment en panne. Gaza est à nouveau au bord de l’implosion et le Hamas y fait face à la multiplication des cellules salafistes. L’organisation réagit en soufflant sur les braises de ce que l’on appelle « l’Intifada des couteaux » en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, et lance des appels à de nouveaux attentats. Le gouvernement israélien prend grand soin de ne pas réagir en attaquant les dirigeants du Hamas à Gaza ou en y resserrant le blocus. Au contraire, réalisant que cela pourrait conduire à une détérioration rapide de la situation, les barrages, par où passent les denrées et les marchandises destinées a Gaza, fonctionnent à plein régime.

Veiller à la stabilité

En Cisjordanie, la situation est toute aussi instable. Crise économique, en 2015 le PIB ne devait augmenter que de 1,8% pour une accroissement de la population de plus de 3%. Absence de toute perspective de négociations avec Israël. Guerres internes au sein de la direction de l’OLP et du Fatah où se déroule la lutte pour la succession de Mahmoud Abbas. Sur le terrain, le développement de la colonisation se poursuit. Si la coordination sécuritaire avec Israël est maintenue cahin caha, les policiers palestiniens chargés de maintenir l’ordre dans les zones autonomes, ont de plus en plus d’états d’âme. Ce sont souvent leurs propres enfants qui vont affronter les militaires israéliens aux check points. Pas question pour Israël de retenir le versement des taxes perçues pour le compte de l’Autorité même si, régulièrement, les dirigeants palestiniens expriment leur soutien aux auteurs d’attentats.

La fin en 2016 ?

Un attentat particulièrement sanglant, commis par des palestiniens ou des extrémistes juifs, pourrait tout faire basculer très vite, et mener à la réoccupation par Tsahal des villes autonomes. Ce serait le dernier clou dans le cercueil de la paix régionale sur laquelle sont fondés les traités conclus entre Israël, l’Égypte la Jordanie, mais aussi avec l’Europe. Sans parler de la relance de l’agitation anti-israélienne dans les communautés musulmanes à l’étranger. Israël devrait financer directement l’occupation de la Cisjordanie et ne pourrait plus compter sur l’aide fournie par la communauté internationale à l’Autorité palestinienne, sans parler du  déploiement de milliers de militaires dans les anciennes zones autonomes etc. etc. Espérons que ce scénario du pire ne se réalisera pas.

 

 

Où sont les lanceurs d’alerte?

Les médias occidentaux se comportent rarement en lanceurs d’alerte. Ils ignorent des régions entières du globe, pour ne s’y intéresser QU’APRES une catastrophe. Et encore si les images sont suffisamment bonnes pour être diffusées, ou si leurs citoyens sont directement concernés. Une partie de l’Afrique est un de ces déserts de l’information. Ce continent est très peu présent sur les écrans de télévision et dans la presse écrite sous ses diverses formes.

Le départ de Bagdad
La couverture du Proche –Orient, en cette période de terrorisme et de crise migratoire majeure, est un autre exemple. Les médias, français notamment, n’ont prêté attention à l’affaire irakienne qu’après les attentats de Paris le 13 novembre. Les grandes rédactions avaient retirés leurs envoyés spéciaux de la capitale irakienne après le retrait des troupes américaines en décembre 2011 et très peu de journalistes étrangers sont restés à Bagdad. De fait, les deux années suivantes ont été un trou noir pour la presse internationale et, les rédactions sont tombées des nues en juin 2014, lorsque des djihadistes ont conquis Mossoul, la deuxième ville d’Irak. 1300 combattants d’une organisation appelée Etat Islamique d’Irak et du Levant, (dont l’acronyme en arabe est Daesh) avaient mis en déroute une armée irakienne de 350000 hommes. Les généraux irakiens, corrompus, n’avaient laissé que cinq chargeurs à leurs soldats. Patrick Cobckurn, est un des rares lanceurs d’alerte, à avoir suivi les événements qui ont conduit à la victoire de Daesh. Il raconte dans son livre « The Jihadis Return. ISIS and the New Sunni Uprising  1 » comment, marginalisés, diabolisés et soumis à une répression de plus en plus dure de la part du gouvernement central [shiite, pro iranien] les sunnites ont fini par se tourner vers la lutte armée et l’alliance avec Daesh. A la parution, de son ouvrage fin 2014, en France, seuls deux grands quotidiens parisiens ont pris la peine d’en faire la recension.

Pas d’institutionnel!
Bien sûr, à l’époque, les rubriques « Étranger » de la grande presse étaient naturellement – et à juste titre – submergées pas les informations venues de Syrie. Ce conflit a été couvert sur le terrain par des correspondants de guerre, au risque de leur vie. Même si l’information était parvenue dans les rédactions, face aux images des massacres perpétrés par le régime Assad, Il n’y avait pas de place pour des histoires de corruption et de répression anti sunnite en Irak. En général, les patrons de journaux n’aiment pas les sujets dits « institutionnels » où l’envoyé spécial prononce les mots « gouvernement » « ministère » etc.

Ne pas faire diplo !
Pendant la dernière à Gaza en juillet 2014, au cours d’un duplex, j’ai eu le malheur d’expliquer que les renseignements militaires égyptiens avaient félicités leurs homologues au ministère israélien de la Défense à Tel Aviv après la liquidation de trois chefs du Hamas dans le sud de la bande de Gaza. On m’a rappelé de Paris pour me dire : « Tu as fait « diplo ! ». La critique ultime ! D’une manière générale, – et il y a bien sur des exceptions – les rédactions font rarement du suivi après une révolution, une guerre, un soulèvement. Entre la chute de Hosny Moubarak, en février 2011, et celle de son successeur, Mohammed Morsi, en juillet 2013, les médias occidentaux n’ont couvert que partiellement l’évolution de l’opinion égyptienne. Lorsque les réseaux sociaux ont commencé à lancer des appels à la manifestation anti-Morsi, les principaux éditorialistes parisiens étaient persuadés que le président égyptien surmonterait la tempête. Selon leur analyse, il ne risquait rien puisque Barack Obama le soutenait. Ce n’était pas le point de vue des envoyés spéciaux sur le terrain.

La tendance à fantasmer l’actualité
Didier Epelbaum, ancien médiateur de l’information de France 2, analyse, dans son livre « Pas un mot, pas une ligne », l’occultation de la Shoah au cours des années qui ont suivi la seconde guerre mondiale et, plus récemment, la couverture du génocide au Rouanda. Il constate « La tendance à concentrer le pouvoir de décision, dans les directions et rédactions en chef. Certaines rédactions ont tendance à fantasmer l’actualité en fonction d’un journal désiré [..]» A cela, il faut ajouter les impératifs économiques d’audience. Les services d’analyse des grandes chaines déterminent ce qui « marche », ce qui attire le téléspectateur, ce qui est »concernant » et ce qui est « anxiogène » et le repousse.
Résultat : les médias ont quasiment arrêté la couverture du conflit israélo-palestinien après la dernière guerre à Gaza, se contentant de suivre la dernière vague de violence, « l’Intifada des couteaux », sans chercher des explications sur ses raisons profondes. Pourtant cette crise risque de déstabiliser encore plus la région. Des experts parlent du risque grandissant d’un effondrement de l’Autorité palestinienne, que ce soit pour des raisons économiques et financières, internes (l’OLP est de plus en plus critiquée par la rue). Le rétablissement de l’administration militaire israélienne sur les villes autonomes de Cisjordanie aurait des conséquences désastreuses pour le Proche Orient, sans parler d’Israël, même.
En attendant, selon des diplomates européens, il faudrait parler aussi de la déliquescence de la direction palestinienne, qui ressemble de plus en plus à une cour byzantine. Là, il faut évoquer également l’attitude des organisations pro-palestinienne. Elles sont promptes à manifester– ce qui est évidemment totalement légitime- lorsque Israël  bombarde Gaza ou renforce la répression en Cisjordanie mais on les entend très peu face à l’immense tragédie du camp de réfugiés palestinien Yarmouk 2, près de Damas . Seules quelques images sont parvenues de ces massacres. Qui a parlé de crimes de guerre en Syrie ? Il y a aussi les Yazédis d’Irak. Ils ont fait les gros titres, puis l’attention qu’on leur porte s’est évaporée. Quelques courageux correspondants de guerre continuent de couvrir ce génocide. Deux ou trois grands quotidiens l’évoquent, de temps à autre.

Journalisme Low Cost
Il ne fait pas bon être une minorité opprimée au Proche Orient. Ces temps-ci, pour intéresser les publics, les politiques occidentaux, il faut être un réfugié débarquant en Europe. Les médias accomplissent-ils leur mission définie par le conseil de l’Europe ? : « Ils ont l’obligation morale de défendre les valeurs de la démocratie […] contribuer dans une mesure importante à prévenir les moments de tension et favoriser la compréhension mutuelle, la tolérance.. […] 3 » Compliqué compte tenu du journalisme low cost qui imprègne la profession !. Les envoyés spéciaux connaisseurs, experts de l’histoire du pays et des conflits se font rares. Ce sont souvent eux les lanceurs d’alerte capables d’apporter au public l’information et l’analyse auxquelles les citoyens ont droit

1 Le livre a été traduit sous le titre « Le retour des Djihadistes » par Adrien Jaulmes, grand reporter au Figaro
2 Voir l’excellente analyse de Jean-Pierre Perrin dans Libération.  http://www.liberation.fr/planete/2015/04/07/yarmouk-nouvelle-tragedie-palestinienne_1236629
3 Cité par Epelbaum. Résolution 1003ndu Conseil de l’Europe relative à l’éthique du journalisme. 1.7.1993

Surprise?

Certaines surprises sont étonnantes. La dernière nous vient du fameux « Forum Saban » qui vient de se tenir à New York avec la participation d’une partie du Who’s who politique israélien et des personnalités américaines proches du parti démocrate. Elles ont fait une découverte importante décrite par les journalistes israéliens qui assistaient à cette rencontre. Nahoum Barnea de Yediot Aharonot : « A la fin de la semaine, des membres de l’administration américaine ont appris des israéliens, une leçon importante : Pour l’actuel gouvernement israélien la solution à deux états est morte ! Lorsque Netanyahu l’évoque il induit en erreur ! [1]»

Double langage?

A une question à ce sujet, Avigdor Lieberman, l’ancien ministre des affaires étrangères, a répondu ironiquement: « La solution à deux états ? Cela dépend si Netanyahu en parle à Washington ou à Jérusalem ![2] » Martin Indyk, ex-ambassadeur en Israël et émissaire du secrétaire d’État John Kerry lors de la dernière médiation américaine en 2014, a demandé au ministre israélien de la défense si Israël n’évoluait pas vers une formule à un état et demi en conservant le contrôle de 60% de la Cisjordanie. Moshé « Boogie » Yaalon, le ministre de la défense, a expliqué, dans sa réponse, qu’il était en faveur du modus vivendi actuel et « qu’il n’y avait aucune raison pour que des Juifs ne vivent pas en Judée Samarie.. »

Vers l’effondrement de l’Autorité palestinienne

Mais, c’est l’intervention de Kerry qui a suscité le plus de réactions de la part de la direction israélienne. Le secrétaire d’État a d‘abord mis l’accent sur l’importance de l’aide américaine à Israël qui a reçu, depuis 2009, 20 milliards de dollars en aide militaire. Puis : « Les Israéliens croient que les Palestiniens n’accepteront jamais le droit d’Israël à vivre en paix en tant qu’État juif, qu’ils enseignent la haine, glorifient les terroristes et qu’un accord de paix transformera la Cisjordanie en un nouveau Gaza. J’ai entendu tout cela. Les Palestiniens croient que l’actuel gouvernement israélien ne leur accordera jamais un état, que leurs terres sont systématiquement spoliées, que les souffrances causées par l’occupation ne cesseront jamais et que les attaques contre les Palestiniens sont impunies. C’est ce qu’ils croient. »

Et Kerry de lancer des avertissements. Extraits : « Le Premier ministre israélien, déclare être en faveur de la solution à deux états pour les deux peuples, mais de nombreux ministres ont ouvertement pris position contre la création d’un état palestinien. En fait, la situation actuelle mène à l’état binational. Les risques d’effondrement de l’Autorité palestinienne augmentent de jour en jour. Dans ce cas, ce sera Israël qui aura la responsabilité des services de base à la population de Cisjordanie. Gérer les écoles, les hôpitaux, assurer l’ordre. Cela représenterait un milliard de dollars sans compter l’aide au développement, – également un milliard. Sans les forces de sécurité palestiniennes, Israël devrait déployer des dizaines de milliers de militaires indéfiniment en Cisjordanie. »

Le secrétaire d’État s’est adressé directement aux Israéliens : « Il faut renforcer Abou Mazen (Mahmoud Abbas) maintenant – et cela n’a pas été suffisamment fait depuis des années – et c’est fondamental. Car, si vous ne renforcez pas la personne la plus engagée en faveur de la non violence, vous envoyez à son public un message extrêmement négatif. Et les Palestiniens finiront par dire : « Nous ne pouvons pas poursuivre sur cette voie. Il l’a essayée. Ils l’ont tentée pendant trente ans. Nous avons conclu les accords d’Oslo, les accords de Wye River, de Madrid et rien n’est arrivé »

Il l’a dit!

Dans un message vidéo enregistré à Jérusalem, Benjamin Netanyahu lui a répondu en réitérant son opposition à la formule binationale : « La solution c’est un état palestinien démilitarisé reconnaissant l’état juif. La racine du conflit vient du refus des palestiniens de reconnaître l’État juif. Les implantations et le territoire sont des problèmes qui doivent être résolus et ne sont pas la raison du conflit. » Et de rejeter la responsabilité de la situation actuelle sur Mahmoud Abbas. Malgré cela, les participants américains au Forum Saban ont poussé un léger soupir de soulagement. Le Premier ministre israélien a prononcé la phrase magique. Il est toujours en faveur d’une solution à deux états.

Faire semblant...

Les diplomates, et les organisations juives pro-israéliennes, peuvent donc continuer de faire semblant. Le processus de paix ne serait pas mort après tout. Pour Chemi Shalev, éditorialiste de Haaretz : « Netanyahu sait comment jouer le jeu. Mais l’immense majorité de sa coalition gouvernementale considère que c’est inutile. Ses membres considèrent le centre-gauche de la communauté juive américaine comme une extension de la gauche israélienne défaitiste, qu’ils dédaignent et tentent de la saper ».

L’influence d’Israël

De fait, c’est exactement ce qui est en train de se passer. Selon un sondage publié en juillet dernier et diffusé par le Times of Israël [3]: 76% des démocrates interrogés ont répondu oui à la question : « Israël a t-il trop d’influence sur la politique étrangère américaine ? » et 20% seulement des républicains. « Israël est-il raciste ? » Oui pour 47 % des démocrates et 17% des républicains. « Les colonies israéliennes sont-elles un obstacle à la paix ? » Oui, selon 75% des démocrates et 25% des républicains. Ce n’est pas tout : 33% des démocrates et 22% des républicains considèrent qu’Israël reçoit des milliards de dollars qui devraient aller au public américain. En conclusion de ce sondage : 50% des démocrates et 18% des républicains sont d’accord avec la proposition : « Les Juifs qualifient trop souvent d’antisémite la critique d’Israël »

Et l’Europe?

Toutes choses indiquant qu’une crise majeure pointe à l’horizon dans les relations israélo-américaines. Ce refus d’entériner l’échec, la mort du processus de négociation entamé à Oslo, se retrouve dans la quasi totalité de la classe politique européenne. occidentale. L’accepter signifierait revoir l’ensemble des accords conclu entre L’Union et Israël. Cesser le financement de l’Autorité palestinienne, précipiter sa dissolution, et plonger la région dans une crise dont nul ne veut au moment où le combat contre Daesh prime tout. De toute manière, Netanyahu est persuadé qu’il gagnera sur les deux tableaux : Il n’y aura pas d’état palestinien et l’Autorité autonome ne s’effondrera pas. La communauté internationale y veillera, et continuera de financer un processus qui n’existe plus…

[1] Yediot Aharonot 7.12. 2015

[2] http://www.haaretz.com/israel-news/.premium-1.690436

[3] http://www.timesofisrael.com/israel-losing-democrats-cant-claim-bipartisan-us-support-top-pollster-warns/

 

 

Paris Jérusalem et Gaza

Après les attentats

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Paris le 21 novembre 2015

 En France, après les derniers attentats, des médias donnent Israël en exemple de pays qui résiste au terrorisme. Mais, est-ce le cas?

Certes, au fil des ans, face au terrorisme palestinien, les israéliens ont pris des habitudes auxquelles les français vont devoir s’habituer, si ce n’est déjà fait. Accepter la fouille par des vigiles à l’entrée des magasins et des administrations. Passer par des portails de sécurité et rester vigilants etc.  Dans ce domaine la société israélienne a un avantage supplémentaire. Les hommes et les femmes – à l’exception des ultra-orthodoxes et des citoyens arabes – effectuent un service militaire ce qui les place régulièrement face à des situations de danger. Mais, ayant couvert quasiment toutes les attaques terroristes de ces trente dernières années, en comparant les réactions en France et en Israël, je suis bien obligé de constater la différence. Sur les lieux où vient de se dérouler un attentat, une frange du public israélien manifeste parfois en scandant des slogans racistes anti-arabes. Il faudrait évoquer aussi les tentatives de lynchages de terroristes, et même –cela arrive !-  de simples passants pris par erreur pour des terroristes. Rien de tout cela à Paris où des foules importantes sont venues se recueillir dans la dignité là où se sont déroulés des massacres. Évidemment, les conséquences pour les victimes innocentes du terrorisme sont identiques, en France et en Israël. La souffrance et le deuil.

La victoire du terrorisme

La question est de savoir si le terrorisme a réalisé ses objectifs en Israël. Après la signature des accords d’Oslo en septembre 1993, pour une frange de l’extrême droite israélienne et les islamistes du Hamas et du Djihad, il s‘agissait de torpiller le processus de paix. Le 25 février 1994, Baroukh Goldstein, un militant du mouvement raciste Kach, a assassiné vingt neuf musulmans en prière dans le caveau des patriarches à Hébron. Selon le professeur Matti Steinberg, ex-analyste principal du Shin Beth, le Hamas a considéré que ce massacre lui accordait, aux yeux du public palestinien, la légitimité de commettre des attentats suicides contre des civils en territoire israélien. L’autre attaque terroriste juive, qui a changé le cours de l’histoire, ce fut le 4 novembre 1995 lorsque Yigal Amir, jeune sioniste religieux a assassiné Yitzhak Rabin, le Premier ministre. Ces deux attentats et, en parallèle, les campagnes terroristes menées par le Hamas, le Djihad, et, à certaines périodes, le Fatah, ont fait basculer l’opinion publique israélienne au profit de la droite désormais solidement installée au pouvoir qui peut continuer sa politique de colonisation. Il faut rappeler que les nationalistes israéliens et les sionistes religieux s’opposent à la création d’un état palestinien en Terre d’Israël. Les islamistes palestiniens mènent un combat national et combattent tout accord qui pourrait accorder une forme de légitimité à l’existence d’un état juif en Terre d’Islam. Le Hamas, dans le cadre de sa stratégie, peut conclure des accords  de cessez le feu avec Israël à condition qu’ils soient provisoires et limités dans le temps.

 Daesh et la myopie occidentale

Pour cette raison Daesh condamne le mouvement islamique palestinien, dont il considère l’application de la Charia comme insuffisante. Le fondamentalisme du pseudo état islamique est radical, absolu et, tant en Europe qu’aux États Unis ce terrorisme islamique est accueilli avec incompréhension. Qu’un homme, ou une femme, décident de devenir des bombes humaines avec l’idée que cela les conduira au paradis, est contraire à la logique. Pour les professeurs Almond, Appleby et Sivan il y aurait parmi les élites occidentales une forme de myopie séculière produisant « une vision réductrice de la religion, épiphénomène des réalités économiques, politiques et psychologiques. Le principe de la séparation entre l’église et l’état, était, depuis les Lumières, le principal critère de modernisation et de liberté individuelle.[1] » En d’autres termes, intellectuels, journalistes et politiques ont tendance à considérer la religion comme relevant exclusivement du domaine privé et sont souvent quasi imperméables à la vision fondamentaliste totalitaire.

Les seins ronds des américaines et l’Islam radical

L’œuvre de Sayyd Qutb est à l’origine du combat islamiste contre la culture occidentale. Né en 1906 dans un village du sud de l’Égypte, devenu inspecteur de l’éducation nationale, envoyé en stage aux États Unis, en 1948, il en reviendra deux ans plus tard, profondément choqué par ce qu’il a vu. Roger Pol Droit a décrit ainsi son trajet : « Ce célibataire de quarante-deux ans, qui n’avait jamais quitté l’Égypte, arrive dans le Colorado. Chaque jour, tout le choque. Le racisme dont il est victime, mais aussi la violence des combats de boxe, les dissonances du jazz, la tenue et les regards des étudiantes, leur liberté de mœurs. Les filles américaines savent parfaitement le pouvoir séducteur de leur corps, écrit-il dans « L’Amérique que j’ai vue ». Elles savent parfaitement que la séduction réside dans les seins ronds, les fesses pleines, les jambes bien formées – et elles montrent tout cela et ne le cachent pas.[2]» Il est devenu le principal théoricien de la Confrérie des Frères musulmans. Pour lui, le monde ne peut être que séculier ou islamique et l’Islam authentique doit combattre ses ennemis de toujours : les chrétiens et surtout les Juifs. Sa théologie a été reprise et développée par Abdallah Azzam, le mentor de Ben Laden et Abou bakr Al Baghdadi le pseudo calife de Daesh. C’est cela que les occidentaux affrontent.

PS: La critique formulée par le rabbin Méir Kahana, à l’encontre du mode de vie des Juifs américain ressemble curieusement à celle de Sayyd Qutb de la culture américaine. Pour le fondateur de la Ligue de défense juive: « Le but des Juifs américains est d’éviter autant que possible toute difficulté et de s’assurer du plus de plaisir possible. Les valeurs sont entièrement centrées sur l’argent et le prix des voitures, d’un réfrigérateur, d’un appareil de télévision et des vêtements. L’objet de luxe d’hier est aujourd’hui devenu une nécessité. Le statut individuel n’est plus déterminé par la Torah et la piété mais par l’argent […]. Les rêves d’une voiture sophistiquée, d’une belle femme, de [beaux] vêtements et de voyages en Europe sont alimentés par la culture d’un État séculaire “normal” » Pour un fondamentaliste, l’état séculaire est l’ennemi. CQFD (Voir mon livre: Au nom du Temple. P.48)

[1] Strong religion » (University of Chicago Press) P.4 -5

[2] Roger-Pol Droit. Voir http://www.histoiresdememoire.org/spip.php?article432

Le Temple, Barnavi, Goldnadel et l’Intifada

Il fallait s’y attendre. Le débat sur les derniers événements en Israël s’étend dans la presse française. Aujourd’hui (28 octobre ) dans le Figaro où Elie Barnavi, historien et ancien ambassadeur d’Israël en France, s’exprime aux côtés de Maître Gilles William Goldnagel. Pour le premier, les attaques au couteau d’israéliens, à Jérusalem et en Cisjordanie sont le fait de jeunes palestiniens « enfants de Facebook … produit de l’atomisation de la société palestinienne, elle-même reflet et effet de l’occupation…  partis en mission suicide pour défendre la mosquée Al-Aqsa ». Que non, écrit le second « C’est l’islamisme et non les « colonies » en Cisjordanie qui est à l’origine des assassinats d’israéliens. » Le reste de l’argumentation de cet avocat, soutien indéfectible de la droite israélienne, est connu. Les territoires ne sont pas occupés mais disputés. Les Juifs doivent pouvoir vivre en Judée. Et puis, le mouvement palestinien serait, depuis le Grand Mufti, Hadj Amin el Husseini, imbibé d’islamisme radical. Bon, tout cela ne conduit pas à une solution à deux états, mais au maintien de la situation actuelle. L’occupation selon Netanyahu, comme on le verra plus loin.

Une entente

L’analyse de l’historien Barnavi mérite qu’on s’y attache. Effectivement, Benjamin Netanyahu n’a aucune intention d’autoriser les prières juives sur l’esplanade des Mosquées – mont du Temple. Cela embraserait la région. Déjà, dans l’urgence, il fallait parvenir à un accord avec le roi Abdallah de Jordanie. Le souverain, qui est le custode d’Al Aqsa, menaçait de rappeler son ambassadeur à Tel Aviv si le Premier ministre israélien ne s’engageait pas formellement à maintenir le statu quo sur l’esplanade et prenne des mesures en conséquences. John Kerry, le secrétaire d’état américain, a suggéré la mise en place de caméras de surveillance dans le site. Les parties ont accepté et l’opération est toujours en discussion. Les Palestiniens qui n’ont pas été consultés ne sont pas chauds. Le roi Abdallah a publiquement pris note de l’engagement de Netanyahu.

Dayan laisse le mont du Temple aux musulmans

Mais de quel statut s’agit-il ? Les premières décisions israéliennes sur les saintes Mosquées ont été prises peu de temps après la conquête de la vieille ville de Jérusalem par Tsahal le 7 juin 1967. Dix jours plus tard, Moshé Dayan, le ministre de la Défense a annoncé aux responsable musulmans réunis dans la mosquée Al-Aqsa : « Le Waqf, l’administration des biens musulmans, continuera de gérer ce lieu saint, libre de toute présence militaire, l’armée se tenant à l’extérieur de ses murs. Les Juifs, a-t-il-dit, seront autorisés à le visiter mais pas à y prier » Il expliquera plus tard dans une interview : « Étant donné que pour les musulmans, le mont du Temple est une mosquée où ils prient, et que pour les Juifs, il ne s’agit que d’un site historique rappelant le passé, […] le droit des musulmans à le contrôler doit être reconnu ».

Le Mur n’est pas saint

Le grand rabbinat a interdit aux Juifs de monter sur l’esplanade pour une raison religieuse fondamentale : nul ne connaît l’emplacement du Saint des Saints où seul le grand prêtre ne pénétrait qu’une seule fois par an. Dans tous les cas, il s’agit de maitriser l’élan messianique qui prend de l’ampleur. Et, le 27 juin, à la Knesset, Zerah Warhaftig, membre du parti national religieux, le ministre des Affaires religieuses, a déclaré, en présentant le texte d’une loi: « La Terre d’Israël est une Terre sainte où se trouvent des lieux saints de toutes les religions monothéistes. Sur la terre de nos ancêtres se trouvent les lieux saints de la religion d’Israël. L’ensemble de la terre est saint, mais il est des degrés dans la sainteté. Selon la Michna, dix degrés de sainteté ont été accordés à la Terre d’Israël, Jérusalem en a reçu huit avec, en son centre, le Mur occidental[1]. Selon nos sages, ce Mur, la présence divine ne l’a jamais quitté […]. » Le rabbin Shlomo Goren, aumônier général de Tsahal, était furieux. Jamais ce Mur n’a été considéré comme un lieu saint dans la tradition juive. Les responsables israéliens, politiques et religieux voulaient essentiellement éloigner les Juifs religieux de l’esplanade des Mosquées. Goren n’a pas été autorisé à y installer une synagogue .

Ni prière juive ni synagogue

La question se posera un an plus tard lorsqu’un avocat sioniste religieux s’adressera à la Haute cour de justice. Lors d’une discussion interministérielle, en mai 1968, Haïm Moshé Shapira, qui avait le portefeuille de l’intérieur a définit la position suivante : « Je propose de ne pas soumettre le problème au gouvernement. Si le gouvernement décide de ne pas autoriser la prière [juive] là- bas, cela ferait très mauvaise impression. Nous n’avons jamais dit que le mont du Temple appartenait tout entier aux Arabes. Nous n’avons jamais décrété que les Juifs n’avaient pas le droit de s’y rendre ou d’y installer une synagogue […] Ce qui est important pour nous, c’est de savoir si nous voulons transformer cette controverse que nous avons avec les Arabes en un conflit religieux très dur. Nous décidons donc que les policiers dirigeront les fidèles juifs vers le Mur occidental. » Les juges entérineront, deux ans plus tard, cette décision qui est, aujourd’hui encore, appliquée par la police israélienne. Officiellement, pour éviter des désordres, elle interdit la prière juive sur ce lieu saint islamique.

Monter, monter sur le mont

Shlomo Goren, n’était pas resté inactif, avec l’aide des experts du Génie de Tsahal, il a fait mesurer très exactement le mont du Temple et déterminé l’emplacement approximatif du Saint des Saints qui se trouverait là où se dresse le Dôme du rocher. Sur la base de ses travaux, le 2 février 1996, pour la première fois depuis l’antiquité, un collège rabbinique – en l’occurrence, le conseil des rabbins des implantations – a publié un jugement halakhique autorisant les Juifs à se rendre en certains endroits du mont du Temple. Ces rabbins du sionisme religieux sont allés encore plus loin le 9 mai 2003, en décrétant que c’était désormais une prescription religieuse que d’aller visiter ce lieu saint juif. Ils expliquaient : « En n’effectuant pas l’ascension sur le mont, nous déclarons au monde que nous n’avons pas de lien avec la montagne de Dieu et renforçons le sentiment des Arabes que le mont leur appartient. […] Nous lançons donc un appel à tous les rabbins en accord avec nous pour qu’ils visitent le mont du Temple et guident leurs fidèles pour qu’ils agissent en accord avec la Halakha. » Le ministre de l’Intérieur, Tsahi Hanegbi, du Likoud, a donné l’ordre à la police d’organiser ces visites et veiller à ce qu’elles se passent dans le calme.

Messianisme

Depuis, au fil des ans, du dimanche au jeudi, un nombre croissant de Juifs religieux, conduits par leurs rabbins, se rend sur l’esplanade. En parallèle, le mouvement messianique s’est considérablement développé. Les ONG israéliennes, Ir Amim et Keshev ont publié en mars 2013, un rapport sonnant l’alarme. Pas moins de 19 organisations et associations juives concernent directement le mont du Temple. Par exemple l’Institut du Temple qui œuvre à la reconstitution de tous les ustensiles nécessaires au culte dans le sanctuaire juif, lorsqu’il sera reconstruit. Couteaux divers destinés aux sacrifices d’animaux, uniformes des prêtres etc. Chaque année des dizaines de milliers d’élèves et de lycéens le visitent dans la vieille ville de Jérusalem. Le tout est subventionné par l’état qui accorde annuellement des centaines de milliers de Shekels à ces organisations messianiques. http://www.ir-amim.org.il/sites/default/files/Dangerous%20Liaison_0.pdf

Abbas out

Et si ce n’était que cela ! Des ministres, des députés affiliés au Likoud et à « Ha Beit Ha Yehoudi » (La maison juive), le parti des colons, se rendent sur l’esplanade. Les Palestiniens considèrent que ces visiteurs représentent le gouvernement d’Israël. Dans ces conditions, l’Autorité autonome exige le retour au statu quo qui existait avant 2003, où seuls quelques Juifs religieux venaient plus ou moins discrètement visiter l’esplanade. Ce n’est pas ce qui a été décidé. Mahmoud Abbas n’est pas partie de cet accord verbal entre Israël et la Jordanie. Il faut rappeler que dans le cadre du traité de paix avec Israël, le Royaume Hachémite s’est vu reconnaître « un rôle spécial » sur les lieux saints musulmans de Jérusalem. Le Waqf, l’administration des biens musulmans, qui administre le site, dépend donc de la Jordanie. Le Premier ministre israélien s’est contenté d’interdire aux députés et aux ministres israéliens de se rendre sur le mont du Temple. Les visites de groupes juifs religieux vont donc se poursuivre et les islamistes continueront d’utiliser cet argument pour inciter à la violence anti juive.

Arafat et les ruines romaines

Cela posé, une parenthèse : Oui, se fondant sur le Coran, les Musulmans considèrent qu’il n’y a jamais eu de Temple juif à l’emplacement d’Al Aqsa.. mais une « mosquée lointaine ».. Les exégètes juifs analysent des sources issues de la tradition islamique pour expliquer qu’en fait le calife Omar savait qu’il s’agissait d’un sanctuaire juif, lorsqu’il a conquis la ville en 637. C’est aller un peu loin dans l’analyse. Et les ruines du Temple d’Hérode ? J’ai posé la question à Yasser Arafat, début 2002.. Il m’a répondu, devant la caméra: « Nous n’avons pas trouvé de Temple juif, seulement des ruines romaines… »

Cohérence

Mais, revenons à l’analyse, du professeur Barnavi. Il relève : « Avec une majorité d’un siège à la Knesset, Netanyahu est autant prisonnier de ses faucons que de ses propres penchants » Là, il faut bien dire que le Premier ministre a choisi sa coalition gouvernementale selon son cœur, et son idéologie. Il savait parfaitement à qui il avait affaire. Par exemple, conservant le ministère des Affaires étrangères, il y a nommé, comme vice-ministre, Tsipi Hotovely, députée Likoud, activiste du mouvement pour le Temple. Le jour même où Netanyahu répétait que le statut quo serait maintenu, elle a déclaré dans une interview à la chaine parlementaire qu’elle rêvait du moment où le drapeau israélien flotterait sur le mont du Temple… Même avec une majorité d’un seul siège, ce gouvernement est un des plus idéologiques, solides et cohérents que le pays ait connu. Les penchants de Netanyahu ? C’est en fait sa vision de toujours. Une solution à deux états ? Peut être un jour, mais à ses conditions !. Et de toute manière, dit-il : « Israël devra garder le contrôle totale de ces territoires pour un avenir prévisible. On me demande si nous devrons vivre éternellement l’épée à la main ? Je réponds oui ! »

Pour rappel, mon livre : Au nom du Temple. Israël et l’irrésistible ascension du messianisme juif. http://www.seuil.com/livre-9782021044072.htm

Et mon film : Au nom du Temple : https://www.youtube.com/watch?v=2C0tsI-omWw

[1] L’expression « Mur des Lamentations » date de l’époque du mandat britannique qui a débuté en 1917. Pour le judaïsme, c’est le Mur occidental du Temple d’Hérode

Le chauffeur de taxi et Hitler

La discussion avec le chauffeur de taxi qui, vendredi dernier vers 11heures, m’emmenait vers le quartier des garages de Talpiot à Jérusalem, a mal débuté. Il m’avait lancé : « Alors.. Que dis tu ? Hitler ne voulait pas exterminer les Juifs. Seulement les expulser. ». Il s’agissait de la déclaration de Benjamin Netanyahu quatre jours plus tôt : « [Le Grand Mufti de Jérusalem] Haj Amin Al-Husseini est allé voir Hitler en disant : “Si vous les expulsez, ils viendront tous ici.” “Que dois-je faire d’eux ?”, demanda-t-il. Il a répondu : “Brûlez-les. » Donc, selon cette logique, l’idée d’exterminer les Juifs serait palestinienne. Je tente d’expliquer à cet israélien que la Shoah avait débuté bien avant la rencontre entre Hitler et le Mufti, que les nazis n’avaient pas besoin des conseils d’un dirigeant arabe. Voyant mon énervement, le chauffeur s’est excusé. Apparemment, je ne l’ai pas convaincu.

Israël et la Tchécoslovaquie

Pour ma part, je n’étais pas surpris outre mesure par cette déclaration du Premier ministre, mardi dernier devant le 37e Congrès sioniste mondial, à Jérusalem. Je me souvenais vaguement d’une accusation identique en janvier 2012 à la Knesset. Des collègues l’ont retrouvée : « Haj Amin Al-Hussein persuada Hitler plus que quiconque de conduire la solution finale. Ne pas laisser les juifs partir de peur qu’ils ne viennent en Palestine, mais les annihiler, les brûler. » A l’époque cela me paraissait correspondre tout à fait à la vision qu’avait Netanyahu du monde arabe en général et des palestiniens en particulier. D’abord, dans ses livres où la référence à la seconde guerre mondiale est permanente. En avril 1993, dans « A Place Among The Nations », il écrivait : « Comme la Tchécoslovaquie [en 1938], Israël est une petite démocratie. […] Les régimes arabes ont lancé une campagne pour persuader l’Occident que les habitants arabes [des collines de Cisjordanie] (comme les Allemands des Sudètes, qui représentaient un tiers de la population) sont un peuple à part qui a droit à l’autodétermination. […] Le fait que les Arabes ont emprunté [des arguments] aux nazis n’est pas surprenant. Il ne se passe pas un jour sans qu’un éditorial lugubre ou un commentaire politique ne paraisse en Amérique ou en Europe, demandant à Israël d’accepter la même sentence que celle qui a été exigée de la Tchécoslovaquie. Le monde voudrait contraindre Israël à se satisfaire d’une étroite bande côtière, dominée par un État palestinien hostile et « judenrein sur ces collines qui sont le codeur même du foyer juif »[1] Le 23 septembre, après la conclusion des accords d’Oslo avec l’OLP, au cours du débat parlementaire, Netanyahu, alors chef de l’opposition, lançait à Shimon Pérès : « Vous êtes bien pire que Chamberlain qui avait porté atteinte à la sécurité et à la liberté d’une autre nation. Vous, vous l’avez fait au détriment de votre propre peuple » Ce fut le thème principal de la campagne de communication de la droite et des sionistes religieux contre le processus d’Oslo: « L’accord avec l’OLP est un nouveau Munich. » Arafat serait donc un nouvel Hitler.

Sadate et Hitler

Il faut toutefois reconnaître que Netanyahu n’a pas la primeur de cette comparaison. Idith Zertal, dans son ouvrage  « La nation et la mort, La Shoah dans le discours politique d’Israël » rappelle que David Ben Gourion, lors du Conseil général sioniste, à Zurich en aout 1947 avait établi l’équation : « arabes = nazis » : « Ce ne seront pas nos adversaires politiques (les Britanniques) qui se dresseront contre nous, mais les disciples et même les maîtres d’Hitler qui ne connaissent qu’une manière de régler le problème juif – la destruction totale. Aujourd’hui, l’objectif de l’attaque arabe n’est pas le pillage, le terrorisme, où l’arrêt de la colonisation sioniste mais son éradication. [2]». De fait, deux ans après la fin de la seconde guerre mondiale, et la libération des camps de la mort en Europe, la propagande arabe promettait la destruction de « l’entité sioniste ». C’était également le thème principal des radios arabes – aussi en hébreu- durant les semaines qui ont précédé la guerre de Six jours, en juin 1967. Elles promettaient de « rejeter à la mer les Juifs qui ne seront pas massacrés ». Plus tard, en dépit des premiers accords de désengagement avec l’armée égyptienne, après la guerre du Kippour en octobre 1973, la propagande israélienne qualifiait Anouar el Sadate de « Hitler des sables ». Cela n’a pas empêché l’ensemble de la classe politique israélienne de recevoir le président égyptien avec tous les honneurs, lors de sa visite historique à Jérusalem en novembre 1977.

Netanyahu et le neveu du Mufti

En juin 1982, Israël a déclenché la première guerre au Liban pour en expulser l’OLP, qui menaçait la haute Galilée. Pour Menahem Begin, c’était une guerre juste et il comparait Yasser Arafat à Adolf Hitler. Un thème largement repris par certains éditorialistes. Herzl Rozenblum, et le rédacteur en chef du Yediot Aharonot, le plus grand quotidien israélien écrivait : «  Arafat, s’il en avait le pouvoir, nous ferait des choses qu’Hitler n’imaginait même pas. »[3] . Arafat, qui serrera la main d’Yitzhak Rabin sur la pelouse de la Maison blanche à Washington, le 13 septembre 1993 puis celle de Benjamin Netanyahu, le 4 septembre 1996 lors d’une rencontre au barrage d’Erez à l’entrée de Gaza. En l’occurrence, le Premier ministre ne rappelait pas que le chef de l’OLP était le neveu du Grand Mufti Hadj Amin El Husseini. C’était dans le cadre du processus d’Oslo, et l’opinion publique israélienne – ainsi que la communauté internationale conduite par les États Unis de Bill Clinton – exigeaient du chef du gouvernement qu’il poursuive les négociations avec les Palestiniens.

Mahmoud Abbas et la propagande nazie

Vingt ans plus tard, la situation a changé. La seconde Intifada, avec sa répression et les attentats suicides, a fait basculer les opinions publiques de plus en plus méfiantes l’une de l’autre. Gaza dont Israël s’est retiré unilatéralement en 2005, est contrôlé par le Hamas et, en Cisjordanie, le nombre d’israéliens a plus que doublé pour atteindre 400 000. Tout cela, sans même parler du problème insoluble d’Al-Aqsa/mont du Temple, rend quasi impossible la création d’une Palestine indépendante. Pour son quatrième mandat, Benjamin Netanyahu est à la tête d’un gouvernement de droite dont le programme ne prévoit pas de concessions territoriales à l’OLP ou un éventuel état palestinien. Il n’a plus besoin de masquer son idéologie fondamentale. En attribuant la responsabilité de la Shoah au Mufti Hadj Amin El Husseini, il redéfinit le message destiné au public israélien. Israël fait face à une menace fondamentale, hitlérienne. Youval Steinitz, le ministre de l’Énergie et proche de Netanyahu a qualifié les critiques formulées par Mahmoud Abbas de « propagande nazie ».  Israël Hayom, le grand quotidien gratuit, pro Likoud, a accordé ce vendredi une page entière aux projets du Mufti, qui voulait -parait-il – construire des fours crématoires dans le nord de ce qui est aujourd’hui la Cisjordanie. Visiblement la paix n’est pas possible avec une telle nation. La campagne de communication est en marche.

Ce dimanche, 25 octobre, l’écrivain David Grossman, analyse la vision du monde de Netanyahu dans le quotidien Yediot Aharonot, qui lui a consacré une page entière. Il conclut : « Toute personne entendant le discours de Netanyahu découvrait ce qu’il contemplait en lui même. Le système qui lui permet, presque mécaniquement, d’effacer la réalité et transformer l’occupation, la répression [des palestiniens] en une situation où nous sommes les persécutés et les victimes. […] » Je ne suis pas sur que mon chauffeur de taxi comprenne cela.

[1] Benjamin Netanyahu, A place Among The Nations . Israel and the World. P.55

[2] Idith Zertal. P141.

[3] Cité par Daniel Bar Tal. Living with the conflict (en hébreu) Ed. Carmel. Jérusalem. 2007. P. 131.